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vendredi 20 septembre 2019
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Sans Tabou: confiscation des libertés publiques, le repli stratégique du gouverneur

Dans sa volonté manifeste d’interdire systématiquement toutes les manifestations civiles au nom de l’insécurité et de l’état d’urgence, le gouverneur du district de Bamako a fini par se ridiculiser, ce vendredi dernier. Et pour cause, ce 5 avril 2019, face à la puissance de la rue, qui s’est exprimée, le gouverneur s’est vu obliger de faire un repli stratégique en décidant en tout bonnement du retrait des forces de l’ordre des points stratégiques de la ville qu’elles avaient pourtant occupés, depuis le matin de bonheur.

Des dizaines de milliers de Maliens ont manifesté, le vendredi 5 avril dernier, dans la capitale et à travers plusieurs villes du pays à l’appel de chefs religieux musulmans, d’associations peules, de l’opposition et de la société civile pour dénoncer les violences dans le centre du Mali, avant de se disperser.

Les manifestants, par leur nombre important, sont parvenus à faire reculer ou replier les forces de sécurité qui avaient bouclé toutes les zones stratégiques du District de Bamako.

En attendant des motifs clairs qui sont à la base de ce repli stratégique des autorités face à une manifestation interdite au départ, il s’agit, pour de nombreux observateurs, d’un précédent très fâcheux qui ne rime pas avec les efforts de restauration en cours de l’autorité de l’État au Mali qui a pris un sérieux coup suite à la crise de 2012.

En tout cas, depuis plus d’une année, les autorités du Mali avaient pris le soin d’interdire systématiquement toutes les marches surtout celles initiées par leurs opposants. À chaque fois, des prétextes fallacieux d’insécurité et d’état d’urgence sont balancés pour distraire les initiateurs.

Avant ce vendredi, une marche dite unitaire de la société civile en la mémoire des victimes d’Ogossagou, le mardi 2 avril 2019, a été interdite par le gouverneur du District de Bamako au grand désarroi de ses organisateurs.

« Face à la recrudescence des actes de sabotage çà et là observés et le manque d’esprit de patriotisme qui est en train de gagner le terrain, à travers le Mali tout entier et particulièrement le district de Bamako. Je voudrais vous notifier mon désaccord quant à l’organisation et la tenue de la marche.

J’apprécierais votre adhésion à ma décision afin que la paix et la sécurité tant souhaitées puissent être une réalité », avait répondu le gouverneur à la société civile qui l’avait sollicité la veille pour une marche pacifique.

Aussi pour faire avorter la manifestation du vendredi dernier, plusieurs menaces avaient été proférées en guise de dissuasion, mais rien n’y a été. Ainsi, dans un communiqué du même gouverneur, en date du 2 avril, on pouvait noter : ‘’… l’application de l’Arrêté N° 054/GDB.CAB du 4 décembre 2018 portant règlement de certaines zones et lieux sensibles dans le District de Bamako pour des raisons d’état d’urgence et en vue d’assurer la sécurité des personnes et des biens reste toujours en vigueur’’.

Toutefois, ce vendredi, la réalité du terrain en a décidé autrement. Ni le gouverneur, ni le ministre de la Sécurité intérieure n’ont pu empêcher les manifestants de sortir et d’occuper les principales artères de la ville de Bamako, débouchant sur le boulevard de l’indépendance.

Au-delà de l’image d’un gouverneur qui s’est ridiculisé, la décision des autorités de retirer les forces de l’ordre face à la puissance de la rue, est diversement appréciée par les Maliens.

Pour certains, il s’agit de donner une autre force aux manifestants dont la détermination n’est plus à démontrer.

Pourrons-nous parler dorénavant d’une jurisprudence relative à l’autorisation des marches par d’autres organisations qui se verront plus tenues par des mesures imposées par l’autorité dès qu’il s’agira de défense de leurs intérêts.

Par Sidi DAO

 




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