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lundi 18 mars 2019
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Sans Tabou: réconciliation nationale, les obstacles pour «la nouvelle armée»?

L’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, issu du processus d’Alger, prévoit une ‘’ armée reconstituée’’ qui doit être redéployée sur l’ensemble du territoire national. Le DDR accéléré, une étape de ce processus, est mis à mal, pour des raisons inavouées par certains signataires de l’accord qui empêchent des candidats à ce processus d’entrer dans la ville Kidal, site pourtant retenu pour leur désarmement et leur immatriculation. Si ces éléments doivent aller se faire enregistrer dans d’autres villes du pays, on peut dès lors se poser la question de savoir à quand donc la confiance, indispensable pour une paix durable, entre l’ensemble des acteurs maliens?

Alors que les opérations de screening (recensement) des premiers éléments des mouvements armés en vue de leur intégration dans l’armée lancées, le 6 novembre 2018 à Gao, se sont déroulées dans des conditions globalement satisfaisantes, à Tombouctou et à Gao, à Kidal ce processus s’est heurté à un obstacle majeur. Selon des informations officielles dans la capitale des Adrars, environ 175 combattants, issus des rangs des groupes dissidents de la Plateforme et de la CMA et regroupés au sein du Mouvement de l’entente (ME), ont été interdits d’accès à la ville, en début du mois de décembre par l’actuel président en exercice de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), Algabass Ag Intallah.

Au-delà d’une crise de confiance ainsi illustrée, cette posture de la CMA, injustifiable en cette étape du processus, pousse les observateurs à s’interroger déjà sur les chances de parvenir un jour à cette ‘’armée reconstituée’’ tant désirée.

C’est tout simplement ahurissant, quand on sait que les ex-rebelles de la CMA, qui jouent actuellement les trouble-fêtes, s’étaient pourtant engagés à faire en sorte que soit inclusif le processus de la Démobilisation, du Désarmement et de la Réinsertion (DDR).

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a là une mauvaise foi manifeste qui traduit une véritable crise de confiance entre les différents protagonistes. En vérité, de sources bien introduites estiment que les ex-rebelles de la CMA soupçonnent les combattants du ME d’être proches du gouvernement central de Bamako.

Alors, dans ce climat de suspicions et de replis identitaires qui caractérisent certains protagonistes, on se demande comment arriver à reconstituer la nouvelle armée, telle préconisée par l’Accord. Il n’en demeure pas moins que ce blocage constitue une violation de l’accord de paix qui interpelle la médiation internationale.

En tout cas, les dispositions de l’Accord sont très claires. Ainsi, au terme de l’Article 17 : «Les questions de défense et de sécurité sont régies par les principes d’inclusivité de représentation significative de toutes les populations du Mali au sein des forces armées et de sécurité». Le même article insiste sur l’unicité des forces armées et de sécurité du Mali, relevant organiquement et hiérarchiquement de l’État central.

Selon l’Article 21 : «Les forces armées et de sécurité reconstituées se redéployeront, de manière progressive à compter de la signature de l’Accord, sur l’ensemble des régions du Nord. Ce redéploiement s’effectue sous la conduite du Mécanisme Opérationnel de coordination (MOC), avec l’appui de la MINUSMA».

Après avoir accepté ces principes, pourquoi empêcher des Maliens d’entrer dans une ville malienne sous prétexte d’antagonismes obsolètes ?

Par Abdoulaye OUATTARA

 




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