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mardi 27 octobre 2020
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Le temps des accommodements raisonnables et des orgies politiques

La convocation du collège électoral le 22 janvier dernier par conseil des ministres ouvre officiellement la saison des deals et des idylles politiques, pour ne pas dire celle des accouplements incestueux. Brisant les barrières dernières lesquelles elle était confinée depuis des saisons,  tel des oiseaux migrateurs, la gente politique migre, pour certains, et laisse libre cours à ses instincts, pour la plupart.

La fin justifiant les moyens, les accommodements raisonnables se nouent partout à travers d’honorables orgies politiques, entre les adversaires d’hier, l’Opposition radicale et la Majorité adulatrice, les démocrates et les islamistes, les jeunes espoirs et les vieux dinosaures, pour mettre en place une auguste Assemblée.        

De quelle couleur et vertu sera cette nouvelle assemblée ? Le nouveau député malien qui sortira des urnes à l’issue de ce saucissonnage législatif, ne sera ni de l’Opposition ni de la Majorité encore moins du Centre, ni à droite ni à gauche. En tout cas, beaucoup de futurs députés ne seront que d’honorables hybrides, issus d’une fornication politique de leur parti avec l’adversaire. Ces nouveaux députés n’auront aucun idéal à défendre, aucune ligne ou vision politique à suivre. Car, l’hybridation qui a prévalu à leur élection aura fait de la politique une affaire de petites personnes sans aucune vertu, sans aucune morale, et pire sans aucune éthique politiques.

En tout cas, pour défendre en toute conscience pour l’intérêt de la nation qui les a mandaté, peu d’entre eux auront ce « bonheur d’être libre, libre de la plus belle de toutes les libertés, celle de la pensée ; de ne porter la chaîne d’aucun parti ; d’être indépendant du pouvoir, et de n’avoir fait aucune alliance avec ses ennemis ; de n’avoir à défendre ni la sottise des uns, ni la mauvaise foi des autres ; de n’être responsable des actions de personne ; de pouvoir agir en son nom et pour soi ».

Les alliances tous azimuts et contre-nature entre l’Opposition et la Majorité à l’occasion de ces élections législatives dénotent d’une certaine absence de cohérence, de culture et de conscience politiques au Mali. Il est clair que les partis maliens ne sont pas de blocs d’idéologies solidement ancrées chez les adhérents. Aussi, les chefs de partis, pour être de bons managers ou simplement des rentiers ad vitam ad aeternam sont-ils obligés de feindre d’ignorer ce qu’ils savent et de savoir ce qu’ils ignorent. Sous ce prisme la politique malienne prend toute sa noblesse en étant l’art des compromis et des compromissions.

Nul machiavélisme, autant la vérité et la politique ne font pas bon ménage, autant il est temps que le Malien intègre que la politique se pare de la vertu, mais elle suit rarement le chemin de la raison et de la logique. Que le RPM, l’URD et l’ADEMA fassent ménage à trois ne peut et ne doit point faire bégayer la morale politique. Après tout, ne dit-on pas que volent ensemble les oiseaux de même plumage ? Frère ennemis issus d’une matrice politique commune : le Parti Africain pour la Solidarité et la Justice avec comme père et mère le PMT et le PMRD, eux-mêmes enfantés par l’US-RDA, ces partis malgré leurs déchirures et les divergences ont le même ADN, le même parcours et la même vision. A la place d’IBK, Soumaïla et Tiémoko feraient la même politique.

Tant pis pour ceux se battent sous les étendards éphémères ! Parce qu’après tout, la  politique n’est pas l’art de servir les hommes, mais celui de se servir des hommes en leur faisant croire qu’on les sert. L’opinion de Bernard tapie peut consoler si besoin en est beaucoup d’idéalistes qui croient en la noblesse de cette discipline. Dans une interview accordée au Parisien Magazine, en février 2013, l’homme d’affaires et dirigeant sportif, mais politicien, Bernard Tapie, a dit : «en politique, t’as jamais de vrais amis, il n’y a qu’hypocrisie, fausses alliances, faux copinages… Il faut être fou ! J’ai connu tous les milieux : les affaires, le spectacle, le sport, mais je n’ai jamais vu un monde aussi dégueulasse que la politique ».

PAR BERTIN DAKOUO




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