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jeudi 13 août 2020
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Sans Tabou: accord, entre déambulation et rétropédalage

Plus de quatre ans et demi après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, presque 80% des engagements restent à réaliser, c’est du moins ce qui ressort de l’analyse de l’Observateur indépendant, en l’occurrence le Centre Carter qui a publié la semaine dernière son deuxième rapport annuel. La faute incombe surtout, à première vue, à un faible niveau de confiance entre les parties, mais aussi l’incapacité du Comité de suivi de l’accord (CSA) d’apporter des solutions aux problèmes entre les Parties ou de faire respecter ses recommandations. Toutefois, au fond, l’on ignore souvent que l’État auquel incombe la quasi-totalité des engagements ne détient aucun droit d’en imposer.

Le constat des difficultés de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali a été une fois de plus mis en exergue. Ainsi, de manière globale, sur les 78 engagements spécifiques des Parties recensés par l’Observateur indépendant, 18 sont aujourd’hui considérés comme atteints, en comparaison à 20 en 2018. Comme souligné par l’Observateur indépendant dans ses rapports précédents, les engagements réalisés concernent principalement des actions préalables ou préliminaires.

En 2019, l’Observateur indépendant a remarqué un déclin continu dans la détermination des Parties à s’acquitter de leurs engagements dans le processus de mise en œuvre. Tant du côté gouvernemental que de celui des Mouvements, les hésitations, calculs et divergences ont constamment freiné l’exécution desdits engagements. C’est le cas, par exemple, du parachèvement de la désignation des Autorités intérimaires des cercles, de la question de l’enregistrement des combattants éligibles au DDR, de l’opérationnalisation du Fonds de développement durable (FDD) ou du redéploiement des combattants des Mouvements formés en vue de leur intégration dans les forces de défense et de sécurité maliennes. Toutes ces questions se trouvent enlisées dans des débats presque interminables, relève l’observateur indépendant.

Autant la responsabilité de l’État et des mouvements signataires peut être mise en cause, dans cet enlisement, il y a également lieu d’interpeler la communauté internationale sur son rôle dans la mise en œuvre de l’accord consigné dans l’article 54 de l’Accord : « la communauté internationale est appelée à accompagner la mise en œuvre de l’Accord, à travers le soutien financier, technique et logistique requis pour le fonctionnement des différents mécanismes prévus par l’Accord, le DDR, la RSS et les efforts de lutte contre le terrorisme et le crime organisé, ainsi qu’en contribuant promptement et généreusement au Fonds fiduciaire envisagé et en saisissant l’occasion de la Conférence d’appel de fonds prévue dans l’Accord pour apporter un concours significatif en vue du développement des régions du Nord »,. Et pour cause, s’agissant par exemple du redéploiement des combattants des Mouvements armés formés en vue de leur intégration dans les forces de défense et de sécurité maliennes leurs décisions de mutation sont déjà faites. Toutefois, beaucoup de ces éléments n’arrivent pas à rejoindre leur nouveau poste faute de moyen, murmure-t-on.

Sur un tout autre plan, l’observateur indépendant relève que le CSA aussi s’est trouvé ‘’incapable d’apporter des solutions aux problèmes entre les Parties ou de faire respecter ses recommandations. Il en est par exemple, de la question cruciale de l’absence à Kidal des forces sécuritaires nationales (dans la perspective du Gouvernement) ou des services sociaux de base (dans la perspective de la CMA), qui a fait l’objet d’un examen et d’une ferme recommandation du CSA de haut niveau de juillet 2019, mais qui n’a toujours pas trouvé de solution’’.

Ainsi, pendant bientôt cinq, l’Accord pour la paix et la réconciliation AU Mali issu du processus d’Alger s’enlise sur fond de rétropédalage d’une communauté internationale qui hésite à mettre les moyens et les déambulations des parties signataires, dont un État qui n’a guère les moyens de sa politique.

Par Sidi DAO




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