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mercredi 16 août 2017
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Scandale au sommet de l’Etat: malversations, surfacturations, détournements, favoritisme, trafic d’influence…

Ça suffit !

De la crise multidimensionnelle la plus profonde de son histoire, la République du Mali est en train de vivre son plus grand et plus retentissant scandale politico-financier. Au-delà des montants en jeu, c’est le sentiment de confiance trahie qui nourrit les frustrations, les colères légitimes et braquent aujourd’hui les Maliens pour exiger des comptes, et des sanctions exemplaires.

Il faut le dire, sans complaisance, la conduite de deux affaires relatives à l’achat de l’avion présidentiel et de fourniture d’équipements et de matériels à l’armée malienne, a été un désastre. Les résultats des rapports d’audit commandités par le gouvernement, lui-même, accablent une gestion brouillonne et affairiste dont l’opposition s’était faite échos depuis des mois : malversations, détournements, surfacturations, trafic d’influence, délit de favoritisme, et par dessus le marché connivence avec les milieux mafieux.

Processus d’acquisition opaque

Tout le processus qui a conduit à ces deux acquisitions, singulièrement en ce qui concerne celle de l’Avion a été fait dans une totale opacité, dans des conditions douteuses, soit dans des paradis fiscaux, soit à travers des sociétés-écrans. La saignée pour le Trésor public est ahurissante pour un pays à peine sorti de la crise multidimensionnelle la plus profonde de son histoire et qui a besoin de toutes ses ressources pour se reconstruire.

Le discrédit est sans appel et sans pareil pour un pouvoir qui incarne le changement en matière de lutte contre la corruption et l’impunité aux yeux  des Maliens qui ont massivement porté leur choix sur leur porte-étendard : le Président IBK.

Le tort d’avoir eu raison

Nous avons été de ceux qui ont taxé l’opposition de hâblerie et de manque de fair-play lorsqu’elle égrainait ses constats : désenchantement, espoir déçu, illusions perdues, erreurs de gestion, mal gouvernance, favoritisme, erreurs de casting, choix douteux des compétences, pratiques peu orthodoxes, impasse, etc. Avec la publication des rapports d’audit, que répondre si ce n’est que donner acte à cette opposition et à tous les « aigris » pour ces dénonciations qui n’étaient pas motivées que par la délation, la calomnie, la méchanceté gratuite, le «niengoya» et le «hasigiya». Parce qu’il n’y a pas de fumée sans feu !

Le feu de la malveillance s’étouffe sous le poids, non des charges calomnieuses, mais des preuves incandescentes produites par deux rapports d’audit indépendants dont les conclusions couvrent d’opprobre notre pays, le régime et sa gouvernance sans dissiper toutes les zones d’ombre de ces deux affaires ténébreuses.

Les facteurs aggravants pour le régime

Par le passé il y a eu magouille et diverses improbités, des fraudes massives et détournements portant sur plusieurs dizaines de milliards. Mais ce qui rend ces deux affaires indigestes et inacceptables, c’est parce que les Maliens avaient cru qu’avec l’élection du Président IBK à la tête du pays, le vol et corruption à ciel ouvert seraient désormais de vilains mauvais souvenirs derrière eux. Ce qui les rend encore plus furieux, c’est qu’ils n’avaient pas cru à l’opposition jusqu’à ce que le FMI viennent corroborer toutes ses dénonciations, crédibilisant par la même des gens dont la gestion à la tête du pays n’avait pas été des plus irréprochables.

Ce qui ne passe pas chez les Maliens, c’est la «diabolique » ingénierie financière mise en branle pour doter leur Président d’un avion, les magouilles dégoûtantes pour équiper leur armée.

Ce que les Maliens ne pardonnent pas à leur gouvernement, c’est d’être allé haut-les-mains, contraint et forcé, abdiquant et sans aucune réserve quant à la préservation des intérêts de l’Etat, à l’exercice de la transparence suicidaire imposé par le FMI. Comment un pays, chantant et dansant sa souveraineté à toutes les tribunes du Monde, accepte de se livrer poings et pieds liés, de s’engager à rendre public tous les secrets d’Etat et secrets défense sous prétexte de transparence ?

Pour beaucoup de Maliens donc, des affaires scandaleuses procèdent de méthodes honteuses et avilissantes pour l’exemplarité prônée et constituent une gifle à eux qui ont fait confiance à IBK et une suprême humiliation à la nation malienne.

Les nécessaires clarifications

La fracture avec les Maliens abasourdis est d’ordre moral et éthique avec les révélations qui n’ont pas encore fini d’être plus fracassantes les unes que les autres. En effet, comment imaginer des écarts aussi importants entre diverses autorités à propos du prix d’un avion ? Comment les chantres de la lutte contre l’impunité et la corruption ont-ils accepté de s’accoquiner, au service de la République exemplaire proclamée et pour l’achat d’un avion présidentiel, avec des gens peu recommandables, des mafieux qui ont maille à partir avec la Justice française ?

Il y a moins de quinze mois, même dans leur pire cauchemar les Maliens n’auraient pu imaginer un tel scénario. Ils avaient cru, et ils avaient de raisons de croire en l’homme IBK parce qu’il incarnait leur espérance en un Mali nouveau, un renouveau sans vol, sans détournement, sans corruption et sans impunité.

Aujourd’hui, beaucoup de ces Maliens se demandent comment juger dès lors ATT à propos des fresques de son régime quand on sait que l’avion acquis par lui n’a pas soulevé autant de vagues ? Pourtant, c’est le même Tomi qui aurait acquis pour le Mali cet avion dont on dit qu’il n’a pas de papier. Mais dont personne ne conteste qu’il appartienne au Mali. Alors pourquoi l’avion acquis sous IBK, au nom du Mali, après tous ces bruits, serait-il mis en location, selon le dernier communiqué du Parena ?

Un scandale dans un scandale qui appelle une clarification sur le certificat de propriété de l’avion qui vaut tant de soucis avec le FMI et d’autres partenaires. Se taire sur le sujet n’éteindra certainement pas la polémique, tout comme s’abriter derrière l’ouverture d’une information judiciaire ne calmera la colère et la frustration légitimes des Maliens.

Le devoir d’exigence positive

Au vu des deux rapports, des pièces produites par le BVG, les preuves accumulées parlent d’elles-mêmes. Le seuil de la présomption d’innocence est largement franchi. Les Maliens (et les partenaires comme le FMI) ont fait leur religion : il y a eu des irrégularités suivant un bel euphémisme officiel, des fautes de gestion, des crimes de détournement et complicité de détournement au service de l’Etat, des sanctions exemplaires doivent logiquement suivre. Parce que nous ne sommes pas dans une République unipersonnelle à responsabilité diluée, mais bien dans une République dite exemplaire où «nul n’est au-dessus de la loi».

Au moment où le Front social est en ébullition et que le Nord est encore à feu et sang, le pouvoir ne peut se donner le luxe d’étouffer, par des subterfuges juridiques de séparation des pouvoirs, le plus gros scandale politico-financier de l’histoire de la République.

L’intérêt de l’Etat est dans son autorité qu’il faut rétablir, celle de la République de l’union de tous ses enfants autour de la consolidation de la démocratie et l’uniformisation de notre souveraineté sur l’ensemble du territoire. Nul n’a intérêt, en dépit du scandale, de chercher à affaiblir le pouvoir d’IBK en charge d’un pays encore à stabiliser. Il appartient à tous les Maliens de faire preuve d’exigence positive, malgré la colère et la déception.

Les magouilles, les détournements, les fraudes, les trafics d’influence, ça suffit ! Il nous faut sortir de la spirale dangereuse d’instabilité et des affaires honteuses qui ne font hélas point «l’honneur du Mali» encore moins «le bonheur des Maliens».

La montée du mercure au sein de l’opinion publique s’explique en grande partie par l’attachement, le respect et la confiance qu’elle veut conserver en son Président. Il est donc du devoir du Président IBK, en tant «Père de la Nation», de panser les blessures du petit peuple qui ne comprend, ni n’accepte cette foire foraine à milliards.

Au président IBK, toujours aux yeux de son peuple homme d’Etat à la probité et à la rigueur morale intactes, et ayant un sens élevé de l’Etat et pour lequel la chose publique est sacrée, il incombe donc, en tant que «garant des institutions, de l’unité nationale, de la cohésion sociale», de reprendre non seulement l’initiative mais les commandes du bateau-Mali.

Restaurer l’image d’Epinal du Mali

Au regard de la vitrine Mali, de l’image d’Epinal  qui se fissure chaque jour suite à ces affaires, il urge que le Président IBK reprenne la main pour mettre un terme à tout ça. Non par un discours comme l’y invite le Parena, mais des actes concrets, des décisions audacieuses que les Maliens attendent de lui en matière de lutte contre la corruption et l’impunité conformément à ses promesses, dans le seul intérêt supérieur de la Nation et des futures générations.

L’exigence de vérité et la quête de justice n’ont jamais été aussi pressantes vis-à-vis d’un pouvoir depuis l’affaire Cabral. Mais qu’on ne s’y trompe point, c’est aujourd’hui plus qu’en juillet-août 2013 que les attentes des Maliens envers IBK sont les plus grandes, les plus folles. Parce qu’aucun de ceux qui ont voté pour IBK n’acceptera de se laisser convaincre qu’il s’était trompé de choix; et il n’est d’aucun intérêt pour le Président IBK de le laisser croire.

En effet, le président IBK a tout intérêt, pour finir avec ses affaires qui le divertissent de son programme présidentiel, de renouer avec le peuple qui l’a plébiscité. En homme d’Etat qui a su rester patient dans la dignité, en parfaite phase avec les aspirations de son peuple, le Président IBK sait, plus que tout autre, que «la seule façon d’avoir raison en politique, c’est d’avoir le peuple avec soi», comme le dit si bien notre compatriote Fabou Kanté, digne élève de Feu Dialla KONATE.

Nul sacrifice n’est au-dessus de l’engagement pour le Mali. Il faut mettre un terme au sentiment d’impunité, il faut se débarrasser des boulets qui plombent et entravent le renouveau du Mali. Il faut refuser de donner raison à ses détracteurs. Ça suffit, il faut arrêter ça.

Par Bertin DAKOUO

 




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