Second décès  au virus ébola: exigence de vérité, devoir de transparence

L’espoir de voir Ebola bouter hors de leur patrie n’aura duré pour les Maliens que le temps d’un feu de paille. A peine levée la quarantaine imposée aux personnes qui avaient été en contact avec la fillette décédée à Kayes, qu’on leur annonce de nouveaux cas, deux décès, à la Clinique Pasteur, en plein centre de Bamako.

Comme une traînée de poudre, depuis mardi soir, la nouvelle envahie toute la capitale, l’inquiétude et la panique s’installent. Comment cela a-t-il être possible? Comme dans le cas de la première victime, la seconde qui a contaminé un médecin de la Clinique Pasteur lui aussi mort, vient aussi de la Guinée voisine : elle est l’Imam de Kourémalé. Son ami, Keita Issa Bléni, mort lui aussi… La clinique Pasteur, avec personnel de santé et patients, mise en quarantaine ainsi que la famille et les proches du médecin décédé. Au total, plus de 100 personnes sous observation ou en quarantaine ; mais plusieurs autres personnes dans la nature, dit-on.

A la panique et aux rumeurs les plus absurdes s’ajoute la polémique sur les comment, les pourquoi, les causes et coupables ? La rue, les marchés, les grins et la blogosphère malienne sont en folie, à la recherche de coupables, mais en vérité de viatique, d’assurance.

Malgré les messages d’apaisement et les mesures prises et préconisées par les autorités sanitaires appuyées par l’OMS, il y a comme un sentiment de fatalisme, de frayeur, de peur panique comme si l’aube de la fin de notre Maliba avait sonnée.

«Si c’est vrai ce qu’on dit, nous sommes tous des cadavres ici ; parce qu’on est tellement unis et solidaires que c’est hécatombe. Or, visiblement, malgré le discours attrayant, ça se voit que nous ne sommes pas préparés à faire face à Ebola », tel est le discours et le sentiment le plus partagé par ceux qui sont encore lucides face à la maladie d’Ebola.

Oui, Ebola est désormais là ; et la situation est peut-être plus grave qu’on le dit. Peut-être moins aussi. Mais elle requiert de chaque Malien, moins de négativisme, moins de pessimisme ; et plus de sérénité, plus de clairvoyance, plus de lucidité. Ebola tue, mais le manque d’information, la peur et la panique sont plus mortels, de même l’insouciance et la légèreté.

Notre pays, au regard de ses liens géographiques et familiaux avec la Guinée, et du choix souverain des autorités de ne pas fermer notre frontière commune, était-il à l’abri ? C’est même un miracle que le Mali ait enregistré son premier cas d’Ebola qu’en octobre, disent les spécialistes. Aussi, le sens de responsabilité commande de faire économie des polémiques inutiles et de mises en accusation frustrantes qui ne peuvent aider à juguler le péril, déjà dans la Cité. La meilleure attitude dans la situation présente, c’est d’aider le personnel sanitaire à se réarmer de courage face à leur sacerdoce, les autorités sanitaires à trouver les moyens adéquats et idoines, et les populations à adhérer aux mesures préconiser pour circonscrire le mal.

La colère est compréhensible, parce que le risque plane sur chacun, et personne ne souhaite mourir d’Ebola. Aussi, la situation commande, beaucoup de responsabilité et de don de soi de la part du personnel sanitaire, beaucoup d’efforts matériels et de sensibilisation de la part des autorités, mais beaucoup de compréhension et d’indulgence de la part des citoyens, notamment des familles des victimes.

Si le serment d’Hippocrate lie le médecin, il faut aussi noter que la responsabilité médicale est relative. Le médecin, tout comme l’avocat, ne sont astreints qu’à une obligation de moyen et de non résultat.

Pour l’exigence de vérité et le devoir de transparence, il faut éclairer l’opinion malienne pour l’apaiser, la rassurer, situer les responsabilités sur l’ensemble de la chaine de sécurité sanitaire. La rétention de l’information ne fait que nourrir les supputations, la rumeur et la polémique.

Les bamakois auraient pu être informés, ils auraient dû être informés, depuis qu’un cas d’Ebola est passé au travers les mailles du cordon sécuritaire pour parvenir jusqu’à la Clinique Pasteur. D’avis de plus expert que votre serviteur, «le tableau clinique de l’iman évoquait bien un tableau clinique de la maladie à virus Ebola. Il fallait tout simplement associer l’origine géographique du patient aux éléments cliniques et on avait un cas de suspicion de maladie à virus Ebola». C’est en toute légitimité qu’ils se posent aussi la question de savoir comment la Clinique Pasteur, un établissement de référence, a pu passer à coté du diagnostic ?

L’Imam de Kourémalé, Oussou Keïta (celui qui a amené le virus de la Guinée) a été traité pour insuffisance rénale à la clinique Pasteur. Il est vrai qu’un syndrome d’insuffisance rénale peut faire partie dans un tableau clinique de la maladie à virus Ebola. Ce syndrome est toujours associé à un syndrome infectieux notamment la fièvre. L’Imam de Kourémalé faisait de la fièvre et cela devrait alerter le personnel soignant et leur faire penser à processus infectieux notamment la maladie à virus d’Ebola d’autant plus que la notion de séjour dans une zone épidémique existait.

C’est un cas d’école, explique un spécialiste. Le ministère de la Santé doit mettre en place un «standard operating procedure» au niveau de toutes les structures de la santé du pays pour que le personnel soignant soit sur le qui-vive devant le tableau clinique que pourrait présenter les patients.

Les médecins américains de l’Hôpital de Dallas n’ont-ils pas commis la même erreur de diagnostic lorsque Mr Duncan avait été admis à cet hôpital pour Ebola ?

Les américains ont fait les mêmes erreurs que nous avec le cas du Texas, mais ils ont vite rectifié le tire en communicant régulièrement et en formant les acteurs impliqués. Nous devons absolument apprendre de nos erreurs.

Des sources proches du dossier, s’il y a eu des défaillances dans certains aspects de la prise en charge, les autorités sanitaires ont agi avec promptitude et professionnalisme, et ne peuvent être accusés d’avoir tenté de dissimuler la vérité.

Selon une source bien introduite, le centre opérationnel a été informé du cas de l’infirmier, le lundi 10 novembre 2014. L’infirmier a été mis en isolation le même jour. Le diagnostic a été confirmé, le mardi 11 novembre 2014, et le patient est décédé le même jour. Depuis, le mardi 11 novembre 2014, des mesures ont été prises pour la recherche des contacts. Le mercredi 12 novembre 2014, un des médecins traitant de la clinique Pasteur a été mis en confinement et son diagnostic a été confirmé le même jour. Il est actuellement sous prise en charge. La clinique est totalement mise en quarantaine.

La mise en quarantaine du personnel de cette clinique ne sera pas suffisante. Tous ceux qui ont eu contact de près avec le Guinéen et l’infirmier (parents, amis et connaissances) devront être contactés.

Il ne s’agit point de faire paniquer la population, mais de leur faire sentir eux même la gravité de la situation. La polémique et les déchirures sur le sujet ne nous seront d’aucune utilité. Qu’on se rappelle où nos divisions sur la crise du Nord nous ont conduit…

 

Mohamed D. Diawara

 

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