Spéculation foncière à N’Gomi: des faux-monnayeurs démantelés par la justice

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Un pas décisif a été franchi vers la normalité : le chef d’un réseau de faussaires vient d’être démasqué par le tribunal de la commune II. En dépit des soutiens occultes, tapis dans l’ombre, dont bénéficie ce réseau de spéculateurs fonciers, dont le mode opératoire est basé sur le trafic d’influence outrancier, l’intimidation grossière, le faux et l’usage du faux, le tribunal de la commune II n’a pas tremblé pour sévir. Va-t-on démanteler ces faux-monnayeurs fonciers qui ne reculent devant rien ?

À N’Gomi-Banikélé, plus exactement dans la zone Sananfara-Extension, aux abords de Kati où l’insécurité foncière a atteint des limites intolérables, du fait de certains spéculateurs sans foi ni loi, n’hésitant pas à faire main basse sur les propriétés d’autrui, si ce n’est pas encore le soulagement total, ça n’en est pas loin : le jeudi dernier, le tribunal de la commune II n’a pas tremblé à démasquer plusieurs membres d’un réseau de faussaires terriens, dont le chef présumé, un certain Mahamadou Diawara, a été écroué. Il s’agit là d’un réseau de trafiquants fonciers, qui bénéficie, révèle-t-on de sources proches du dossier, de puissants soutiens occultes, tapis dans l’ombre, par lesquels ils spolient sans ménagement les propriétés foncières d’autrui.
Ni rien, ni même les protestations des victimes, auprès des autorités administratives ou traditionnelles, ne dissuadent les membres de la pègre foncière dans leur dessein spéculateur contre les champs des populations ciblées. Tout y passe : trafic d’influence, intimidation grossière, le faux et l’usage de faux (plan de morcellement non signé et non authentifié, mandats spéciaux non authentifiés, imitations grossières de signature ; etc.), pour s’accaparer des terres entre les mains de leurs vrais propriétaires. À en croire les témoignages, de plus en plus nombreux, après la décision du tribunal de la commune II dans ce dossier, tout a commencé, dans la zone litigieuse, lorsque le nommé Mahamadou Diawara et autres, prétendant être propriétaires de parcelles, tentent de confisquer les biens d’autrui. Ils ne présentent, à l’appui de leur visée foncière, dans la zone de N’Gomi-Banikélé, aucun document viable et tangible, ni administratif, encore moins judiciaire, pour attester leurs prétentions.
Au cœur de la controverse foncière : les membres du réseau, munis de quatre lettres d’attribution, dont l’origine a été contestée par les autorités administratives de Kati, qui ne reconnaissent aucune authenticité formelle à ces documents, ont tout simplement usurpé les champs, dont les vrais propriétaires se trouvent du coup floués. Dans le cas d’espèce, tandis que les quatre vraies fausses lettres d’attribution de parcelles correspondaient à une superficie d’environ un hectare, établies au nom d’autres personnes (dont l’existence physique n’a jamais été prouvée), le réseau de faussaires foncier a pu étendre son tentacule sur au moins une dizaine d’hectares, dépossédant abusivement les vrais propriétaires des terres. Ces derniers ont d’ailleurs épuisé toutes les tentatives à l’amiable en vue de sauvegarder leurs biens. C’est donc par le moyen de vente fictive de parcelles à des individus imaginaires, par qui ils auraient acheté ces parcelles litigieuses, que ce réseau de faussaires fonciers pénètre dans les propriétés d’autrui, dans l’espace Sananfara de Kati, en y procédant à de véritables razzias. Le hic dans ce montage grossier, est que les soi-disant acheteurs de ces parcelles n’ont pu exhiber aucun acte de vente et le nommé Mahamadou Diawara, qui fait main-base sur les propriétés d’autrui, est aussi incapable de fournir, depuis près de trois ans qu’il déclare avoir acheté lesdites parcelles, le moindre acte de transfert en son nom. En dépit de nombreuses démarches administratives des vrais propriétaires, en vue de cesser tout dommage sur la propriété d’autrui, et même des interdictions formelles de la justice, d’arrêt des travaux sur les lieux litigieux, le réseau des faussaires fonciers, excellant dans l’intimidation outrancière, continue d’effectuer des travaux de nouvelles bornes, s’étendant sur plusieurs hectares. L’un des hommes de paille, semant la terreur auprès des vrais propriétaires des champs, qui sert de moyen de pression pour ce réseau tentaculaire, est un officier de l’armée, un certain Mohamed Ould Sidi Ahmed, colonel de surcroit, qui n’hésite pas, avec son arme, de menacer de mort les paisibles populations.
Un procès-verbal de constat d’huissier, en date du 5 août dernier, établi par l’étude de Me Hamidou Coulibaly, expose dans les moindres détails les sévices corporels subis par l’un des représentants de la famille des victimes, Mamadou Niaré, requérant et son fils ; tous deux brutalisés par l’officier en cause. Les faits sont têtus : selon le requérant, tel qu’il est rapporté dans le constat d’huissier, il a été agressé par le colonel Mohamed Ould Sidi Ahmed, à la solde du réseau de spéculateurs fonciers, qui lui a assené de violents coups à la tête, sur ses côtes et de nombreuses autres parties de son corps. Toujours selon le constat d’huissier, le requérant a soutenu que l’agression a eu lieu non loin du champ litigieux, avec une intention du colonel de les tuer ; lui et son fils. Et pour cause ? L’officier leur a braqué et leur a menacé de mort. D’ailleurs, selon le procès-verbal de constat d’huissier, le requérant et son fils n’ont échappé à la mort que grâce aux bonnes volontés qui sont intervenues pour les sauver.
En tout cas, les membres du réseau de faussaires des terres de N’Gomi-Banikélé ont beau bénéficié de soutiens camouflés dans l’ombre, pour s’accaparer des biens d’autrui, ils ne sont pas au-dessus de la loi. La belle illustration vient d’en être faite par le tribunal de la commune II qui, au-delà des pressions de toutes sortes, a agi dans le sens de la loi.
Pour autant, y aura-t-il accalmie autour de ce dossier foncier ? Rien n’est moins sûr d’autant que le réseau des spéculateurs fonciers, à en croire les sources judiciaires, serait déjà dans la logique de saisir le tribunal administratif sur la base de vrais faux documents dont il dispose pour toujours soutenir ses douteuses prétentions foncières sur les propriétés d’autrui.
Affaire à suivre donc
par Sékouba Samaké

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