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dimanche 9 août 2020
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Sommation de démission des 31 députés par la CÉDÉAO: vers un consensus pour le refus

La résolution de sortie de crise de la CEDEAO sur le sort des députés, dont l’élection est contestée, fait grincer les dents. Les intéressés, à savoir les députés visés par la mesure, refusent de se plier à la volonté de l’Organisation sous régionale. Et pour les candidats ‘’spoliés’’ la mesure est insuffisante.

Lors de leur sommet extraordinaire sur le Mali tenu le lundi dernier par vidéoconférence, les chefs d’État de la CEDEAO ont formulé plusieurs solutions de sortie de crise. Parmi lesquelles, la démission immédiate des 31 députés, dont l’élection est contestée, au plus tard le 31 juillet. La décision ne contente aucune partie, ni les députés contestés, ni même les candidats dits ‘’spoliés’’ par la Cour constitutionnelle.
À cet effet, joint par nos soins, le député Marcelin Guenguéré, l’un des 31 élus contestés, affirme qu’il n’est pas question d’adhérer à cette résolution de la CEDEAO.
« Elle est libre de dire ce qu’elle veut. Mais nous sommes élus pour cinq ans. Donc, rien ne peut nous enlever avant les cinq ans à moins qu’on dissolve l’Assemblée nationale. Sur les 31 députés, personne ne va démissionner. Cela est très clair et personne ne peut nous obliger à démissionner », rejette d’emblée Marcelin Guenguéré.
Plusieurs manifestations ont eu lieu à Bamako et à l’intérieur du pays pour rejeter ces résultats. À l’époque, à Sikasso, des heurts entre forces spéciales et manifestants ont fait des morts et de nombreux blessés.
Selon les résolutions de sortie de crise des chefs d’État de la CEDEAO aussi controversées, les élus dont l’élection est désavouée ont au plus tard le 31 juillet pour ‘’démissionner immédiate’’.
« Ladite résolution est un diktat basé sur de pures inventions des chefs d’Etat », commente M. Guenguéré élu à Koro, précisant que le M5 n’a jamais demandé la démission des 31 députés contrairement à ce que la CEDEAO est en train de laisser croire.
En essayant de résoudre la crise, il estime que les chefs d’État de l’organisation sont en train de programmer un avenir incertain pour le Mali, à travers le risque d’une jurisprudence fâcheuse et dangereuse pour le pays.
« Quand on va accepter ce genre décision, aucun résultat d’élection ne sera accepté au Mali. Ça va être désormais une éternelle contestation. Ce n’est pas sérieux de la part de la CEDEAO », fulmine Marcelin Guenguéré.
La même position est défendue par Mahamane Touré, directeur de campagne de l’alliance Adema, MPR et PS Yélen Kura déclarée victorieuse par les 9 sages qui se trouve aujourd’hui frappées par la mesure de la CEDEAO si elle était appliquée.
« La décision prise par la CEDEAO par rapport aux 31 élus de la nation est injuste. Elle frappe des députés, en tout cas, pour ceux que je connais, élus légitimement et qui, en toute légalité ont pris fonction le 2 mai », a affirmé M. Touré, un cadre du parti Adema de la commune VI du district de Bamako.
Contrairement aux contestataires des résultats des législatives, la Cour Constitutionnelle a dit le bon droit, nous a-t-il confié. Elle n’a fait qu’appliquer la loi en matière de contentieux électoral. En ce moment, la CEDEAO est-elle en train de « légaliser la fraude flagrante parce que les fraudeurs ont crié très fort » s’indigne-t-il. Toutefois, il estime qu’il faut être « un bon croyant et un vrai patriote pour accepter de telle injustice ».
En revanche, Amadou Aya, candidat du parti CODEM à Koro et considérant comme l’un des députés « spoliés » par la Cour estime que la CEDEAO devait aller plus loin dans sa décision en demandant la restitution des sièges conformément aux résultats de l’administration territoriale et de la CENI.
« Ceux qui sont à l’Assemblée nationale ne sont pas légitimes. Donc, ils doivent céder leur siège », a indiqué M. Aya. Pour lui, il faut la justice pour ceux qui ont été victimes de l’arrêt de la constitutionnelle.
Quant au candidat du parti Yéléma de la commune I, Diakaridia Diakité également du lot des victimes de la Cour constitutionnelle, il a estimé que le président de la République pouvait trouver une solution à cette crise, à travers un accord politique. Qu’à cela ne tienne, il dit être d’avis que les ‘’députés mal élus’’ quittent l’Assemblée nationale.
« Notre revendication n’est pas la tenue des partielles. Parce qu’elle consiste de réparer une injustice par une autre. Nous voulons tout simplement que nos victoires soient restituées. Les PV sont toujours disponibles et expriment le choix du peuple. C’est pourquoi nous ne voulons pas aller à une quelconque élection partielle », a déclaré M. Diakité.
De son côté, le M5-RFP aussi est ferme sur sa position, malgré la résolution de la CEDEAO : « Le M5-RFP constate, avec regret, que les conclusions du Sommet des Chefs d’État ne tiennent pas compte de la profondeur et de la gravité de la crise sociopolitique qui hypothèque l’avenir du Mali, ne correspondent aucunement aux attentes et aspirations du Peuple malien et surtout violent les lois et la Constitution du Mali que respectent le Mouvement », peut-on lire dans son communiqué sur les conclusions du sommet extraordinaire des chefs d’État de la CEDEAO.

Par Sikou BAH




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