Search
lundi 30 novembre 2020
  • :
  • :

Secteur minier et réformes: un apport de 403 milliards FCFA au budget d’État en 2019

La place du secteur minier dans la transition et les réformes était le thème d’un important débat sur Africable télévision ce 1er septembre 2020. Pour animer la partie, il y avait autour de la table, le Pr Abdoulaye NIANG, directeur exécutif du Centre Senè d’études stratégiques sur le Co-entrepreneuriat ; M. Mahamadou SAMAKE, directeur de Barrick Gold Corporation pour l’Afrique de l’Ouest ; M. Mohamed KEITA/Consultant indépendant et Chiaka BERTHE/ingénieur minier. L’Etat du Mali connait-il la quantité d’or produit dans les sites miniers ? L’or brille-t-il pour tous les Maliens ? Le Mali peut-il faire mieux pour mieux profiter de ses mines d’or ? Voilà autant de questions que les invités ont tenté d’élucider.

«Transition et Réformes : Qu’en est-il du Secteur Minier ?» était le thème de l’émission grand public de Africable télévision avant-hier mardi, à partir de 21 heures. La question de la production de l’or a toujours été au cœur des débats. Mais entre les entreprises minières, l’État et les populations des zones minières, il n’y a jamais eu une concordance au niveau des discours.

Symbole universel de la richesse
L’or, selon Mohamed KEITA, consultant indépendant et fonctionnaire du ministère des Mines, à la retraite, est le symbole universel de la richesse. ‘’Partout où il y a richesse, on le compare à l’or : l’or blanc pour le coton, l’or noir pour le pétrole’’. C’est pourquoi, dit-il, sa production ne laisse jamais personne indifférent.
Dans notre pays, les autorités ont toujours soutenu que la production de l’or est d’une importance capitale pour les finances publiques. Toutefois, la population, surtout celle des zones de production, a toujours défendu la thèse contraire. Aussi, le contraste demeure-t-il grand entre le niveau de vie des populations et la richesse astronomique souvent produite dans ces localités. Ainsi, les ressortissants de Kéniéba, une localité qui regroupe plusieurs sites miniers de classe mondiale étaient présents à cette émission pour exprimer ce désarroi.
Mobilisé par le Pr Abdoulaye NIANG qui a engagé ce combat pour la bataille de la propriété de l’origine des terres des mines. Selon lui, la population de Kéniéba ne sait rien de la production d’or. Or, poursuit-il, selon le droit international économique, le Mali et les investisseurs doivent avoir les mêmes parts dans les mines. Le Pr NIANG a d’ailleurs développé une  application du Modèle ‘’Sanou» pour mieux profiter des potentialités minières du pays, conformément à une recommandation du Dialogue National Inclusif et de l’Entente Internationale de Bamako du 15 mai 2015. Selon lui, la mine de Gounkoto a remboursé entièrement ses investissements, depuis 2012. Dans ce contexte, il n’est pas raisonnable que Barrick continue d’avoir 80 % et le Mali 20 %, préconise-t-il. À ce stade, il n’exclut pas que les communautés locales poursuivent ces sociétés en justice, car il est inadmissible qu’on retire les terres de subsistance des populations pour y exploiter de l’or sans contrepartie, pour leur bien-être.
Revenus fiscaux
Pour Mohamed KEITA, le consultant, la particularité de l’exploitation de l’or, c’est que tous les revenus tirés par l’État sont uniquement des revenus fiscaux. Sinon, depuis quelques années, des efforts sont faits pour que l’État profite mieux de ces ressources pour le bonheur des populations. Ainsi, poursuit-il, une convention d’établissement type a été élaborée sous la transition en 1992 pour faciliter la gestion des conventions signées, à travers une unicité de traitement de toutes les sociétés minières qui sont sur différents codes miniers. Cette convention type a été adoptée par un décret.
« La participation de l’État dans les sociétés minières, c’est au niveau du capital social, sinon il ne paie pas un franc pour les investissements. La particularité de l’exploitation d’or, c’est que tous les revenus tirés par l’État sont uniquement des revenus fiscaux. En 2019, au total, les mines d’or ont apporté 403 milliards FCFA au budget d’État », s’est défendu M. Keïta.
M. Chiaka BERTHE /Ingénieur minier, de son côté, a expliqué que créer une société minière étatique est un choix politique de l’État. Mais il prévient qu’il s’agit d’un investissement lourd. À titre illustratif, il soutient que pour la mine de Loulo, Randgold a investi plus d’un milliard de dollars US. Quand on prend les trois mines de Barrick au Mali, ces dernières années, ce sont 3 100 milliards de FCFA d’investissements pour un bénéfice net de 580 milliards FCFA, renchérit-il.

Faible exploitation des activités liée à l’exploitation aurifère
« La mine traine l’industrie, le développement de façon indirecte. Mais il faudra vendre à la mine pour en profiter », a-t-il argumenté. Par ailleurs, l’ingénieur minier pense que le Mali est en retard dans le développement de ses capacités pour développer les activités connexes autour des sites miniers qui rapportent également gros. Et pour cause, Gounkoto a plus de 5 000 employés. Pour le moment, aucune entreprise malienne n’est capable de leur fournir en nourriture, regrette-t-il.
« C’est une entreprise sénégalaise qui l’assure et ça coûte près d’un milliard chaque an. La viande seule coûte plus de 400 millions achetée aussi au Sénégal, parce qu’ici, on n’est pas capable de conditionner la viande pour la consommation », a déploré l’ingénieur minier.
M. BERTHE, responsable de Barrick explique que si ce n’est le Mali, nulle part, dans la sous-région, un État n’a pu décrocher 20 % de participation dans les sociétés minières. Mais pour lui ce qui est important, ce ne sont pas les 20 % qui ne sont que les dividendes. En effet, souligne-t-il, en plus des 20 %, il y a ce que l’on appelle redevance. Ainsi ‘’sur chaque gramme d’or produit, 6 % appartiennent à l’État. En plus de ça, l’impôt sur les sociétés, c’est 30 %, sans les salaires, les dépenses transactionnelles et le cordon douanier’’.
Contrairement à ce qui est dit, l’État est au cœur de l’ensemble de la production au niveau des sites miniers.
« Par rapport à la production, c’est l’État qui prend tout l’or produit dans les mines chaque semaine. Avec une équipe composée des représentants de la DNGM, de la douane et l’assurance. Les compagnies qui produisent n’entrent même pas. Si les compagnies produisent l’or, leur responsabilité est finie », a-t-il expliqué.

Une société de patrimoine ?
Pour le Directeur régional pour l’Afrique de l’ouest de Barrick, Mahamadou SAMAKE, si le Mali pouvait développer tout son or, il n’allait pas chercher des investisseurs ailleurs. Ceux-ci viennent sur la base de la législation minière en place notamment le code minier. Celui-ci réaffirme toujours un principe : « les richesses du pays appartiennent à l’État. Mais on ajoute, toutefois, celui sur la base d’un permis minier découvre un gisement, cet or lui appartient. La recherche dure 9 ans et la chance de trouver un gisement économiquement rentable est faible. C’est un secteur qui nécessite beaucoup d’investissements sans avoir la certitude d’avoir le gisement souhaité. C’est pourquoi la Banque mondiale et le FMI ont déconseillé aux l’État de ne pas investir dans ce secteur. Il faut que les gens comprennent, c’est une activité règlementée ».
À ceux qui disent que ’’l’or ne brille pas pour tous les Maliens’’, Sam leur rétorque que « l’exploitation de l’or de Barrick représente aujourd’hui plus de 12 % du PIB du Mali, l’or c’est la première exportation du Mali », avant d’ajouter : « en 2012, quand il y a eu le coup d’État, tous les pays ont arrêté leur coopération avec le Mali, l’État a fonctionné exclusivement grâce aux revenus miniers. Aujourd’hui, avec l’unicité de caisse de l’État, beaucoup de gens à Bamako vivent des ressources de l’or sans le savoir ».
Pour Mahamadou SAMAKE dit SAM, ce serait du gaspillage que l’Etat injecte de l’argent dans le développement d’une mine. Ce qui est important, à ses yeux, c’est que le Mali puisse faire en sorte que les mines puissent l’aider à résoudre ses problèmes. Plutôt que l’État s’oriente à créer une société de patrimoine.

Par Sidi DAO




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *