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mardi 23 juillet 2019
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Situation du centre: les réponses évasives du ministre Salif Traoré

Le ministre de la Sécurité, Salif TRAORE, était, hier mercredi, à la barre à l’Assemblée nationale pour défendre le gouvernement sur les massacres au centre du pays. Pendant près de quatre heures de débat, le général Salif TRAORE acculé par des députés a passé aux côtés des questions essentielles. Les Maliens ne sauront pas plus que les spéculations de la rue.

Furieux et même très furieux après les drames de Dioura et récemment à Ogossagou, les députés ont interpelé le gouvernement sur ces événements survenus au centre du pays et ayant fait plus de 200 morts et de dégâts matériels très importants. Et c’est le ministre de la Sécurité et de la protection civile, Salif TRAORE qui assurait la défense du gouvernement alors qu’il y a le ministre de la Défense et des anciens combattants.

Ouvrant le débat, le président Issiaka SIDIBE, avec inquiétude, estime que la situation est très alarmante avec la persistance des attaques et conflits intercommunautaires qui ne cessent d’endeuiller le pays avec les morts civiles et militaires. Selon lui, ces faits doivent mériter l’attention des députés conformément à leur mission.

Comme lui, l’honorable Aissata TOURE s’est également indignée de ce qui s’est passé dans le centre avec la détérioration de la sécurité occasionnant des dizaines de morts.

« Ça fait mal, c’est triste, c’est lourd, c’est douloureux », a-t-elle affirmé. Pour elle, la montée des violences et de l’insécurité au centre, ces derniers temps, contraste avec les ambitions de la Loi de la programmation militaire et des acquisitions de nouveaux aéronefs.

Quant à Zoumana N’Tji DOUMBIA, il a souligné que ces tueries et attaques, dans le pays, prouvent à suffisance que le gouvernement est inefficace à lutter contre l’insécurité. Aussi, attestent-elles, le mépris du gouvernement aux recommandations de l’Assemblée nationale. L’élu de Bougouni est aussi très remonté contre le gouvernement pour ne pas prendre en compte leurs recommandations qui exigeaient notamment le désarmement de toutes les milices et le renforcement de la présence de l’armée dans la zone. Il pense que la situation est la conséquence de la non-application de ces mesures.

Qu’est-ce qui s’est passé à Dioura où plus de 20 militaires ont été tuées ? Qu’est-ce que l’État attend pour désarmer toutes les milices comme promises par le Premier ministre, en janvier ? Où en sommes après Ogossagou ? Qu’est-ce que l’État est en train de faire pour éviter les atrocités de Dioura et Ogossagou ? Comment l’État va désarmer les milices alors qu’il est lui-même absent de la zone ? Sont entre autres questions adressées au ministre de la Sécurité de la protection civile par les députés.

Dans ses réponses, le ministre Salif TRAORE était très évasif. Il ne dira pas plus que les Maliens ne savaient pas. Pire, il fait fi de certaines questions, notamment celles liées au désarmer de toutes les milices. Il a également insisté sur l’appel à la retenue, d’éviter l’amalgame et demandé l’implication de tous les acteurs dans la résolution de la situation.

Par ailleurs, le général Salif TRAORE a déploré déjà que les attaques aient fait, entre janviers et mars 2019, 440 morts du côté des civils et 150 militaires parmi les Fama, la MINUSMA et Barkhane.

« Aucun responsable n’est fier face à ce bilan », a déclaré le ministre malien avant d’affirmer que l’armée malienne ne peut pas faire du miracle en cinq ans. Selon lui, la reconstruction d’une armée comme la nôtre prendra du temps. Donc, ce n’est pas en cinq ans que le pays peut disposer d’une armée efficace.

« Sur le plan de la formation de nos soldats, le temps joue contre nous », a-t-il relevé. Il n’y a pas que cet aspect. Pour le ministre de la Sécurité, le pays est aussi victime de sa grande superficie. À ce stade, il est difficile d’occuper rationnellement tout le territoire, a-t-il avoué.

En répondant à la question de dissolution de Dan Nan Amassagou, le ministre souligne que contrairement à ce que pensent beaucoup de députés et citoyens, le gouvernement n’a pas dissout une milice, mais une association.

« On a retiré à l’association Dan Nan Amassagou son récépissé parce qu’elle a initié des actions contrairement à ses objectifs initiaux. Pour le moment, le gouvernement n’accuse personne, en attendant le résultat de l’enquête », a précisé le ministre de la Sécurité sans dire un mot sur les précédentes enquêtes ouvertes sur des attaques dans le centre. Or, il en a été interpelé.

S’agissant des actions urgentes à mener, le ministre a annoncé dans les jours à venir une vaste opération transfrontalière pour ratisser large au centre du pays. À ce jour, il a indiqué que 15 000 soldats sont déployés dans le pays contre les menaces sécuritaires. À cette occasion, il a mis l’accent sur des efforts du gouvernement à équiper et à former les militaires en rappelant que récemment, le gouvernement avait acheté des véhicules blindés à hauteur de 8 milliards de FCFA. En outre, par an, l’État met près de 2 milliards dans le fonctionnement des unités.

Le front contre le Premier ministre SBM

De plus en plus, des députés de la majorité présidentielle principalement du RPM, sortent de leur réserve contre le Premier ministre, Soumeylou Boubèye MAIGA. Lors de l’interpellation du gouvernement hier, des députés comme Mohamed TOUNKARA et Mamadou DIARRASSOUBA ont estimé que l’équipe du Premier ministre devait démissionner.

« Le gouvernement a échoué. Ce Premier ministre ne peut pas faire l’affaire de ce pays. Je demande son départ. Ce n’est pas la position de mon parti. Cette déclaration n’engage que ma personne. À la place du Premier ministre, je démissionnerai après plus de 200 morts en un mois », a déclaré l’honorable TOUNKARE. Comme lui, l’élu de Dioila a ajouté que le Premier ministre actuel n’était pas la personne la mieux indiquée pour conduire les réformes constitutionnelles en cours dans le pays. Il demande également sa démission. C’est en tout cas ce qui se disait dans les couloirs de l’AN hier. D’aucuns parlaient même d’une motion de censure contre le gouvernement. Un député de la majorité nous a confié qu’il y a des clans qui sont en train de se former pour faire partir SBM. Mais pour l’instant, il n’y a rien de concret.

Par Sikou BAH

 




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