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mardi 21 mai 2019
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Sans Tabou: motion de censure, qu’est-ce qui peut arriver ?

Très remontés contre le gouvernement, des élus de l’opposition et de la majorité ont mis hier en exécution leur menace de déposer une motion de censure contre le Premier ministre, Soumeylou Boubèye MAIGA. En toile de fond, la crise sécuritaire, mais aussi la montée du mercure au front social, notamment avec la grève des enseignants qui émeut l’opinion malienne.

Depuis quelques jours, une divergence était née au sein de la grande famille de la majorité présidentielle quant au soutien à l’initiative de leurs collègues de l’opposition qui projetaient de faire une motion contre le chef du gouvernement.

Outre par l’Opposition qui n’a toujours pas dirigé sa défaite à la présidentielle et qui continue de dénoncer les mauvaises conditions d’organisation de cette élection, le puissant chef de l’exécutif était également contesté par d’influents leaders religieux comme le Chérif de Nioro et l’Iman Mahmoud Dicko qui ont aussi demandé son départ. Ces deux personnalités religieuses avaient même organisé deux grandes manifestations réussies pour exiger la démission du SBM.

Entre le poids de leur soutien au gouvernement et la prise en charge des attentes de l’opinion, les députés, notamment de la majorité n’ont pas trop hésité, en dépit des mises en garde du président IBK qui tient à son Premier ministre.

Attendue depuis deux semaines, la motion a été finalement déposée par sa remise solennelle au Président de l’Assemblée nationale par le président du groupe parlementaire du RPM. C’était au cours de la plénière de l’hémicycle de ce mercredi après-midi consacrée essentiellement aux questions orales adressées à des membres du gouvernement, conformément à l’article 96 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Cette disposition stipule : « Le dépôt des motions de censure est constaté par la remise au Président de l’Assemblée nationale, au cours d’une séance publique, d’un document portant l’intitulé « Motion de Censure » suivi de la liste des signatures d’au moins un dixième (1/10) des membres de l’Assemblée nationale ».

Et les discussions autour de ladite motion de censure pourraient intervenir, selon des sources à l’Assemblée nationale, ce vendredi qui est la date limite, si aucun compromis n’est trouvé entre le Parlement et l’Exécutif. En effet, selon le règlement intérieur, en matière de motion de censure, « la Conférence des Présidents fixe la date de discussion des motions de censure qui doit avoir lieu au plus tard le troisième jour des séances suivant le jour du dépôt ».

Selon plusieurs sources généralement bien informées, 87 députés sont signataires de cette motion dont le président de l’Assemblée nationale avait le devoir de transmettre hier au gouvernement. Selon certains confrères, ils seraient 117 signataires. Un chiffre que les partisans du Premier contestent et assurent que la motion ne pourra pas recueillir suffisamment de voix pour faire tomber leur champion.

Le Conseil des ministres programmé ce mercredi après-midi a été écourté. Les réseaux sociaux s’enflamment et annoncent l’imminence de la dissolution de l’Assemblée nationale en réaction à cette attitude de défiance des députés. Ni la présidence ni la Primature n’avait fait d’annonce au moment où nous mettions sous presse.

Toutefois, tout reste possible et jouable tentant d’apaiser certains responsables, d’ici à vendredi. Les observateurs prospectent plusieurs scénarios :

-une démission anticipée du Premier ministre. Elle est rejetée par ses partisans qui l’encouragent à ses battre jusqu’au bout. Parce qu’expliquent-ils non seulement il a la confiance du président IBK, mais aussi il peut renverser la tendance avant le vote.

-un retrait de la Motion de censure suite à l’implication personnelle du président IBK qui peut, dit-on, toujours restaurer la discipline au sein de son parti RPM en faisant revenir les députés à la raison. Peu de chance selon certains cadres du RPM qui assurent que les députés ne pourront plus trahir suivant l’éthique de leur parti.

Comme Jules César, les députés du RPM ont franchi le Rubicon et comme lui, les tisserands, en grande majorité, solidaires de leurs élus disent : « alea jacta est » et advient que pourra !

– une dissolution de l’Assemblée nationale, brandie depuis une semaine par les partisans de Boubèye comme représailles. Mais une décision qui aura pour conséquence de geler le projet de réforme constitutionnelle, dont la Communauté internationale a érigé au rang de priorité des priorités. Ce qui pourra gravement nuire aux relations avec cette communauté internationale dont on connaît les pressions pesantes.

– un limogeage du Premier ministre par le président IBK. Une hypothèse à exclure totalement, selon des proches de Koulouba et au regard des informations selon lesquelles le président IBK n’a pas apprécié, hier, le dépôt de la motion de censure. Mais une hypothèse sur laquelle table une bonne partie de la classe politique pour tourner la page Boubèye.

PAR SIKOU BAH




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