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samedi 8 mai 2021
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Soldats formés par l’EUTM: le manque de système de gestion

Les députés de la commission de la Défense nationale et des Forces armées ont examiné, le mercredi dernier, un rapport d’information sur l’opération Barkhane dans le Sahel. Le document a été élaboré par les députés Sereine MAUBORGNE et Nathalie SERRE qui y étalent des failles dans la lutte contre les groupes armés terroristes.

Sept ans après le début de l’opération Barkhane, les députés Sereine MAUBORGNE (La République en marche) et Nathalie SERRE (Les Républicains) ont tenté de répondre à la question : quel bilan tirer de la lutte contre les groupes terroristes au Sahel dans un rapport dont les conclusions ont été représentées à la Commission de la Défense nationale. C’était le mercredi dernier.
Depuis le déploiement de cette opération en août 2014, 57 soldats français ont perdu la vie, dont 51 au cours d’affrontements avec les groupes terroristes, fait le point le document d’information. Avant de préciser que contre les groupes armés terroristes, Barkhane mobilise quelque 5 100 militaires français chargés de collaborer avec les forces sahéliennes et occidentales. Leur mission est d’accompagner les pays du G5 Sahel dans la lutte contre les groupes armés terroristes.
Barkhane appelée à changer
En 2020, affirment les rapporteurs, Barkhane a réussi des succès contre les groupes terroristes dans le Sahel. Ce qui est l’une des preuves que le bilan de l’opération est incontestablement positif. A cet égard, il n’est pas question d’y mettre fin dans les mois qui viennent.
Toutefois, a affirmé Sereine MAUBORGE, la stabilisation du Sahel prendrait de nombreuses années. Pour le retour à la stabilisation, les succès vont dépendre aussi des efforts qui seraient déployés dans le cadre de l’affermissement des forces locales et de la présence de l’Etat dans la zone.
Pour autant, Barkhane ne doit pas être figée dans sa forme actuelle : l’opération pourrait ainsi changer de nom, et évoluer vers un dispositif de coopération structurelle régionale dans les semaines à venir. En même temps, il est important pour la mission de faire face aux défis auxquels elle est confrontée. Il s’agit notamment de la capacité de régénération des groupes terroristes en présence : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, et la branche de l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). En outre, la mission a souligné les défis causés par la durée de l’opération, évoquant les accusations «d’enlisement» dont elle fait l’objet, mais également «certaines fragilités capacitaires» des armées.

Manque de suivi des soldats formés par EUTM-Mali
En plus de Barkhane, le rapport d’information a également évoqué des fragilités dans la mission de l’EUTM-Mali. Il s’agit notamment des problèmes de traduction et de la gestion des militaires formés par l’EUTM. De même, il avait été déploré que l’EUTM Mali ne forme que des sous-officiers, alors que ces derniers sont la colonne vertébrale d’une force armée.
En effet, sur la gestion des soldats formés par EUTM-Mali, les rapporteurs soulignent un manque de suivi. En trois ans la mission est presque au même point, soulignent-elles. «16.000 militaires maliens ont été formés depuis 2013 par l’EUTM Mali. Mais en l’absence d’un système de gestion de ressources humaines performant, il est impossible de savoir avoir précision ce qu’ils sont devenus », a indiqué Nathalie SERRE.
Anticiper le processus de dialogue avec les djihadistes
S’ajoute à ce problème, celui de la bancarisation des militaires qui continuent de percevoir leur salaire en argent liquide. Évidemment, cela ne peut que favoriser les détournements et les fraudes, comme on l’a vu en Irak, où il fut mis en lumière, en 2014, que les forces armées comptaient 50.000 soldats fictifs… qui percevaient des soldes bien réelles (mais qui allaient dans la poche d’officiers peu scrupuleux).
En plus des actions militaires évoquées par Barkhane, le rapport aborde le dialogue avec les groupes djihadistes dans le Sahel. Selon les rapporteurs, le processus fait presque l’unanimité auprès de nos populations qui approuvent ce dialogue. Face à ce processus qui semble irréversible, Nathalie SERRE a appelé son pays à anticiper leur tenue afin d’éviter que les discussions soient entamées à son insu. Cela pourrait permettre, selon elle, de déterminer avec les forces locales des «lignes rouges» à ne pas franchir, comme l’intégrité du territoire malien ou la liberté religieuse, mais également de retarder ces discussions le temps de neutraliser les chefs terroristes.

Par Sikou BAH




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