Situation du pays-crise du nord-négociation: 55% des maliens font confiance à ibk

Selon l’enquête d’opinion de Mali-Mètre de la Friedrich Ebert, rendue publique, hier jeudi, à la Maison de la presse, la justice, la police, l’école, la douane, la mairie, la santé et la gendarmerie sont les services les plus affectés par la corruption au Mali. 55% des sondés font très confiance au Président de la République IBK. Et, 72,5%  déclarent ne pas être satisfaits de la situation générale du pays.

Hier, à la Maison de la presse, la Fondation Friedrich Ebert a présenté à la presse, les résultats de son enquête d’opinion, réalisée à travers Mali-Mètre. C’était en présence de la Représentante résidente de la FES au Mali, Mme Katja MULLER.

Selon le présentateur des résultats, Abdourhamane DICKO, chargé de programmes à la FES, cette enquête 5è du genre s’est déroulée du 19 au 28 août dans l’ensemble des capitales régionale, excepté celle de Kidal pour des raisons de sécurité.

L’âge minium des sondés était de 18 ans. Plus de 3070 personnes ont été sondées.

Au cours des enquêtes, l’accent a été mis sur la perception des Maliens de la citoyenneté, du dialogue, des négociations et de la réconciliation, la sécurisation et la stabilisation du pays et des régions du Nord en particulier, les capacités opérationnelles des forces armées et de sécurité, de Barkhane et de la MINUSMA, l’Accord de défense avec la France, l’organisation des élections communales à venir et le financement du développement national et des régions du Nord en particulier.

Voici point par point les statistiques fournies

De la citoyenneté

Les résultats du sondage indiquent que pour une majorité des enquêtés, être malien signifie formalisme administratif (avoir les papiers maliens: carte d’identité, passeport, permis de conduire) ou bien être né et avoir grandi au Mali.

A la question de savoir quelles sont les caractéristiques dominantes de la société malienne, une majorité cite l’hospitalité et l’entraide (71,6%) et puis la tolérance (59,9%), tandis qu’une minorité forte indique le respect des coutumes et traditions (48,1 %), l’attachement aux valeurs de l’islam (36,2%), la laïcité ou la tolérance religieuse (26,4%).

Du Président de la République et du Gouvernement

Plus que la moitié des enquêté(e)s (55%) font très confiance (30,7%), à juste confiance (24,3%) au Président de la République, contre une minorité importante (42,3%) qui ne lui fait pas confiance (22.4%) ou lui fait modérément confiance (19,9%).

Concernant le Premier Ministre, il bénéficie de la confiance de la majorité des enquêté(e)s (63,4%) dont 37,8% lui font très confiance et 25,6% lui font juste confiance. La proportion de ceux qui ne lui font pas confiance est 32,1 %.

Pour plus de la moitié des enquêté(e)s, les priorités du Gouvernement devraient porter sur la lutte contre le chômage des jeunes (56%) et la lutte contre la corruption et les injustices (52,2%). Les autres priorités citées par une minorité importante sont par ordre de fréquence: la lutte contre la cherté de la vie (47,5%), la lutte contre les groupes armés au Nord ( 39,9%), la relance de l’économie (37,3%), la réconciliation des maliens (32,7%), les négociations avec les groupes armés (27,1 %) et l’école (26,2%).

De l’Assemblée Nationale

Pour la majorité des enquêté (e)s, (65,5%), le rôle de l’Assemblée nationale est le vote des lois.

Une minorité importante estime que son rôle est en plus, de contribuer au développement de leur circonscription électorale (48,6%), contrôler les actions du Gouvernement (39,6%) ou bien de critiquer les actions de ce dernier (28,8%).

La majorité (54,6%) estime que les Députés jouent leur rôle à l’Assemblée nationale. Les Députés jouent leur rôle modérément, 27,3%, très peu 22,0% et pas du tout 25,3%.

Presque les deux tiers des enquêté(e)s (65,9%) ont été au courant de la motion de censure initiée par l’opposition en juin 2014, à travers la télé (59,9%), la radio (38,9%) et des journaux (21,1 %).

Son utilisation comme moyen de contrôle des actions gouvernementales est jugée plus ou moins positive par plus de la moitié des enquêté(e)s, soit 56,4% contre 40,9% qui la désapprouvent. Cependant, la moitié (51,9%) estime que son utilisation n’a pas eu d’impact et la majorité (56,5%) déclare préférer l’interpellation du Gouvernement devant l’assemblée nationale à la motion de censure. Enfin, plus de la moitié des enquêté(e)s (56,4%) déclarent connaitre leur député contre 43,6% qui ne les connaissent.

De la sécurisation des régions du Nord

Une majorité des personnes interrogées (58%) apprécient positivement les capacités des forces armées maliennes de sécuriser le pays en général et les régions du nord en particulier. L’intervention militaire française pour la sécurisation des régions du Nord, à travers SERVAL et puis BARKHANE, est appréciée par 56% des enquêté(e)s.

Le dispositif actuel (Armée Malienne, MINUSMA et BARKHANE) pour sécuriser le pays est estimé suffisant par une large majorité des citoyens (71,9%).

Concernant l’appréciation de présence de la MINUSMA, les avis sont mitigés: elle recueille presque autant d’avis favorables (48,8%) que de non favorables (47,2%).

Plus des deux tiers des enquêté(e)s (68 ,9%) estiment que la durée de présence des forces armées de la MINUSMA et de BARKHANE au Mali ne devrait pas excéder deux ans après la signature d’un Accord avec les mouvements armés; 46,6% pensent qu’elle doit être d’un an au plus. Quant à l’appréciation des forces internationales présentes au Mali, les enquêté (e)s font, dans la leur quasi-totalité (89,2%), confiance aux militaires tchadiens, suivis des nigériens (64,8%) et des français (51 %). Les militaires burkinabés sont moins appréciés des maliens (23,0%).

Malgré les événements de mai à Kidal, la majorité des enquêté(e)s (57%) apprécient positivement la formation des forces armées du Mali par l’EUTM.

Enfin, plus de la moitié des Citoyens (57,0%) sont favorables à l’Accord de coopération et de défense signé avec la France.

Des négociations avec les groupes armés

La majorité (61,4%) des personnes interrogées estiment que le Gouvernement devrait négocier avec les groupes armés contre 36,8% qui sont contre toute négociation. Parmi les partisans des négociations, un peu plus de la moitié (51,4%) estiment positif le choix d’Alger comme lieu de ces négociations contre 44,4 %.

Pour ceux qui sont favorables aux négociations, une large majorité (74,6%) estime qu’elles devront essentiellement porter sur le désarmement des mouvements rebelles. Par contre, l’intégrité territoriale, l’unité nationale et le caractère laïc de l’État ne sont pas négociables pour respectivement 90,6%, 67,3% et 55,9% des enquêté(e)s partisans de la négociation.

Presque les deux tiers des enquêté(e)s (65,2%) sont favorables à l’association d’autres médiateurs à l’Algérie et pour plus de la moitié (55,3%), les négociations doivent se faire entre le Gouvernement et tous les- mouvements armés, y compris Gandakoy, Ganda Iso, etc.

De l’avis des trois quart (74,9%) des enquêté(e)s, la nationalité malienne doit être le principal critère pour participer aux négociations. D’autres critères moins fréquemment cités sont: avoir une autorité morale reconnue au niveau régional ou national (43,8%), être un leader communautaire au Nord (chef de village, de fraction, tribu) (35,9%) ou être membre d’une organisation de la société civile (34,8%).

Enfin, la majorité des enquêté(e)s (70,5 %) pensent que le futur Accord pourrait garantir la paix et la sécurité dans les régions du nord et au Mali en général.

Du dialogue et de la réconciliation

Pour la majorité des enquêté(e)s (60,9%), le « dialogue inclusif» signifie le dialogue entre le Gouvernement, les mouvements armés, les représentants de la société civile et les représentants des populations victimes de la rébellion au Nord et au Sud. La réconciliation, pour plus de la moitié des citoyens (52,2%), a pour sens de « trouver un accord entre les parties pour mettre fin au conflit ». ou « se pardonner après avoir situé (et fait reconnaitre) les responsabilités de chaque partie» (30,2%), enfin « reconnaitre ses torts et pardonner les torts des autres» (29,6%).

Une majorité importante de la population enquêtée (82 %) estime que la réconciliation est nécessaire. Les moyens de la réaliser sont: l’organisation de rencontres intercommunautaires pour le pardon et la réconciliation (55,5%) et, le jugement et la condamnation des coupables d’exactions (42,1 %).

Pour plus de la moitié des enquêté(e)s (58,0%), la réconciliation doit porter sur le dialogue et le pardon entre les populations des régions du Nord et du Sud et sur l’établissement de la vérité et la justice sur les actes négatifs posés du fait de la rébellion (55,7%).

Parmi les actes que l’État doit poser pour davantage se réconcilier avec les populations, la majorité des enquêté(e)s (53,9%) cite l’amélioration des conditions d’accès aux services sociaux de base, puis, la sécurité des personnes et des biens (31,7%), le traitement équitable des citoyens (26,4%) et la lutte contre la corruption (26,2%).

Une majorité des enquêté(e)s, (69,9%) est favorable à des enquêtes et jugements sur les crimes commis au Nord par les groupes armés et plus que la moitié (52,4%) est favorable aux enquêtes et jugements sur les crimes commis au Nord par les forces armées du Mali.

Des impacts de la crise

Pour 62% des enquêtés, la crise a affecté négativement la cohabitation entre les communautés au Nord. Pour nombreux enquêté(e)s (44%) estiment qu’elle va affecter la cohabitation entre les populations déplacées/réfugiées et celles qui sont restées sur place, contre 25,3% qui pensent qu’elle n’aura aucune influence sur cette cohabitation.

Pour la moitié de la population enquêtée (50,3%), la cohabitation entre les ordres religieux islamiques (« sunna qadriya et tijania) sera affectée négativement par la crise.

De la bonne Gouvernance et la corruption

Pour la majorité des enquêté(e)s, « la bonne gouvernance » signifie « autorité du droit » (35,3%), « bonne gestion des biens de l’Etat » (32,3%),« gestion transparente des biens de l’État » (31,1%), « rendre aux Citoyens les services auxquels ils ont droit » (29,9%) et ou « lutter efficacement contre la corruption et la délinquance financière (29,3%).

Telle que définie, de leur avis, la bonne gouvernance est mal appliquée au Mali pour une majorité des enquêté( 71,8%) contre le quart (25,2%) qui estime le contraire. Les enquêté(e)s estiment que les services les plus affectés cette mauvaise gouvernance sont: la justice (72 %), la police (68,0%), l’école (61,2 %), la mairie (58,3%), la santé (57,8%) et la douane (55,3%).

De même, une grande proportion de la population enquêtée (86,4%) affirme que le niveau de corruption est élevé dans le pays. Les services les plus affectés sont: la justice (78,4%), la police (75,0%), l’école (65,6%), la douane (64,5%), la mairie (63,3%), la santé (57,3%) et la gendarmerie (54,2%).

De la situation générale du Mali

Une majorité importante (72,5%) des maliens enquêtés déclare ne pas être satisfaite de la situation générale du pays. Par ailleurs, plus de la moitié (57%) se déclarent favorables à payer plus d’impôts ou de taxes pour renforcer le développement des régions du Nord contre plus du tiers (37%) qui n’y sont pas favorables.

De l’opinion des enquêté(e)s, de nombreuse personnes (44%) estime que la communauté internationale soutient assez le Mali pour son développement et presqu’autant (41 %) pense le contraire; 15% sont sans opinion.

De l’avis de la majorité de la population (60,2%), les prochaines élections municipales devraient être tenues après les négociations.

La fièvre Ebola est une préoccupation pour la grande majorité des enquêté(e)s (90,4%) et dans une forte proportion (77 ,6%), les populations estiment que le Gouvernement s’investit positivement pour prévenir son introduction dans le pays. Les mesures prises par le Gouvernement sont appréciées par une grande majorité des enquêté(e)s (84%).

Appréciation des défis majeurs du Mali

Les populations estiment que les principaux défis auxquels le Mali doit faire face sont: l’insécurité (86%), le chômage (80,7%), la corruption (66,7%), la santé (64,3%) et l’éducation (61,9%).

Par Hamidou TOGO

 

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