Situation au nord du Mali: grave ingérence du ministre Le-Drian

18

Invité ce dimanche sur le plateau du grand rendez-vous «Europe 1/Les Echos/Itélé», le ministre français de la défense Jean Yves le-Drian, que nous connaissons et aimions bien, ici, au Mali (suite à ses nombreuses visites), est allé un peu loin concernant ses éléments de réponse en réaction à une question sur l’intervention française au Mali. Au passage, le ministre de la Défense a justifié l’intervention française au Mali, en 2013, puis l’opération Barkhane pour traquer les groupes terroristes au Sahel. Il a poursuivi en affirmant qu’en l’occurrence, à travers cette intervention, la France assurait sa propre sécurité, mais qu’il y’a toujours des noyaux qui veulent se reconstituer et contre lesquels il faut agir avec une très grande fermeté. Mais ça tout le monde le sait.

S’exprimant sur la situation au Mali, le ministre Jean-Yves le-Drian dira que «le président malien doit prendre les initiatives nécessaires…je répète régulièrement au président Ibrahim Boubacar Keïta qu’il faut prendre les initiatives nécessaires pour assurer l’intégration des peuples du Nord dans la communauté malienne…il importe que les Maliens prennent à bras le corps leur propre sécurité. Cela passe aussi par des initiatives politiques.» Par respect pour la France, notre ami et notre allié, par respect aux autorités et au peuple français, il ne nous parait ni nécessaire, ni utile de répondre au ministre français.
Il est cependant important de rétablir certaines certitudes de fond et de forme.
D’abord sur la forme, au moins deux questions surgissent : le Président IBK est-il l’interlocuteur indiqué d’un ministre français et dans la circonstance et le ton donnés ? Le plateau du « grand rendez-vous » est-il le meilleur support pour parler à un Président et à un État souverain sur une question aussi sensible que celle du septentrion malien qui mobilise la communauté internationale ?
Sur le fond, trois questions nous interpellent. Primo de quelle intégration et pour quels peuples du Nord parle le ministre le-Drian ? Secundo, sur l’accord de paix, qui mieux que le Président IBK a joué sa partition ? Tercio pour quelle finalité est-il question de rappeler qu’il importe que les Maliens prennent à bras le corps leur propre sécurité ?
Toujours est-il que la France est un pays ami du Mali qui a fait preuve d’un sacrifice avéré depuis 2012. Cependant cette relation transcende fort heureusement les hommes et leurs opinions. Il est également vrai que la France d’aujourd’hui traverse, eu égard au contexte politique, une crise de leadership, attisée par les très prochaines joutes électorales. Mais de là, à créer un antécédent préjudiciable à la hauteur des relations entre deux pays, qui se vouent respect et estime, un pas plutôt désobligeant a été franchi. Cela est d’autant plus perçu par l’opinion publique malienne comme une dangereuse interférence dans les affaires intérieures du pays, de la part du ministre français, d’autant que ce pays, quoiqu’il a été prompte à engager des initiatives pour la libération du Mali, en 2012, n’est pas du tout étranger à la cacophonie qui règne sur cette partie du territoire national. En effet, contre attente, et certainement en appui sur ce que ses experts tant militaires que géostratégiques lui servaient, à l’époque, la France s’est refusée à toute présence militaire malienne dans la ville de Kidal. Donnant la nette impression que le Mali faisait un pays indivisible, mais que Kidal, ville malienne, ne faisait pas partie de cet ensemble national.
C’est cette confusion énorme qui complique jusqu’ici la problématique sécuritaire à laquelle le Mali est confronté sur cette partie de son territoire. Une année après la signature de l’accord de paix, le nord du Mali, en dépit de la présence militaire de la Minusma et des forces françaises Barkhane, continue d’être le théâtre d’attaques terroristes violentes et meurtrières, n’épargnant ni populations civiles, ni forces militaires qu’elles soient du Mali ou des troupes étrangères. Si le ministre de la défense parle de la problématique de cette question (avec la mort d’un soldat français indignant toute la communauté malienne), il doit agir forcément avec le sens de la responsabilité partagée plutôt que de chercher inutilement à mettre la pression sur le président IBK dont les efforts en faveur de la paix sont par ailleurs salués par tous les acteurs concernés.
La question de l’intégration des communautés au Nord a-t-elle jamais été d’actualité au Mali depuis des millénaires où les migrations, les brassages, les alliances et les efforts politiques ont réduit toutes sortes et formes d’exclusions pour qui connaissent un peu notre pays et son histoire. Nonobstant leur minorité, les populations des régions du nord du Mali se retrouvent dans toutes les sphères de la République (institutions, administration, armée, forces de sécurité, etc.). Les initiatives en matière d’intégration des communautés au nord ne manquent pas au Mali et font d’ailleurs l’un des traits dominants du vivre ensemble malien, devenu légendaire. Le Mali, pour la diversité culturelle qui fait sa force, ne connaît pas un problème touareg. Ce sont les autres Yves Le-Drian, experts de la diplomatie ou en question militaire, qui ont déclaré à la face du monde que les touareg étaient leurs amis, créant du fait, dans ce pays, un déséquilibre sociologique entre les différentes communautés maliennes, comme si, en dehors des touareg du Nord, les français n’avaient plus d’amis au Mali. Une grave méprise à l’histoire et à la culture…
Sur l’accord de paix, qui mieux que le Président IBK a joué sa partition ? En effet, le processus d’Alger a été lancé sur initiative du Mali qui a consenti des efforts importants afin de parvenir à la paix. Mieux, les autorités des nouvelles régions ont été mises en place, le comité de suivi et le mécanisme opérationnel de coordination sont fonctionnels, un haut représentant du Président de la République pour la mise en œuvre de l’accord et un Président de la conférence nationales d’entente ont été nommés. Il est en de même pour la recherche et la mobilisation des ressources, la mise en place des autorités intérimaires, les élections municipales, la rentrée des classes, le démarrage des patrouilles mixtes ainsi que le renforcement du mandat de la Minusma.
Concernant la sécurité par nous-mêmes n’est-il pas préférable que chaque pays se souvienne des périodes difficiles pendant lesquelles il a fait appel à d’autres nations pour remonter la pente ? En tous cas du sang malien a été versé sur bien de fronts à travers le monde et nul pays n’est invulnérable sur ce terrain.
A bon entendeur, salut.

Par Mohamed D. DIAWARA

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *