Search
samedi 17 avril 2021
  • :
  • :

Sans Tabou: le plan de caporalisation de la presse

Après avoir durement malmené la démocratie suite au putsch du 18 août 2020, placé amis, copains dans les rouages de l’administration, le régime des colonels s’apprête à caporaliser la presse sous toutes ses formes. Au nom de la lutte contre la pandémie du COVID-19, toutes les mesures sont désormais les bienvenues pour renforcer un pouvoir militaire qui cache mal ses insuffisances dans un contexte socio-économique et sécuritaire précaire. Que veulent réellement ces autorités de la transition ?

Ce 25 septembre 2020, au CICB, l’officier à la retraite, Bah N’Daw, et son vice-président, le colonel Assimi Goïta, chef de la junte militaire, ont prêté serment pour conduire une transition de 18 mois. C’était déjà un peu plus d’un mois après le Coup d’État des colonels qui a déposé, le 18 août 2020, le régime de l’ex-président Ibrahim Boubacar Keita. Sur ces 18 mois de transition, il n’en reste plus désormais que 14 et quelques jours. Alors que les urgences s’accumulent, notamment la pacification du pays, le retour de l’admiration, la restauration de l’intégrité territoriale, les réformes politiques pour l’organisation d’élections transparentes, crédibles et acceptables pour tous, le régime civilo-militaire s’égare dans les décisions impopulaires. À un front social en ébullition avec les grèves de l’UNTM, des professeurs de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, du corps préfectoral, des travailleurs des collectivités territoriales et ceux du ministère de l’Administration territoriale, il faut s’attendre à une révolte prochaine des professionnels des médias très en colère contre la lettre N° 002366/MATD-SG portant « Instruction relative à l’application de l’état d’urgence ».
Selon la lettre adressée aux gouverneurs de région et du district, à tous les préfets et sous-préfets (en grève illimitée), « le décret n° 2020-031/PT-RM du 18 décembre déclarant l’état d’urgence sur le territoire national a été adopté par le gouvernement en application de la loi N° 2017 relative à l’état de siège et à l’état d’urgence. Cette adoption a pour conséquence de modifier sensiblement l’exercice des libertés publiques et des libertés individuelles ».
Aussi la lettre permissive du ministre caporalise les libertés y compris celle de la presse : « ainsi, l’article 13 de ladite loi confère au ministre en charge de l’Administration territoriale, aux représentants de l’État dans la région, dans le district, dans le cercle et dans l’arrondissement ainsi qu’aux autorités judiciaires compétentes le pouvoir d’ordonner en tous lieux des perquisitions de jour et de nuit. En plus, les autorités administratives compétentes sont habilitées à prendre toutes les mesures appropriées pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature, des réseaux sociaux, ainsi que celui des émissions radiophoniques ou télévisées, des projections cinématographiques et de représentations théâtrales », précise la lettre.
La lettre, qui suscité des débats sur les réseaux sociaux, dans les grins et dans les salons feutrés, montre le vrai visage d’un régime militaire qui croit, en ce 21e siècle, en la réussite d’une gouvernance dans terreur. Et pourtant, dans un Mali où l’insécurité a déjà atteint son paroxysme, où la cohésion sociale est sérieusement malmenée et où l’injustice et la colère prennent le dessus, le ministre avait-il besoin d’ouvrir un autre front ?
Comme l’a dit l’ambassadeur Cheick Sidi Diarra, après la chute du régime du président IBK, « nous avons eu la naïveté de croire au changement. Mais, nous en apprenons les conséquences à nos dépens aujourd’hui ». Et pour cause ? Toute la machine de la transition a été mise en place par la ruse et dans l’opacité. Toutefois, jusqu’à la fin, nombreux sont ceux qui ont patienté et espéré que la transition serait inclusive.
Mais hélas, puisque le clanisme, la gestion patrimoniale, l’exclusion de pans entiers de la nation de la gestion du pays, de la corruption, la gouvernance de prédation, l’aventurisme sécuritaire sont toujours le quotidien des Maliens. Même la liberté d’expression, qui n’a jamais été confisquée aux Maliens, sous les régimes précédents combattus, est en train de devenir un mirage sous les colonels.

Par Sidi DAO




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *