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dimanche 8 décembre 2019
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Soldats portés disparus: le moins bon et le pire

Dans son communiqué, suite à l’attaque terroriste du Camp des FAMa (Forces Armées Maliennes) de Boulkessi et le poste militaire de Mondoro, dans la nuit du dimanche 29 au lundi 30 Septembre 2019, le Gouvernement dresse un bilan provisoire qui fait état de vingt-cinq (25) morts, quatre (04) blessés évacués par aéronefs FAMa sur Sévaré, une soixantaine de portés disparus et de lourdes pertes en matériels. Quelle lecture peut-on faire de ces chiffres qui qui donnent le tournis ?

A l’aune de ce bilan officiel qui doit être purement indicatif (l’Armée ne communique presque jamais les vrais chiffres, surtout quand il s’agit de ses pertes), à Boulkessi, il y a eu un véritable carnage qui endeuille la nation malienne tout entière, au-delà des familles des victimes. C’est la preuve, s’il en était besoin, que le tribut payé à la guerre est lourd et même très lourd.
Par ailleurs, un autre chiffre interpelle. Une soixantaine de militaires portés disparus ! Ça fait beaucoup de soldats qui manquent à l’appel. Alors il faudrait envisager deux scenarii.
Le premier scenario, et le plus optimiste, c’est qu’ils ont réussi à enjamber la frontière pour se retrouver en territoire frère du Burkina-Faso. Néanmoins, il y a un bémol qui pourrait assombrir davantage un tableau pas très reluisant. Ce sont des soldats d’un pays qui abandonneraient leur position (ou désertaient) pour rallier un autre pays également en guerre contre les terroristes par les moyens du bord. Comme c’est le cas, en pareille circonstance, ils sont recueillis (arrêtés en réalité) et remis par la suite aux autorités du pays d’origine (le Mali), après toutes les formalités d’usage. Ainsi, rentrés clando au pays des hommes intègres, les nôtres ne ressortiraient au grand jour. C’était la voie empruntée par certains de leurs prédécesseurs à Boulkessi, à la faveur de l’attaque du 5 mars 2017 au cours de laquelle nos soldats ont été mis en déroute. Une vingtaine d’entre eux trouvent refuge à pied au village burkinabé de Dambatousougou. En gageant une réédition de ce qui s’est passé, à l’issue des récents événements de Boulkessi, c’est certes, un heureux dénouement en perspective. Mais, un déshonneur supplémentaire pour les FAMa et les populations maliennes. Bien sûr, ce serait tout de même un moindre mal.
Le second scénario, le plus pessimiste et le moins souhaitable, c’est qu’ils auront été capturés par les assaillants. L’on retomberait alors dans le cercle vicieux des prises d’otages et des échanges de prisonniers. Les stigmates sont encore très présents. Il s’agit d’un scénario d’autant plus catastrophe qu’avec le contingent d’otages dont les terroristes disposent, ils pourraient faire libérer la plupart de leurs prisonniers et à leurs conditions comme on l’a vu lors de précédentes opérations de ce genre. Le plus anecdotique étant la libération, après une parodie de justice de Mohamed Aly Ag Wadoussène, Haïba Ag Acherif, présumés terroristes, ainsi que Oussama Ben Gouzzi et Habib Ould Mahouloud, auteurs présumés de graves violations de droits humains au Mali, en échange de l’otage français Serge Lazarévic. Il faut rappeler que le 16 juin 2014, Mohamed Aly Ag Wadoussène s’était échappé de la Maison centrale d’Arrêt de Bamako avec Haïba AG Acherif. Lors de cette évasion, il tue à bout portant le surveillant Adjudant Kola Sofara
Dans ces conditions, c’est un éternel retour à la case départ : les jihadistes harponnés se retrouvent dans la nature et renouent avec leurs activités criminelles.

PAR BERTIN DAKOUO




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