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vendredi 20 mai 2022
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Situation du Nord: chantage sur IBK

Face à la dégradation de la situation sécuritaire, chacun cherche une corde à son arc pour ne pas dire chacun se cherche un bouc émissaire commode.
Pour les populations maliennes, notamment celles du Nord, c’est sur la tête de la Minusma qu’il faut mettre le bonnet d’âne, accusée, non seulement pour sa complaisance et sa connivence avérées avec les groupes séparatistes dans l’affaire de l’accord très controversé et retiré de Zone temporaire de sécurité dans le secteur de Tabankot; mais aussi pour avoir tiré sur les manifestants à Gao. Qui des «amies» et alliées du Mali?

Si la Mission onusienne se donne le temps pour laisser passer la vague, la France qui n’est jamais trop loin du dossier du Nord Mali (c’est un Général français qui a signé l’Accord controversé), veut-elle sortir enfin du bois pour rabattre ses cartes ? En tout cas, après les derniers développements de la situation sur le terrain, les médias sont comme entrés dans une transe, pardon pour la confraternité, dans une certaine philharmonique accusatrice, notamment contre le président IBK.
Dans un article signé d’un universitaire français dans le Nouvel Observateur («Au Mali, la situation s’enlise: la France se retrouve dans une position très inconfortable») dont on retrouve les grands thèmes développés ailleurs dans la grande presse française, un gros doigt accusateur est pointé sur le président IBK.
Romain Poirot-Lellig, maître de conférence en relations internationales à l’Institut d’études politiques de Paris, l’auteur de l’article, part de habituel refrain stagnation du processus politique pour aboutir à l’accusation directe instrumentalisation de «milices» par «la stratégie du pourrissement privilégiée par le gouvernement malien depuis des mois» à la base à la situation présente au Nord du pays.
Cette expertise française tient responsable le gouvernement du Mali dont «l’inaction… en terme de développement et de gouvernance» est à la base du mécontentement des populations à l’égard des «groupes pro-Azawad». Une affirmation qui ne tient certainement pas compte du fait que c’est parce que ces populations tiennent les «gentils» «pro-Azawad» pour responsables de la situation sécuritaire de leur pays.

Accusé de «reproduire les errements de son prédécesseur» depuis 2013, le président IBK et son gouvernement, sont, outre qu’ils n’ont fait avancer «aucune reforme», semblent, dit l’expert français, «peu soucieux de créer les conditions d’une stabilisation et d’un développement au nord». Mais, l’expert oublie, sur ce point, de partager les responsabilités du fait que sur l’initiative de la France, les Nations unies ont dépêché une «Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilisation au Mali(MINUSMA)».
Pourquoi ces soudains tirs croisés contre le Mali et son Président? Quel crime le Mali et son President ont-ils commis? On peut aisément deviner la réponse sous la plume du maître de conférence en relations internationales à l’Institut d’études politiques de Paris lorsqu’il écrit: «Encouragées par ce vide institutionnel et téléguidées par IBK,les milices pro-Mali, notamment le GATIA du général Gamou et la fraction pro-Mali du MAA, affaiblissentles groupes pro-Azawad, tout en tentant de reprendre le contrôle des routes du trafic de drogue dans la Vallée du Tilemsi.»
Il s’agit donc de cela? La faute d’IBK serait-elle au yeux de la France, outre que «d’avoir pris acte du succès militaire français,(il)a prié la France de prendre du recul quant au règlement politique du conflit», non seulement il téléguiderait les «milice-pro-Mali» pour affaiblir les «groupes pro-Azawad», mais aussi laisserait ces premiers «reprendre le contrôle des routes du trafic de drogue dans la Vallée du Tilemsi»!

Si l’on doit mettre la France au-dessus de toute velléité de contrôle des routes du narcotrafic, pour celui du processus, l’expérience conduit à ne pas compter sur sa neutralité.
Le choix de l’Algérie «face au regain d’activisme du Maroc dans la région» est-il vu de bon œil par la France? Quand on sait le lourd contentieux entre la France et l’Algérie, on comprend aisément la complexification du dossier et surtout la volonté de Paris d’élargir son rôle jusqu’ici à minima dans ce processus politique.
L’échéance de Janvier avancée par Paris, on se rappelle, pour parvenir à un accord n’est plus d’actualité. Aussi, pense-t-on fortement qu’à travers “un reengagement politique”, “le gouvernement français serait bien inspiré de revoir sa posture politique au Sahel sans attendre que les évènements décident pour lui». En effet, pour les experts français «les limites de cette stratégie sont désormais atteintes. Le surplace du gouvernement malien, l’exaspération des mouvements touaregs, la résurgence de groupes comme Ansar Dine et l’attitude de «spoiler» des milices pro-Mali sont autant d’ingrédients d’un cocktail toxique près de déborder.»
Comment devrait se traduire concrètement ce réengagement politique? En terme peu diplomatique, il s’agira pour Paris, suggère cet expert, de contraindre «notre ami IBK(afin qu’il) adopte enfin une attitude constructive vis-à-vis du Nord».
Dans ce verbiage diplomatique, par «attitude constructive», il faut entendre faire des concessions et aller à des compromis, voire des compromissions; «vis-à-vis du Nord» n’est qu’un epheumisme pour désigner les séparatistes parce que chacun sait que ni le Président IBk ni le Mali n’ont de problème avec le Nord, mais avec les voyous de Kidal, si.
Comme tous les Maliens, le Président IBK restent ferme sur l’indivisibilité du Mali: ni autonomie, ni indépendance. En déplacement à Gao, jeudi dernier, il l’a encore martelé. Cette position affichée par le Président IBK longtemps assimilée à une «intransigeance» ingrate envers la France est aujourd’hui considérée comme de «l’immobilisme». Parce que, dit-on à Paris, «la carte du pourrissement jouée par IBK a fait son temps», des accusations, des menaces prolifèrent: «Si un accord crédible ne peut être trouvé prochainement à Alger, une autre approche doit être tentée. Faute de quoi, les mêmes causes produiront les mêmes effets qu’en 2012.Si cela se produit,la responsabilité de la France sera lourde.»
Quelle autre approche la France entend-elle tenter dans le contexte ? N’est-ce pas là, au-delà de pression amicale un chantage inamical à peine déguisé? Voire une menace?
Affaire à suivre
Par Sambi Touré




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