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mardi 21 novembre 2017
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Syndicats de la police nationale: les départs du ministre Sada et DG Kansaye exigés

Les syndicats des policiers (Compagnie de la circulation routière, Groupement mobile de la sécurité (GMS)) ont tenu, hier mercredi, au GMS, un sit-in, pour exprimer leur mécontentement de la gestion catastrophique faite par le directeur général de la police et le ministre de l’Intérieur et de la sécurité. Les militants du Syndicat national de la police (SNP) se sont également joints au mouvement qui s’est traduit par la rareté des agents de la police au niveau de la circulation routière.

Pour savoir les raisons de déphasage entre les policiers et l’administration, notre équipe de reportage a pu rencontrer et joindre par téléphone des responsables syndicaux. Nos efforts de joindre l’administration sont restés infructueux.

Déception syndicale

Notre police nationale, depuis un certain temps, est paralysée, en témoigne la montée en puissance des actes de banditisme de toute sorte, à Bamako et dans toutes les grandes villes du pays.

Face à cette situation dramatique, les policiers, sans distinction de grade et de services, pour une des rares fois, ont accepté d’unir leurs forces pour dénoncer certaines pratiques qu’ils estiment être à la base de ce désastre.

Selon Jean Antoine SAMAKE, secrétaire général adjoint du Syndicat national de la police (SYNAPOL), l’abandon des postes constaté, au niveau de la Compagnie de la circulation routière (CCR), mercredi, n’était pas le fait d’une grève des policiers, mais celui de la tenue d’un sit-in pour dénoncer le malaise qui gangrène le secteur, ces jours-ci.

Selon le secrétaire général adjoint, les policiers dénoncent surtout le détournement du budget du troisième trimestre 2014 (plus de 9 milliards de FCFA de crédits) de fonctionnement, alloué à la police par l’administration policière; le détournement du carburant de patrouille des commissariats pour d’autres fins. Ce dernier point, explique notre interlocuteur, est à la base de l’insécurité galopante à Bamako, consécutive à l’immobilité des policiers pour traquer les bandits. Il ne n’agit plus de Bamako seulement, mais de toutes les grandes villes du pays. Le pire dans la capitale, c’est que personne n’est plus à l’abri de braquage, les vols de motos, les braquages à mains armées, et même les assassinats de paisibles citoyens, en sont des témoignages concrets.

Au-delà, tous les policiers ont la peur bleue au ventre parce que les sanctions ne se font plus dans le respect des normes édictées par les textes disciplinaire au sein de la police.

Aussi, déplorent-ils, le manque d’équipements adéquats leur permettant de mener à bien leur travail.

Promesses creuses

Les frondeurs dénoncent également la suspension du salaire des policiers disparus sur le théâtre des opérations à Kidal, alors que leur situation reste jusque là inconnue.

Selon le secrétaire général du SNAPOL, les deux policiers, sans armes qui accompagnaient le PM à Kidal, en mai dernier, ne sont pas revenus, ils n’ont pas été retrouvés ni parmi les morts, ni parmi les otages. Donc, le syndicat souhaite que leurs salaires continuent d’être versés à leurs familles en attendant une clarification de leur situation.

Dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie et de travail des policiers, les syndicalistes revendiquent la relecture du Statut des fonctionnaires de la police nationale. Et pourtant, l’arrivée de ces deux personnalités, le DG et son ministre, avait suscité beaucoup d’espoir, tant au niveau de la population qu’au niveau de la police nationale. Lors d’une de ses sorties devant les parlementaires, il avait lui-même déploré la qualité du service de sécurité des populations et avait par conséquent promis des mesures de riposte à la hauteur du phénomène. Chaque Malien peut mesurer, l’état de la situation aujourd’hui.

Au regard de ces faits,  les policiers sont aujourd’hui très en colère, a soutenu M. SAMAKE.

Si hier, des éléments de la CCR sont retournés à leur poste, à partir de 9 heures, les flics exigent la satisfaction totale de leurs revendications pour éviter leur marche, prévue pour aujourd’hui, pour exposer leur colère dans la rue.

Quant au secrétaire général du syndicat national de la police (SNP), M. Youssouf FOFANA, il a indiqué que le mouvement des policiers se justifiait aisément. Car, rien ne marche plus à la police, depuis l’avènement du ministre Sada SAMAKE et du directeur général de la police, M. Hamidou G. KANSAYE.

«La situation est tel qu’aucun policier, aujourd’hui, n’a l’amour du travail, nous recevons des ordres et des contres ordres pour libérer des bandits. Nous sommes sanctionnés pour avoir traqué et gardé des voleurs. Que faire ?», a-t-il déploré.

Gel des salaires

des policiers

Il y a 8 mois, le commissaire du 14ème arrondissement a été relevé, pour ces raisons, a-t-il soutenu. «Que dire des pressions exercées sur Papa Mamby KEITA et ses hommes? La police est véritablement malade aujourd’hui», a regretté M. FOFANA. Et M .FOFANA d’ajouter :

«Aujourd’hui, le directeur national de la police ne semble se plaire que dans le gel des salaires des policiers».

«Nous estimons aujourd’hui à près de 200 millions de FCFA, le montant de salaires de policiers gelés par le directeur général de la police, Hamidou KANSAYE,  sans aucun fondement valable. Ces sommes constituent un fonds de commerce pour lui», a dénoncé Youssouf FOFANA qui croupit lui-même, depuis peu, sous une sanction disciplinaire.

«Depuis le 13 juillet dernier, je suis suspendu, donc mon salaire est gelé, et la semaine dernière, on m’a notifié que j’ai été traduit en conseil de discipline pour abandon de poste. C’est le lundi matin, lorsque j’ai été appelé à l’Assemblée nationale pour défendre un dossier concernant le Statut des policiers, que j’ai eu un appel téléphonique anonyme (numéro masqué) pour me dire que mon sort dépendait de ma plaidoirie pour ce dossier. Dans ce dossier, qui concerne les 15% d’augmentation des salaires des fonctionnaires de la police, 95% des policiers dont mes militants n’y étaient pas concernés. Face à mon refus, il m’ont amené le reste des dossiers pour que je parte défendre le texte», nous a-t-il expliqué.

Selon M. FOFANA, ces comportements discriminatoires sont le quotidien des policiers qui n’ont plus aucun goût du travail, depuis l’avènement de la nouvelle direction conduite par M. KANSAYE, en complicité avec le ministre Sada SAMAKE.

Si un dialogue sincère n’est pas rapidement instauré entre les policiers, le secrétaire général estime que la corporation est au bord d’un affrontement qui n’est à l’honneur d’aucun Malien.

«Nous exigeons le départ de KANSAYE à la tête de la police, sans lequel il n’y aura aucun sérieux. Aujourd’hui, les militants et responsables des deux syndicats de la police ne pensent pas moins que  les actes que nous venons de signaler plus haut, le directeur général de la police, Hamidou KANSAYE et le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Sada SAMAKE, prennent en otage la sécurité du peuple Malien pour des intérêts personnels. Un débrayage des agents de la police n’est point leurs préoccupations, mais plutôt la justification des milliards de fonds de fonctionnent des services de la police disparus.

Nos tentatives de joindre un responsable de la direction générale de la police nationale sont restées infructueuses.

Au moment où nous rédigeons cet article, nous avons également appris que le ministre de l’Intérieur devait répondre aux questions orales à l’Assemblée nationale, notamment sur l’Affaire des élèves inspecteurs et commissaire de police ; la situation des policiers, en faction à Kidal ; la question des syndicalistes de la police, et celle de l’insécurité dans notre capitale.

A suivre…

Par Maria KABA (Stagiaire) et Sidi DAO

 




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