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jeudi 21 septembre 2017
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Statut de l’azawad et fédération: va-t-on éviter le blocage ?

Dernière chance ou pas, la quatrième phase des négociations d’Alger, débutée le 20 novembre dernier, sonne l’heure de vérité quant au statut de l’Azawad, le principal point d’achoppement.

Aucun observateur avisé ne s’attendait à ce que la quatrième phase des pourparlers inclusifs inter-maliens qui se tiennent depuis quelques jours dans la capitale algérienne, traitant des questions politiques et institutionnelles, soit une partie de plaisir. Les conditions dans lesquelles ont été interrompus les travaux de la troisième phase présageaient de chaudes empoignades sur la question essentielle du statut politique de l’Azawad. L’offre du gouvernement est claire là-dessus : une régionalisation avec des collectivités territoriales dotées d’organes élus au suffrage universel, bénéficiant d’un très large transfert de compétences et jouissant des pouvoirs juridiques, administratifs et financiers nécessaires.

La constance sur les principes de l’Etat

Mais en aucune manière, il ne saurait être question ni d’indépendance, ni d’autonomie, ni de fédéralisme. Conformément à la ligne rouge fixée par le Président IBK, le respect de l’intégrité du territoire, de l’unité nationale, de la forme républicaine et laïque de l’Etat, sont des principes non négociables. Cela, en toute objectivité relève moins d’une intransigeance d’un Président que de dispositions universellement reconnues. Dans le cas malien, le Conseil de sécurité des Nations Unies, l’Union africaine ont tous reconnu l’intangibilité de ces principes.

Il n’y a donc aucune surprise que ce soit cette position qui défendue par le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye DIOP, représentant le Gouvernement à Alger. « L’Etat malien ne renoncera pas à son autorité sur l’ensemble du territoire », a-t-il soutenu  le dimanche dernier, lors de l’examen à huis clos des réponses de chacune des parties en négociation.

Le chef de la Cellule d’appui à la décentralisation et à la déconcentration, I. CISSE, présent lui en sa qualité de conseiller technique,  a abondé dans le même sens en soutenant que l’Etat malien ne s’est jamais opposé à confier la gestion des régions du Nord aux mouvements de l’Azawad, mais veut « un contrôle à priori dans les conseils de commune et de région », non dans une logique « d’autoritarisme », mais bien « assistance ».

Deux positions

tranchées

Devrait-il y avoir matière à polémiquer sur ces questions qui relèvent de l’exercice des pouvoirs régaliens d’un Etat?

Ce qui se passe à Alger avec les groupes armés de Kidal, notamment leur attachement au fédéralisme (la trouvaille du siècle) permet de répondre par l’affirmative. Les rebelles, jusqu’à preuve du contraire, n’ont pas enterré leur projet d’indépendance. « On ne va céder sur le fédéralisme et l’Azawad », a lancé un membre du MNLA, le samedi dernier. Les mouvements de l’Azawad, apprend-on, veulent une autonomie de gestion et de décision totale sur les conseils régionaux du Nord.

Inutile de maquiller la réalité, ces deux positions sont tranchées et, en l’état, inconciliables et elles le resteront tant que la médiation ne s’encombrera pas de faire comprendre aux rebelles que leurs revendications ne peuvent faire l’objet de négociation.

Le tort de cette situation incombe à l’Etat malien victime d’une campagne de désinformation tendant à faire croire qu’il se dédit, se radicalise. Mais quand est-ce que l’Etat malien, dont certaines concessions, faut-il l’admettre, frisent le parjure, a-t-il pris l’engagement devant la communauté internationale d’accepter la partition de son territoire ? Quand est-ce que l’Etat malien a-t-il renoncé à son autorité sur une parcelle du territoire national ? Aucune caisse de résonnance ne peut se faire l’écho de réponses crédibles à ces questions, parce qu’il n’y en a pas simplement.

Quid des rebelles qui ont paraphé des documents, sous les phares de la communauté internationale, dans lesquels ils reconnaissent l’intégrité territoriale, l’unité nationale, la forme républicaine et laïque de l’Etat, et qui viennent remettre sur la table des négociations la question du fédéralisme ? Sans fausse complaisance, ils ont trahi leur engagement au vu et au su du monde entier. Comme s’il fallait éviter de les incommoder, la communauté internationale exerce prudemment sur eux des pressions diplomatiques en leur demandant de lâcher du lest.

Le carcan

de l’entêtement

Il faut sortir de la théâtralisation d’une situation hautement dramatique : le rebelles n’ont aucun lest à lâcher sur des principes intangibles ici comme ailleurs. Il y a des lests dont il ne faut pas se saisir, à plus forte raison avoir à les lâcher sous une « pression diplomatique. C’est cela la vérité qu’il faut se dire. Et la vérité dans le cas qui est le nôtre, est que la clé d’un accord définitif réside dans la capacité des parties en conflit de sortir de leur « entêtement » qui mine quelque peu toutes les chances d’arriver à un accord qui fera l’unanimité, spécialement dans la gestion politique des communes. Diplomatiquement, l’interpellation est pour les deux parties ; du fait des actes posés, la cible est toute désignée.

Une autre question qu’il faut aborder avec le plus grand discernement, c’est celle des réponses apportées par le Gouvernement lors de la phase présente des pourparlers. Le Document ‘’Eléments pour un accord pour la paix et la réconciliation au Mali’’ n’a jamais été un document d’accord définitif. Tout comme à la partie gouvernementale (pas malienne, parce que jusqu’à preuve du contraire Kidal fait partie du Mali), il a été remis aux groupes armés pour y apporter leurs « réponses ».

La partie gouvernementale a organisé des ateliers pour recueillir et intégrer les propositions de toutes les sensibilités de la société malienne. Cela, conformément à l’esprit du Document qui, faut-il le souligner, n’est même pas un pré-accord, à fortiori un accord définitif qui aurait force de loi. Ces « réponses » de la partie gouvernementale qui sont l’expression de la volonté populaire étant prévues dans le processus ne peuvent en aucune façon traduire un changement de position du Gouvernement, une incohérence de sa part.

Le danger

de la précipitation

Après tout, ce n’est pas le Mali qui a inventé la théorie selon laquelle « tout change, tout évolue, seuls les imbéciles ne changent pas ». Ainsi, ce qui devait être considéré comme une avancée (les amendements) est perçu comme un recul. Il ne pouvait en être autrement puisque c’est manifestement une brèche qui était ouverte par le Gouvernement qui servait sur un plateau d’argent le fédéralisme aux rebelles et qui en se ravisant suite aux critiques de la société civile et des partis politiques, la bouche hermétiquement.

Comme les parties prenantes ont eu à le souligner, lors de la séance inaugurale des pourparlers, cette quatrième phase revêt un caractère « crucial », « critique » et « décisif ».

Aussi ont-elles appelé les parties en conflit à « faire vite », et « d’accepter de faire les sacrifices qu’attendent les Maliens pour reprendre une vie normale ».

Les Maliens veulent bien reprendre une vie normale, ils sont conscients que les négociations vont de pair avec des concessions de part et d’autre ; mais de là à mettre aux encans ce qui fait l’essence d’un pays, il y a une méprise coupable. Comme les rebelles s’en sont fait une religion, les négociations prendront le temps qu’elles prendront, mais l’Etat ne peut pas renoncer aux fondements de son existence pour « faire vite, accepter les sacrifices qu’attendent les Maliens… ». Parce que les Maliens attendent tout sauf d’être trahis à Alger ; mais aussi parce que rien de durable ne se bâtit dans la précipitation.

Ce que les Maliens attendent, ce n’est pas créer des princes et des émirs pour régenter le Nord ; ce n’est pas la division de leur territoire du fait d’une vision volontairement erronée d’un prétendu fédéralisme. Ce que les Maliens attendent, c’est un Mali Un et Indivisible où « Tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs. Toutes discrimination fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et l’opinion politique est prohibée » (Article 2 de la Constitution du 25 Février 1992).

Par Bertin DAKOUO




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