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dimanche 19 mai 2019
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Sans Tabou: fête du 8 mars, quand le folklore étouffe les vrais enjeux

Le Mali, à l’instar de la communauté internationale, a célébré, le vendredi 8 mars 2019, la Journée internationale de la femme dont le thème était : « Penser équitablement, bâtir intelligemment, innover pour le changement ». Et le thème national : « L’autonomisation des femmes et des filles, à travers l’engagement de tous contre les violences basées sur le genre ».

Loin de nous, la prétention de sous-estimer la pertinence de cette journée, mais, en dépit de quelques actions salvatrices, le folklore est en train de prendre le dessus sur le sérieux, voire étouffer les réelles préoccupations du moment.

La preuve : la journée du 8 mars est perçue comme une fête d’exhibition des grandes dames de la sphère politique et de la bureaucratie urbaine qui profitent de l’occasion pour montrer leur suprématie sur les autres (femmes rurales, commerçantes, ambulantes, aide-ménagère, etc.)

Elles sont nombreuses, les vendeuses de fruits et légumes, de braves paysannes à ignorer le sens de cette journée et même les activités consacrant sa célébration dans les grandes villes.

En tout cas, c’est du moins la perception de certaines anonymes qui ont pu témoigner au micro de nos confères du Studio Tamani : « Je ne sais pas qu’aujourd’hui c’est 8 mars. C’est pour cela que je suis venue vendre au marché. Pour moi, 8 mars, c’est uniquement pour les femmes fonctionnaires, c’est seulement elles qui ont le droit de rester à la maison. Moi, je suis venue vendre parce que les hommes ne peuvent pas prendre toutes les dépenses des femmes en charge », a déclaré une vendeuse au marché, pour qui, les femmes doivent aider aussi leurs maris. Et d’ajouter : « la situation actuelle du Mali ne nous permet pas de célébrer cette journée, quand je pense à tout ce qui se passe, notamment le fait que nos enfants ne vont à l’école, je ne peux pas fêter ».

Ce témoignage prouve à suffisance qu’on n’a pas besoin d’aller à l’école pour comprendre la situation de son pays, caractérisée par l’insécurité, le terrorisme et surtout la grève des enseignants.

Alors, au moment où ces grandes dames se battent pour les pagnes à effigie du 8 mars, les concerts et autres manifestations folkloriques, d’autres étaient leurs corvées quotidiennes, à savoir : la collecte du bois de chauffe, la cuisine, le maraichage, l’entretien des maris et enfants, etc.

Par ailleurs, au-delà du discours, elles sont encore nombreuses ces femmes qui sont au quotidien victimes de violences conjugales et de mutilations génitales. Et ce ne sont pas les exemples qui en manquent.

En effet, la célébration de l’édition 2019 du 8 mars intervient dans un contexte de débats sur les conditions des aides ménagères. Au Mali, elle est loin d’être un jour chômé surtout pour les « bonnes à tout faire » qui n’ont pas un seul jour où elles ne travaillent ».

D’ailleurs, dès le lendemain, elles sont nombreuses, les femmes qui retombent dans le pétrin quotidien et ne se souviennent de la fête que lorsqu’elles voient le pagne à effigie de la Journée, car aucune réflexion sérieuse ou suivi régulier n’est fait pour capitaliser les principaux acquis.

Par Sékou CAMARA

 




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