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lundi 19 avril 2021
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Stabilisation du Mali: la carte des stratégies endogènes

Une conférence inaugurale sur le thème ‘’stabilisation du Mali : quelle place sur les stratégies endogènes ?’’ a marqué le lancement des activités de Timbuktu Institute Bureau Mali & Sahel dans la capitale, hier, dans un hôtel de la place, sous la présidence du Premier ministre représenté par un conseiller technique.

En ouvrant la conférence, le Colonel-Major Oumar COULIBALY a rappelé que le Sahel, en général, le Mali, en particulier, ces dernières années, a vécu une crise sécuritaire qui a eu comme conséquence une instabilité. Aussi, si les missions de nos partenaires ont été couronnées d’un certain succès dans le cadre de la lutte contre l’insécurité, aujourd’hui, aux actions militaires et de développement, il importe d’associer des stratégies endogènes. C’est dans cette veine qu’il inscrit la gouvernance qui doit favoriser la création d’emplois, la justice, l’inclusion pour que les jeunes ne soient pas la proie des mouvements terroristes. Aussi, souligne le représentant du Premier ministre, les mécanismes traditionnels de gestion des crises doivent être expérimentés, tout en y intégrant le genre.
Quatre communications ont ensuite émaillé cette conférence de lancement officiel de Timbuktu Institute Bureau Mali & Sahel dans la capitale.
Les conflits de
perceptions
La première, faite par Dr Bakary SAMBE, Directeur de Timbuktu Institute, avait pour thème : ‘’initiatives endogènes et stratégies internationales : vers la co-construction de la paix et de la stabilité au Mali ?’’ Le conférencier a souligné que dans les conflits au Sahel, il y a des conflits de perceptions entre le niveau international et les stratégies endogènes. Pour lui, sans exclure les partenaires internationaux, il faut aller à la co-construction de la paix en mettant au cœur des actions la solidarité et la dignité des personnes. « Ces dernières années, la Communauté internationale a buté sur des conflits de perceptions. L’idéal serait que le bénéficiaire soit le coopérant. Il faut des partenaires locaux, parce qu’avec les solutions préfabriquées on risque de passer à côté. L’approche internationale est une perception qui nuit souvent même à la coopération et peut conduire à des ruptures », a-t-il prodigué en substance.
M. SAMBE souligne également l’importance de la communication sociale pour des populations qui sont imbriquées. « D’importants partenaires paient le prix du défaut de communication », a-t-il argumenté, avant de déplorer : « au Mali, ce qui n’a pas été exploité, c’est le levier de la culture ».
Il préconise de promouvoir les initiatives holistiques de la population pour atténuer sensiblement les conflits de perception, tout en mettant en évidence l’importance du rôle des relais communautaires.
Les raisons de
l’implication des OSC
L’ambassadeur Moussa Makan CAMARA, Président de la Fondation Balanzan, a exposé sur ‘’le rôle des facteurs et des acteurs endogènes dans la résolution des conflits en Afrique de l’Ouest et au Mali’’. Procédant par pédagogie, il a campé le décor en donnant une définition de la société civile : «pour la Commission conjointe (autorités politiques/société civile) nationale de lutte contre la prolifération des armes légères au Mali, la notion de société civile englobe de manière très large, les organisations de personnes et associations formées à des fins sociales et/ou politiques qui ne sont ni créées ni mandatées par les gouvernements… ».
Moussa Makan CAMARA a donné les 3 raisons qui expliquent le changement dans les discours relatifs à l’importance prise par les organisations de la société civile dans la résolution des conflits.
‘’La première raison vient du fait que la plupart des conflits implique des protagonistes membres d’un même Etat, c’est-à-dire des guerres civiles. Notons que dans ces conflits, l’Etat est, au mieux, partie prenante, au pire, la principale raison et la cause essentielle des affrontements. Dès lors, la résolution du contentieux dont l’Etat est partie prenante, ne peut plus se faire objectivement avec le même Etat comme unique médiateur. En outre, la nature du conflit fait que la recherche de solutions viables ne peut se faire sans la prise en compte des premiers concernés par les situations de violence en cours, en l’occurrence ces femmes et ces hommes ordinaires qui constituent la société civile.
La deuxième raison découle de la mutation de la nature des conflits armés en confrontation de nature asymétrique, en guerre sans front, sans objet politique clairement défini et sans ligne de démarcation nette entre les forces combattantes et populations civiles…
Enfin, la troisième raison de l’insertion des organisations de la société civile dans la sphère de la résolution des crises vient du fait qu’il est de plus en plus évident que les instruments traditionnels utilisés dans la gestion des crises sont devenus largement inopérants’’.
Vers un observatoire de la femme pour l’APR
MAIGA Sina DAMBA, ancienne ministre, Vice-présidente du Réseau des Femmes Ministres et Parlementaires du Mali, a fait une présentation sur : ‘’quelle place pour les femmes et les initiatives féminines dans la stabilisation et la mise en œuvre de l’Accord de paix au Mali ?’’. Elle a rappelé les violations graves des droits de l’homme, pendant la période de l’occupation, marquées par des viols, souvent collectifs, des mariages forcés, des restrictions de mouvements, des déplacements pour arracher les filles à cette situation.
Les femmes, a-t-elle dit, au niveau des grandes villes, se sont organisées pour accueillir et installer leurs sœurs en détresse. De même, beaucoup d’activités de formation et d’échanges d’expériences ont été organisées.
Les femmes étaient à Ouaga sans invitation ni prise en charge ; étaient également à Alger pour donner leur point de vue, a-t-elle rappelé.
Parlant du rôle des femmes, MAIGA Sinan DAMBA a tout d’abord attiré l’attention sur le fait que les conflits ont pris de nouvelles formes : fonciers, économiques, sociaux, entre éleveurs et cultivateurs.
Ensuite, elle a fait savoir que les femmes jouent un rôle à travers le mécanisme de règlement à l’amiable des conflits ; les rencontres sous l’arbre à palabre sur sollicitation ; les communicateurs traditionnels ; le cousinage à plaisanterie ; les commissions de conciliation où les femmes âgées sont sollicitées.
En outre, la conférencière a fait appel à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécurité qui demande l’implication des femmes dans la résolution des crises.
Toutefois, elle est au regret de constater que les femmes sont sous-représentées dans les mécanismes de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Pour preuve : au Comité de suivi de l’Accord, sur 48 membres, seulement 9 sont des femmes ; à la Commission vérité, justice et réconciliation, sur 25 membres, seulement 5 sont des femmes.
Face à cette situation, MAIGA Sina DAMBA préconise la promotion de l’autonomisation des femmes ; la création d’activités génératrices de revenus ; la sécurisation des femmes ; la prise en charge des refugiés et l’organisation de leur retour ; le respect des engagements ; la mise en place d’un observatoire de la femme pour la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali.
20 000 temoignages au CVJR
La boucle des communications a été bouclée par celle du ministre Ousmane Oumarou SIDIBE, Président de la Commission vérité, justice et réconciliation relative à : ‘’la place et la pertinence de la Commission vérité, justice et réconciliation dans la refondation du Mali’’. Il a indiqué que la CVJR travaille sur deux axes : enquêter sur les violations des droits de l’homme, et sur les réparations. De même, il a informé qu’à sa création, il y avait deux paris.
Le premier, était de créer une commission, alors que le conflit est en cours, contrairement à l’usage en la matière. Mais, le choix a été fait, parce que cela va contribuer à la solution.
Le second pari était d’accueillir en son sein les représentants des mouvements armés, malgré les protestations diverses. Un pari gagnant, selon M. SIDIBE, dans la mesure où il a permis l’ouverture des bureaux de la CVJR dans des localités où l’Etat n’est même pas présent.
Le ministre SIDIBE a fait état de 3 catégories de témoins.
La première est prête à pardonner après rétablissement de la vérité.
La deuxième demande réparation financière.
La troisième demande réparation et poursuite des auteurs des crimes.
Dans le cadre des missions de la CVJR, 20 000 témoins ont été entendus ; 12 enquêtes sur les cas anciens et plus ou moins récents ; 6 audiences publiques ont été faites.
Pour ce qui est du deuxième volet de la mission de la CVJR, il a annoncé qu’elle est en train de travailler sur les réparations des victimes.
Le message du Colonel Wagué : ‘’Cessons d’accuser les autres, ayons le courage de nous parler’’
Le ministre de la Réconciliation nationale, le Colonel Ismaël WAGUE, ne pouvait pas ignorer une telle opportunité pour passer son message à l’union sacrée autour du Mali. C’est avec un immense privilège qu’il accueille l’ouverture du Bureau de Timbuktu à Bamako.
Pour lui, les problèmes au Mali sont des problèmes maliens et les solutions sont endogènes. Ce, quand bien même, il y a des facteurs exogènes. C’est pourquoi le ministre de la Réconciliation nationale exhorte les Maliens à se mettre ensemble pour que la paix soit une réalité. « Ici, à Bamako, nous vivons relativement bien. Mais, le Mali profond a vraiment besoin de paix, de stabilité. Ceux qui peuvent y vivre dans l’honneur et la dignité sont rares. Les Maliens sont devenus des mendiants dans leur propre pays. Ils vivent de petits dons des ONG. Cela ne peut pas être pérenne. Il est de notre devoir de faire en sorte que ces populations puissent de nouveau vivre de la sueur de leur front en reconstruisant les villages, en leur donnant la sécurité, du matériel de production. Cela est à notre portée si jamais on se mettait ensemble. Pour le vivre ensemble, il faut accorder à l’autre le bénéfice du doute, non la présomption de culpabilité.
Notre problème n’est pas un problème d’ethnies, mais de compréhension. J’ai l’habitude de le dire, la vie est un ensemble de compromis. Cessons d’accuser les autres et ayons le courage de nous parler. Au demeurant, si les autres arrivent à nous diviser, c’est que nous y étions prédisposés », a dit le ministre WAGUE dans un vibrant plaidoyer.

PAR BERTIN DAKOUO




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