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mercredi 14 avril 2021
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Sociétés minières, communautés et élus locaux: polémique autour des dividendes de l’or

Pour qui brille l’or malien ? Cette question, devenue récurrente, a tout son pesant d’or si l’on sait que la clé de répartition des dividendes de l’or entre les sociétés minières exploitantes et les populations des zones aurifères a été toujours décriée par ces dernières. Et pourtant, les sociétés minières prétendent investir des milliards de FCFA dans l’économie nationale et dans le développement local.

C’est un secret de polichinelle. Au regard de l’immensité de la valeur totale du métal jaune extrait dans les 10 actuelles mines aurifères en exploitation au Mali, notamment dans les régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso; et de ses retombées pour les populations de ces zones de production, il ne fait aucun doute que l’or ne brille pas pour tous les Maliens.
Le constat est tellement accablant qu’il est constamment fait dans différents rapports établis par des organisations internationales et de la société civile.
Les chiffres officiels sont également sans ambages.
Selon le ministère des Mines, en 2014, la valeur totale des exportations d’or a atteint 863 milliards de FCFA, soit plus de 70% des recettes d’exportation totale du Mali, et contribué au budget à hauteur de 254,3 milliards de FCFA, soit 25% des recettes budgétaires et 8% du PIB. Durant la même année, ces allocations étaient estimées à environ 1,180 milliard de FCFA pour l’ensemble de la région de Kayes.
Aussi, ressort-il dans un rapport, en matière d’emplois, les attentes des populations n’ont pas été comblées. La même source indique qu’il n’y a que 7,972 emplois formels créés sur une population totale de la région avoisinant les deux millions d’habitants, dont une majorité de jeunes désœuvrés.
Depuis quelques années, de plus en plus, des voix, notamment des élus communaux des zones aurifères, s’interrogent sur la contribution des sociétés minières au développement local.
En effet, Séga SISSOKO, un élu local dans la région de Kayes estime que les attentes des communautés locales en ce qui concerne l’amélioration du niveau de vie socioéconomique (éducation, formation, création d’emplois, réalisation d’infrastructures) ne sont toujours pas comblées.
Le sentiment d’Amadou KONATE, un opérateur économique de Fourou, est sans équivoque: «franchement, nous ne savons pas ce que l’exploitation minière a apporté aux populations de Syama, de Fourou, voire du cercle de Kadiolo. La preuve, c’est que la SOMISY (Société minière de Syama) n’est pas parvenue à bitumer un tronçon de moins de 100 km entre la mine et la route nationale reliant le Mali à la Côte d’Ivoire. Pendant l’hivernage, cet axe est presque impraticable. Sans compter que les populations de Fourou souffrent toujours d’une grave pénurie d’eau en saison sèche».
«C’est vrai que les sociétés font beaucoup, mais les populations attendent plus» rétorque un certain Yacouba KONE, secrétaire général de la mairie de cette commune rurale.
Comme, il fallait s’y attendre, la réaction de la SOMISY n’a pas tardé. Elle rappelle avoir doté Fourou, entre autres, d’un lycée public, d’une salle de spectacle, d’un deuxième château d’eau et de salles de classes.
Un intervenant, qui a gardé l’anonymat, estime qu’au lieu de critiquer les sociétés minières, les communautés devraient plutôt s’interroger sur ce que font réellement leurs élus avec les recettes fiscales et les projets financés après leur approbation.
Un universitaire de la région, Adama BERTHE, est du même avis.
«Nous ne devons pas en vouloir aux sociétés minières, mais au gouvernement et surtout à nos élus qui ne défendent pas comme il se doit les intérêts communautaires», dénonce-t-il.
Le gouvernement explique ce constat par le manque de coordination entre les actions des différentes sociétés minières opérant dans les mêmes zones géographiques. Ainsi, chaque société dispose d’un plan de développement communautaire qu’elle met en œuvre sans concertation avec les autres.
En tout cas, face à l’acuité du problème et pour changer la donne, il a été organisé pour la première fois au Mali à Kéniéba, un atelier sur le développement communautaire à travers le secteur minier qui avait pour but de mettre l’accent sur la nécessité de multiplier les espaces de rencontre entre les sociétés minières et les communautés locales. En effet, il ne s’agit plus d’écouter et de décider avec les seuls élus, mais surtout avec les populations à travers les notabilités et les associations de femmes et de jeunes.
Ce proverbe bambara selon lequel «dans une amitié à trois, un est toujours écarté» semble traduire les rapports existants entre les sociétés minières, les communautés et les élus locaux des zones aurifères.
La rencontre de Kénièba vise tout simplement à mettre fin à ce partenariat scellé sur le dos des populations pour que l’or malien brille pour d’abord les communautés locales ensuite les autres Maliens.

Par Sékou CAMARA




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