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lundi 9 décembre 2019
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Sans Tabou: FAMA, le soutien équivoque des Maliens

La crise socio-sécuritaire du Mali a atteint ces dernières semaines son paroxysme avec les attaques meurtrières contre les positions des FAMa à Boulkessy, Indélimane et Tabankor. Au lieu de stimuler la mobilisation des Maliens autour d’une mère patrie fortement touchée, ces drames semblent amplifier la désunion d’un peuple autour des intérêts politiques, religieux et économiques. Et pourtant, les propos du ministre de Défense et des anciens combattants, Ibrahim Dahirou DEMBELE sont plus qu’interpellateurs pour chaque Malien.

Le Mali est en train de perdre sa souveraineté du fait de la défaillance de l’État dans sa mission régalienne de protection des personnes et de leurs biens sur toute l’étendue du territoire national. Toutefois, les comportements de tous les jours prouvent qu’ils sont rares les Maliens qui comprennent que seule une armée républicaine bien équipée et solidement soutenue par le peuple peut redonner au Mali son honneur perdu. Mais avec quoi ? Jusque-là, les débats tournent autour du départ des forces étrangères (Barkhane et MINUSMA).
Tout le long de la semaine dernière, il y a eu des meetings, des marches et des conférences appelant à soutenir les FAMa. Mais jusque-là, le seul soutien tangible reste celui Président du Haut conseil islamique du Mali et Guide spirituel de Ançars. Sans attendre un appel des autorités nationales qui ne viendra peut-être jamais d’ailleurs, à la fin du meeting de ce dimanche 17 novembre, il a mis la main à la poche. Le Chérif a ainsi offert 10 millions de francs CFA à nos FAMa en guise de contribution. Cela s’appelle soutien concret. Depuis, aucune autre contribution concrète n’a été annoncée, du moins publiquement. Tout le monde semble jouer à l’indifférence, abandonnant leur sort au seul gouvernement qui, en plus des accusations fortes de corruption et de mauvaise gouvernance, a des ressources financières très limitées. Autant les 18 millions de Maliens attendent des résultats concrets dans la lutte contre le terrorisme, autant les FAMa ont besoin du soutien précieux de ces Maliens pour mener leur mission.
En tout cas, le ministre Dahirou DEMBELE a été suffisamment clair ce jeudi lors de son interpellation à l’Assemblée nationale : ‘’c’est l’armée malienne qui doit défendre le Mali et non une autre force’’, même si, pour le moment, cette armée est en construction. À ce niveau, malgré que les Maliens trouvent que la France ne fait pas assez sa mission de lutte contre le terrorisme, le ministre estime que le Mali ne peut s’offrir le luxe aujourd’hui de chasser ce pays ami.
Peut-on alors compter sur la Russie qui, dans l’imaginaire de beaucoup de Maliens, est le seul sauveur possible de ce peuple ?
Pour le ministre de la Défense qui a déjà séjourné dans ce pays et y rencontré les autorités, la prudence doit être de mise.
« La Russie exige du Mali de payer le reliquat d’un appareil commandé ; sans cela, rien ne sera livré », a lâché le ministre DEMBELE.
Aux députés, notamment son interpellateur, l’honorable Moussa DIARRA, le ministre a demandé de sortir de leur luxe pour aller s’enquérir des réalités quotidiennes de nos FAMa : «je vous demande de vous impliquer, c’est votre armée. Vous avez vu les parlementaires allemands, européens qui viennent voir leurs soldats ». Une manière pour lui de dire que ce n’est pas en restant dans leurs salons climatisés ‘’que vous allez jouer votre rôle de parlementaires’’.
« Faites comme les militaires, sortez de votre confort de parlementaire à deux balles pour aller sur le terrain, au contact de nos braves soldats, s’enquérir de leurs conditions », a souligné le ministre.
En tout cas, les rapports trimestriels du Secrétaire général des Nations unies sur la situation au Mali répètent que les conditions de sécurité se détériorent. Tous les trois mois, donc, les conclusions restent les mêmes ou presque : dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire, mise en œuvre tardive, sinon inexistante, de l’Accord pour la paix et la réconciliation de 2015, expansion des groupes extrémistes violents et retrait de la présence de l’État, surtout au centre du pays.
À ces rapports onusiens s’ajoute un consensus académique grandissant autour des risques croissants d’atrocités, de violences intercommunautaires, de violations des droits de l’homme, de la montée de dynamiques conflictuelles ethniques ou tribales et de la désintégration du tissu social dans les régions de Mopti et Ségou.

Par Sidi DAO




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