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vendredi 23 octobre 2020
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Soixante d’année d’actualité: la version des français du ‘‘22’’

Au cours d’un entretien avec le correspondant de l’agence United Press International, Hettier de Boislambert, haut représentant de la France à Dakar, a exposé ainsi le déroulement des événements de la nuit du 19 au 20 août dont il fut le témoin :
« J’ai été appelé à 21h30 dans le bureau du président Modibo KEITA, qui tenait un conseil des ministres restreint, puisque cinq ministres seulement, dont un Sénégalais, Boubakar GUEYE (Voir le Monde du 3 août), y participaient. Le président Modibo m’informa que c’était par courtoisie qu’il m’avait convoqué afin de me faire connaître les deux décrets qu’il venait de prendre, dont l’un décrétait l’état d’urgence et l’autre destituait Mamamou DIA, vice-président du conseil du Mali et ministre des forces armées.
Je remerciai Modibo Keita de son geste de courtoisie et lui dis que j’informerais le gouvernement français. Au moment où je me retirais, Boubakar Gueye demanda quelle serait l’attitude des forces de la Communauté stationnées au Sénégal.
« Je lui répondis qu’étant donné qu’il s’agissait d’une crise politique interne, conformément aux accords passés avec la France, elles n’auraient pas à intervenir. Le président Modibo KEITA me remercia d’avoir respecté ces accords et tous les ministres présents me donnèrent leur assentiment complet. Il était alors 21 h. 45.
Le cas de la Gendarmerie
« Quant aux forces de gendarmerie, il ne pouvait être question pour moi d’en parler si l’on voulait respecter le décret de base signé le 19 août à la fois par Doudou THIAM et Modibo KEITA, agissant respectivement pour le ministre de la Défense du Mali et comme président du gouvernement. Selon l’article 4 au titre 2 de ce texte : «chaque corps de gendarmerie des États est mis pour « emploi à la disposition du chef « du gouvernement de l’État considéré. «
« Si le président Modibo KEITA jugeait pouvoir démettre de ses fonctions Mamadou Dia en tant que ministre malien, il ne pouvait évidemment pas le démettre de ses fonctions en tant que président du conseil du Sénégal. Et par application même des textes précités, c’était donc bien Mamadou Dia qui, au Sénégal, était le seul à pouvoir mettre en action les chefs de la gendarmerie.
« On ne voit donc pas comment un reproche pourrait être fait au lieutenant-colonel Pierre, qui n’a fait que se conformer à un décret signé par Modibo KEITA lui-même en exécution d’un ordre émanant du président du conseil du Sénégal, Mamadou DIA.
A 3 h. 15 du matin, c’est-à-dire lorsque les jeux étaient faits, le président Modibo Keita me demanda lui-même pour la première fois et par téléphone : « Qu’allez-vous faire des forces françaises ? « Je lui répondis : « Je n’ai pas de raison de modifier ce que nous avons décidé ensemble. «
« J’affirme qu’à aucun moment de cette nuit je n’ai été saisi d’une autre demande d’utilisation des forces françaises».




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