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dimanche 23 juillet 2017
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Soumaïla Cissé sur la situation politique nationale: « chaque acte posé se révèle catastrophique et mène le pays dans l’impasse »

Où va le Mali ? Est-ce comme le Titanic fonce droit sur l’iceberg de son naufrage prévisible, avec à sa tête un capitaine et un équipage incapables de coordonner le pilotage du pays vers un cap d’espérances et  sourds aux cris de détresse de son peuple entassé misérablement dans la soute ? Ceux qui sont en charge de la destinée du pays sont-ils à court d’arguments et de stratégies face aux nombreux défis et problématiques auxquels le Mali est confronté actuellement ? Que vaut ce silence si pesant des autorités face aux différents scandales qui ont mis le pays au banc de la communauté internationale ? A quand les sanctions promises contre ceux qui sont impliqués dans les dossiers sulfureux ? Voilà autant de questions qui ont été les ingrédients de la sortie du parrain de l’URD, Soumaïla CISSE, au cours d’une conférence de presse qu’il a animée, hier,  au Centre international de conférence de Bamako, consacrée à la situation politique nationale au Mali.

Pour Soumi, non seulement les généreuses promesses d’hier ne sont nullement concrétisées aujourd’hui, mais également il a pointé du doigt la corruption et la concussion qui se propagent, le népotisme, le clientélisme et le favoritisme qui s’accélèrent, la gabegie financière et le gaspillage des ressources qui prospèrent sous le régime actuel. Et l’ancien challenger d’IBK de se faire l’écho des interrogations les plus légitimes du peuple sur des affaires ou dossiers en cours touchant le cœur du pouvoir, mais qui demeurent sans réponses claires, rigoureuses et transparentes.

Nous vous proposons l’intégralité de la Déclaration liminaire de l’honorable Soumaïla CISSE à la conférence de presse de l’URD.

Déclaration liminaire à la conférence de presse de l’URD

Parti politique créé le Ier juin 2003, l’Union pour la République et la Démocratie (URD) compte aujourd’hui:

2200 conseillers municipaux; 141 maires ; 14 Conseillers Nationaux; 13 Présidents de Conseil de Cercle;

1 Président d’Assemblée Régionale ; 17 députés à l’Assemblée nationale, regroupés au sein de l’hémicycle sous l’appellation de «Vigilance Républicaine et Démocratique» (VRD).

Cette force élective, représentant la diversité de nos institutions, impose l’URD (Parti de la poignée de mains-noire et blanche) comme le leader des partis de l’opposition en toutes régions.

Les valeurs fondatrices de l’URD sont enracinées dans son attachement indéfectible à la République, à la démocratie, à l’état de droit, à la justice et à l’égalité citoyenne. L’URD œuvre sans relâche pour la stabilité territoriale et la concorde nationale au travers d’une paix durable, et se mobilise puissamment pour bâtir le Mali prospère, économiquement développé, socialement solidaire et culturellement viable, que toute la population espère et attend depuis trop longtemps.

Respect de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale, de la souveraineté institutionnelle, de son statut républicain et laïc est son credo permanent.

Les défis à relever, multiples et complexes, sont si essentiels pour la survie du pays qu’ils ne peuvent plus supporter le mensonge, le maquillage médiatique et la fuite en avant. Seul le « parler vrai» et le « faire juste» peuvent créer les conditions d’une bonne et réelle gouvernance au service unique du peuple.

Les généreuses promesses d’hier ne sont nullement concrétisées aujourd’hui.

La corruption et la concussion se propagent, le népotisme, le clientélisme et le favoritisme s’accélèrent, la gabegie financière et le gaspillage des ressources prospèrent. La spirale des perversions et malversations en tous genres et en tous lieux semble cyclonique.

Les problèmes et crises s’accumulent et des drames couvent sournoisement, minant plus encore le pays, le moral des populations, l’esprit patriotique et la crédibilité internationale de nos institutions.

Les interrogations les plus légitimes sur des affaires ou dossiers en cours touchant le cœur du pouvoir, pouvant s’avérer bénéfiques ou catastrophiques pour notre Nation, s’amplifient …sans avoir de réponses claires, rigoureuses et transparentes.

Ainsi, à la veille de son 3ème congrès ordinaire, le Bureau Exécutif de l’URD a jugé plus qu’utile, décisif de donner et préciser sa position sur ces principales questions d’intérêt national: l’état des négociations entre le Gouvernement et les groupes armés du Nord, la réalité de l’acquisition de l’avion présidentiel, la dérive mafieuse de certains marchés d’État dont celui du Ministère de la Défense, la politisation ostentatoire de l’Administration et la gestion chaotique de l’épidémie Ebola.

1) l’épidémie Ebola

Le virus meurtrier a fait ses premières victimes. La contamination environnementale s’avère certaine. La panique, voire la psychose, gagne tous les foyers, dans chaque quartier ou village. L’intérêt supérieur de la santé publique a-t-il été sacrifié trop longtemps pour des coupables profits individuels à nos frontières?

Les autorités n’ont-elles pas minimisé, par laxisme, les risques potentiels d’introduction du virus par les personnes provenant des pays ravagés par ce fléau? N’ont-elles pas pris tardivement des mesures d’urgence pour contrôler les passages frontaliers routiers? Ont-elles organisé à grande échelle et efficacement l’accueil et le traitement des cas suspects? La gestion de ce fléau semble pour le moins avoir été faite avec passivité, peut-être incompétence.

Constatant que tous les cas avérés sont venus de la Guinée Conakry, l’URD demande au Président de la République de fermer, durant une période de un mois, nos frontières avec ce pays le temps d’équiper plus sérieusement et plus efficacement les personnels de santé se trouvant aux postes frontaliers et dans les différents centres de santé du pays.

2) La sécurité mal maitrisée

L’insécurité généralisée et grandissante (les mines terrestres, anti personnelles qui font sauter des véhicules; les attaques terroristes çà et là, les attaques à mains armées, les vols de bétail, de cyclomoteurs, de voitures; les viols; les agressions physiques et autres) est gravement observée dans tout le pays. Elle affecte dangereusement la paix sociale et annihile tout effort de développement et d’épanouissement des entreprises. Le Président de la République peine à prendre des dispositions fermes, rigoureuses et suivies afin que soit préservée la sécurité des personnes et de leurs biens.

C’est pourquoi la restructuration des Forces Armées et de Sécurité s’impose.

L’URD rappelle la nécessité impérieuse de bâtir une armée forte professionnelle et républicaine capable de garantir de manière durable la sécurité et l’intégrité du territoire. La construction d’une telle armée passe par un changement radical dans les méthodes de recrutement et de nomination, et par une rupture qualitative dans la gouvernance des armées. L’URD demande au Président de la République l’adoption de la Loi de programmation militaire toujours attendue.

3) La réconciliation nationale:

Le processus de réconciliation traine de manière incompréhensible. La nouvelle Commission Vérité, Justice et Réconciliation créée en urgence depuis mars 2014 n’a pas encore vu le jour.

L’URD insiste sur la nécessaire indépendance de cette Commission.

L’immense chantier de la réconciliation nationale ne doit nullement occulter la prise en charge des victimes des atrocités commises (viols, assassinats, coups et blessures, etc…) à travers une bonne et saine administration de la justice. Il ne saurait avoir de véritable réconciliation sans justice et il ne saurait avoir de paix sans justice.

En outre, il est évident que la paix est un préalable au retour des réfugiés. Le silence assourdissant du Président de la République et de son Gouvernement sur la situation des 140.000 réfugiés maliens se trouvant dans les pays voisins (53 969 en Mauritanie, 51 350 au Niger, 33 025 au Burkina Faso et 1500 en Algérie selon le site du HCR) est plus qu’inquiétant. Sont-ils abandonnés aux mains des généreuses institutions spécialisées de l’ONU et des pays d’accueil aux moyens limités?

Quels sont les efforts fournis par l’État du Mali pour éviter à ces compatriotes de vivre dans des conditions inhumaines et dégradantes et surtout pour faciliter leur retour dans leur foyer ? À défaut de leur retour dans l’immédiat, quelle est la participation de l’État dans leur prise en charge? Rien ne filtre.

C’est pourquoi, fortement préoccupée par la situation de nos réfugiés, l’URD demande au Président de la République de prendre toutes les dispositions utiles pour rendre ce retour effectif ou tout au moins leur séjour plus humain et exige que ces citoyens soient pleinement associés au processus de réconciliation nationale.

4) Les Négociations avec les groupes armés

L’URD a soutenu, soutient et soutiendra toujours le Mali Un et indivisible.

L’URD prône la paix, la justice et rejette toute forme de violence comme moyen d’expression, condamne fermement le terrorisme sous toutes ses formes, le trafic des drogues et autres criminalités en bandes organisées dans notre pays.

L’URD s’incline une nouvelle fois devant la mémoire des victimes civiles et militaires de tous bords de ce conflit qui a endeuillé de nombreuses familles maliennes, de même que celles de plusieurs militaires Africains, Français et autres Européens qui ont perdu la vie sur le sol Malien en défendant notre souveraineté et l’intégrité de notre territoire. Le peuple malien n’oubliera jamais ni les uns ni les autres.

L’URD remercie la médiation internationale présidée par l’Algérie pour son engagement aux côtés du Mali afin de parvenir à un accord de paix définitif pouvant permettre à notre peuple de s’engager enfin dans le seul combat qui vaille à savoir celui contre le sous-développement et la pauvreté.

L’URD n’a jamais cessé, sans succès, d’inviter avec insistance le Président de la République à consulter la classe politique et toutes les forces vives sur toutes les questions majeures intéressant la vie de la nation, notamment pour dégager une plateforme et une vision nationales avant de s’engager dans des pourparlers cruciaux pour le Présent et l’avenir de notre pays et de la sous-région. Le Président de la République a préféré déléguer à un pays voisin le soin de « faire enrichir par l’expertise de ses techniciens» une prétendue feuille de route destinée aux négociations intermaliennes.

L’URD considère que le document présenté par la Médiation comporte des faiblesses. Au fond, les quatre points tel que formulés dans ledit document sont inacceptables, à savoir: la notion de « zone de développement des régions du Nord» et celle de « régions intégrées», la représentation des communautés du Nord au niveau national, la répartition des pouvoirs entre l’État et les régions, et la gestion de la sécurité après l’accord.

Fidèle à son engagement à mettre le problème du nord au-dessus des querelles politiciennes, l’URD en appelle encore une fois au Président de la République pour qu’il associe le plus largement toutes les composantes de notre société aux solutions relatives à cette question et à leur mise en œuvre.

5) La mauvaise gouvernance et la corruption au cœur de l’État

C’est un lourd constat aujourd’hui qui s’affiche: Le Président de la République et son gouvernement sont à court des stratégies et d’initiatives salvatrices. Où va le Mali ??

Chaque acte posé se révèle catastrophique et mène le pays dans l’impasse. .

Pourtant l’opposition a joué toute sa partition dès la passation des marchés publics mis en cause.

Au titre des interpellations des autorités par l’opposition nous pouvons citer entre autres:

-les nombreuses et pertinentes observations formulées lors de la DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE du premier ministre qui n’ont reçu aucune attention de la part du gouvernement notamment celles relatives à la signature des marchés de gré à gré portant sur plusieurs dizaines de milliards de FCFA qui concentrent tous les manquements au code des marchés publics;

-le dépôt de la motion de censure contre le gouvernement en juin 2014 par le groupe parlementaire VRD notamment suite à la découverte de malversations financières lors de l’achat de l’avion présidentiel;

-les graves dérives et manquements à l’éthique dénoncés au meeting unitaire de l’opposition le 7 septembre 2014 à l’occasion du premier anniversaire de l’investiture du Président de la République;

-les différents appels au Président de la République à travers des déclarations pour une gestion rigoureuse, transparente et efficace des finances publiques et moins de dépenses somptuaires dans un pays en crise profonde;

-le non-respect de la présentation de la loi de finances 2015 dans les délais constitutionnels;

-le vote de la loi de finances modificative 2014 au cours duquel les observations de l’opposition n’ont pas été prises en compte.

Aujourd’hui aucun Malien digne de ce nom ne peut se taire sur les conséquences dévastatrices de l’affaire dite de l’avion présidentiel et des contrats du ministère de la défense.

En effet les rapports d’audit de la Cour Suprême et du Bureau du Vérificateur Général sont très clairs sur les déviances et autres gabegies. Les irrégularités constatées se chiffrent à 29 milliards FCFA environ, dont plus de 12 milliards au titre de la fraude.

Par ailleurs, le ministre chargé des finances a mis en place une garantie de 100 milliards pour le financement de l’acquisition des équipements militaires contrairement aux dispositions du protocole signé avec le titulaire du marché et en violation des règles budgétaires et de comptabilité publique.

Compte tenu de la gravité des faits qualifiés de malversations par le FMI – faits inédits ayant entraîné la suspension de la coopération avec les partenaires- l’URD exige du Président de la République de traduire devant la justice toutes les personnes impliquées et d’en tirer toutes les conséquences.

6) L’économie malienne en mauvaise posture

Le secteur privé, moteur du développement économique et de la justice sociale, n’a pas bénéficié d’initiatives de relance de la part des pouvoirs publics. La régularisation des dépenses extra budgétaires de plus de 100 milliards de FCFA, objet de 2 collectifs budgétaires cette année a entraîné la diminution voire la suppression de certains budgets touchant les crédits d’investissement des ministères économiques comme l’industrie, l’artisanat, le commerce, etc. L’importance du déficit budgétaire de plus de 140 milliards de FCFA et l’absence d’aides budgétaires pour sa couverture ont entraîné davantage le recours de l’État au financement bancaire affectant la part du concours à l’économie. Cette situation a entraîné en 2014 de sérieuses tensions de trésorerie de l’État dont l’effet premier est l’accumulation des impayés des factures des opérateurs économiques. La relance du secteur privé de notre pays qui sort d’une crise qui a impacté négativement notre économie paraît aujourd’hui une urgence pour faire du Mali un pays émergent. Nous demandons au Président de la République de faire d’une priorité la mise en œuvre de la loi d’orientation du secteur privé, de la relire s’il en est besoin, d’allouer des budgets conséquents aux secteurs qui améliorent le climat des affaires.

Par ailleurs, l’URD est inquiète de la détérioration progressive des relations entre l’État et ses partenaires sociaux se traduisant par la multiplication des préavis de grèves et des grèves (cas de l’UNTM, du syndicat des mines, des domaines, des enseignants, etc.). Dans le cadre de la recherche de solutions à toutes les revendications des partenaires sociaux, l’URD demande au Président de la République d’engager les réflexions en vue d’élaborer un «Pacte de Stabilité Sociale» pouvant conduire le pays vers une sortie de crise honorable.

7) le favoritisme et le clientélisme au cœur de la gestion des affaires publiques Depuis l’élection du Président Ibrahim Boubacar Keïta, force est de constater que l’Administration malienne subit un véritable choc lié à une politisation à outrance, qui se traduit par le remplacement systématique des cadres les plus compétents par des militants RPM, au mépris du professionnalisme et de la compétence, et donc au détriment de l’intérêt national et des usagers du service public.

Les cadres de l’opposition sont systématiquement relevés de leur fonction en violation flagrante de la loi n°00-047 AN/RM du 13 juillet 2000 portant statut des partis politiques de l’opposition et des critères de rigueur, de compétence, d’expérience, et d’honnêteté.

8) L’école malienne en danger

Dans l’histoire du Mali contemporain, jamais examens de DEF et de Baccalauréat n’ont été souillés à cause des fuites de sujets cette année, toute chose qui met en péril le fragile équilibre d’un système éducatif déjà affaibli par le défaut de matériels didactiques, de bibliothèques dignes de ce nom, d’ouvrages conformes et en nombre suffisant, de matériels et d’équipements informatiques adéquats, et par l’insuffisance d’enseignants.

C’est pourquoi il convient d’assurer aux enseignants une formation de qualité et en mettant à leur disposition des matériels et équipements indispensables à l’exercice de leur noble et difficile mission d’une part, et d’engager une lutte implacable contre la corruption et les autres déviances qui caractérisent aujourd’hui l’école malienne d’autre part.

9) le RAVEC au rabais

Le Gouvernement avait annoncé en grande pompe que le mois d’octobre 2014 sera dédié aux opérations d’achèvement et de pérennisation du RAVEC par l’envoi d’équipes et de matériels de recensement dans chaque village. Malheureusement des milliers de maliens n’ont pu être enrôlés faute d’agents et ou de matériels compromettant du coup l’exercice par eux de leur droit de vote lors des échéances électorales annoncées pour 2015.

Compte tenu du coût très élevé de l’opération (plusieurs milliards de nos francs) la réussite du RAVEC requiert une attention particulière et un suivi régulier du Président de la République.

Conclusion: Notre Mali, comme le Titanic, fonce droit sur l’iceberg de son naufrage prévisible, avec à sa tête un capitaine et un équipage gonflés d’orgueil, soucieux de privilèges et d’honneurs, incapables de coordonner le pilotage du pays vers un cap d’espérances, appliqués à assouvir les requêtes de courtisans de première classe, sourds aux plaintes et prières de son peuple entassés misérablement dans la soute. Chacun connaît le sort tragique du Titanic.

Afin d’empêcher une telle catastrophe, l’URD entend tirer la sirène d’alarme, le plus fort possible.

BEN/URD

 

 




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