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lundi 22 octobre 2018
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Soumeylou Boubèye Maiga: la mission, les défis et le contexte

Donné comme étant la «dernière cartouche », Soumeylou Boubèye Maiga (SBM), 5ème Premier ministre depuis septembre 2013, peut-il réussir à relever des défis face auxquels 4 de ses prédécesseurs ont laissé leurs plumes ? Face à l’insécurité grandissante, le nouveau Chef du gouvernement, fin connaisseur du dossier et de la situation qui prévaut dans le Nord, en général, et fondateur de l’Observatoire sahélo-saharien de géopolitique et de stratégie, jouit d’un préjugé favorable et de solides atouts. Un succès éclair sur ce plan, au centre notamment, donnera un précieux coup de piston au processus de paix et balisera le terrain pour des élections apaisées et transparentes. Notre analyse et notre prospective !

En cette fin décembre, le Mali fait face à de nombreux problèmes, notamment les défis sécuritaires et chemine vers une année électorale extrêmement chargée. A coté des reproches de l’opposition et de la colère d’une frange de l’opinion publique malienne, la dégradation de la situation sécuritaire inquiète et les partenaires du Mali ne cachent plus leur empressement à voir l’Etat malien donner un coup d’accélérateur au processus de paix et à anticiper pour l’organisation de la présidentielle de 2018.
En homme d’Etat ouvert et prospectif, le président IBK campe le décor. Son diagnostic est implacable : il faut accélérer la cadence à tous les niveaux : la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale issue du processus d’Alger, le rétablissement de la sécurité dans le centre, la bonne préparation des échéances électorales.
Aux grands maux, des grands remèdes. Contre la volonté de son parti et de sa majorité, le président IBK se décide à redistribuer les cartes. Il donne congé au Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maïga, pourtant issu de son parti, le RPM.
Le 30 décembre, il fait appel à Soumeylou Boubèye Maïga pour « coacher » une nouvelle équipe gouvernementale élargie.

Taillé dans le costume
Après les Premiers ministres Oumar Tatam Ly, Moussa Mara, Modibo Keïta et Abdoulaye Idrissa Maïga, Soumeylou Boubèye Maïga, une icône de la vie politique malienne est désormais aux commandes. Si le choix du président de ASMA-CFP en remplacement du vice-présent du parti président présidentiel a donné lieu sur le vif à quelques grincements de dents, il est par contre favorablement accueilli par l’opinion malienne et les chancelleries à Bamako. En effet, outre son parcours politique constant et sans tache, son expertise incontestable et son dense faisceau relationnel, les difficultés, les défis et les enjeux appellent un homme d’action et un fin politique aux commandes du gouvernement à cette période délicate. Et tout indique qu’à ce poste très opérationnel, Soumeylou Boubèye aligne aujourd’hui le meilleur profil.
Est-il sans conteste le meilleur parmi les meilleurs ? Il est en tout cas l’un des meilleurs. Acteurs du Mouvement démocratique, SBM est un des meilleurs connaisseurs du microcosme politique malien, de l’Etat, de l’administration, de l’armée, mais aussi des imbrications sociales du Mali. Il est par dessus un des meilleurs témoins des défis et des enjeux géostratégiques qui se jouent actuellement au Nord, dont il est originaire, et au Centre.
Son expertise des questions sécuritaires, militaires et géostratégiques, accumulée lors de plusieurs hautes fonctions exercées depuis les années 1990 (chef des services de renseignements, plusieurs fois ministre – défense et affaires étrangères – et secrétaire général de la présidence) lui vaut un carnet d’adresses consistant et de solides relations, à travers le monde dont il devra réactiver pour faire face à la feuille de de route chargée que le président IBK lui a donné.

L’Homme de la Situation
Tout est en effet urgent sur le chantier des défis auquel le nouveau chef du gouvernement devra affronter et prouver aux Maliens qu’il est l’homme de la situation. Aux nombre des défis qui attendent SBM : la lutte contre le terrorisme dans un environnement sécuritaire dégradé, le respect d’un agenda électoral chargé avec une présidentielle et des législatives prévues pour juillet-août 2018, précédées, théoriquement, de communales partielles, d’élections régionales et locales prévues en avril 2018. Mais bien plus urgent encore : l’adoption d’une loi d’entente nationale, la tenue d’un dialogue inclusif sur l’insécurité au Centre du pays et l’accélération de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger.
En effet, en dépit de la réinstallation du gouverneur à Kidal, de l’installation des autorités intérimaires et de la mise en œuvre du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC) à Gao, la stabilisation du Nord reste le défi majeur. L’insécurité gagne du terrain et s’étend au centre du pays. La crise est toujours là. Les Maliens attendent toujours l’exercice par leur Etat d’une souveraineté uniforme sur l’ensemble du territoire, notamment à Kidal. Dans son dernier rapport sur la situation du pays, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Gutteres interpelle, profondément préoccupé qu’il est par « par l’évolution de la situation et les tendances négatives observées au Mali ». Pour cause, explique M. Guetteras, «le processus de paix n’a guère donné de résultats tangibles. Plus de deux ans et demi après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, nombre de ses dispositions, outre des processus importants de réforme institutionnelle, n’ont été que partiellement appliqués. Ces derniers sont toutefois essentiels pour la consolidation d’un État-nation malien pacifique et résilient, dont nul n’est exclu, des progrès tangibles dans le processus de paix étant le seul moyen de parvenir à une stabilité durable au Mali et dans la région ».

Tout pour réussir
Fin connaisseur du dossier et de la situation qui prévaut dans le Nord, en général, Fondateur de l’Observatoire sahélo-saharien de géopolitique et de stratégie, le nouveau Premier ministre, qui aura besoin d’une forte convergence nationale et du soutien opérationnel de sa Majorité, va certainement réactiver ses « réseaux ». Pour relever les défis, Soumeylou Boubèye Maïga, selon plusieurs observateurs politiques, procédera, en tout cas, prônera pour une cohérence dans la durée, une harmonisation et une hiérarchisation des modes opératoires pour endiguer l’insécurité glissante, la détermination précise et la stratification des objectifs à atteindre afin de définir les moyens nécessaires et les étapes par lesquelles nous devons passer.
Pour cet expert des questions géostratégiques, la montée en puissance des FAMAs et l’opérationnalisation du G5 seront du pain béni. Mais voilà, dans le temps qui lui est imparti (6 mois) le nouveau Premier ministre doit non seulement réussir à rassembler, à réunifier et à mettre la majorité en ordre de bataille, mais aussi tenir dans les délais toutes les élections programmées en 2018, notamment la présidentielle. Le scrutin sera l’occasion de jauger la nouvelle dynamique que le président IBK et son Premier ministre entendent impulser à la grosse Majorité présidentielle forte d’une soixantaine de partis dont une bonne dizaine sont sur le départ.
Mais au quotidien, Soumeylou Boubèye Maïga et son gouvernement devront veiller comme le lait sur le feu sur l’approvisionnement d’un pays enclavé et sur la sécurité alimentaire dans un contexte sahélien où les déficits pourraient être rudes à combler à cause de la dernière saison qui a été très mauvaise. En effet, au total, il est estimé que 4 095 000 personnes auront besoin d’une ou plusieurs formes d’assistance humanitaire en 2018 contre 3,7 millions en 2017.

Par Mohamed D. DIAWARA




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