Tieman Hubert Coulibaly: les dessous d’un limogeage

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L’un des doyens du Gouvernement, occupant le portefeuille de la Défense et des anciens combattants, Tieman Hubert COULIBALY, a été limogé depuis samedi dernier. Quelles en sont les raisons ? Décryptage.

Le virevoltant ministre de la Défense et des anciens combattants, s’il bénéficiait d’une certaine sympathie dans certains milieux, était loin de faire l’unanimité. Pour nombre d’observateurs, était même sur la sellette. Un certain nombre d’argumentaires est développé pour étayer cette thèse.
L’on évoque l’incident majeur qui s’est produit quand il était ministre des Affaires étrangères sous la Transition. En effet alors que le Président Dioncounda TRAORE criait à la face du monde qu’il avait la main tendue aux groupes armés du Nord ; son ministre des Affaires étrangères s’illustrait par des déclarations va-t’en guerre. A sa décharge, il a pu croire exprimer le sentiment d’une grande partie de ses compatriotes ; mais sa posture de ministre des Affaires étrangères ne l’autorisait pas à avoir une voix discordante de cette du président de la République. Aussi est-on convaincu, s’il est possible que l’homme s’assagisse et se bonifie avec le temps ; il est par contre certain que le cuivre ne se transformera jamais en or… Autant dire que s’il est difficile de l’affubler d’être un cacique, il n’est en tout cas pas un agneau qui tait ses convictions. Ce qui tranche nettement avec le contexte national de dialogue qui repose sur les concessions mutuelles.
Une autre faute politique, en tout cas aux yeux de ses détracteurs, est l’initiative de Tiéman Hubert COULIBALY de porter sur les fonts baptismaux un ‘’grand parti présidentiel’’. Pour lui, il s’agira de soutenir le Président IBK et au-delà le Mali pendant 50 ans. En soi, l’initiative est louable et ambitieuse.
Pourtant, au-delà de l’opération de communication politique, la manière cavalière dont a fait montre le président de l’UDD, apprend-on, n’a pas été du goût d’une grande partie des membres de la Convention de la Majorité Présidentielle (CMP). Selon des sources bien informées, le Rassemblement Pour le Mali (RPM), le parti présidentiel, n’a pas particulièrement apprécié de lui voir battre le pion. Au demeurant, le porteur du projet est suspecté d’organiser un grand Parti politique dont il entend prendre la direction. En clair, il aurait son agenda personnel. Du coup, il se serait mis dans la ligne de mire de beaucoup de partisans du Président IBK.
Pour ce qui est des événements récents du point de vue sécuritaire, le ministre de la Défense et des anciens combattants sortant a été fortement décrié. Ce qui peut être considéré comme l’un des scandales les plus retentissants de sa gestion ministérielle a été l’attaque de Nampala mardi 19 juillet dernier ou cours de laquelle les FAMA ont eu à déplorer 17 morts et 35 blessés, selon un communiqué du Gouvernement. Il est reproché au ministre sortant de n’avoir pas anticipé sur cette tragédie, d’autant plus que des informations persistantes faisaient état d’une attaque imminente de la part de jihadistes de l’unité dans une localité réputée pourtant être une cible privilégiée d’attaques.
Il est vrai que des mesures ont été prises pour sévir contre les responsables des dysfonctionnements dans la chaîne de commandement militaire.
Il est aussi vrai que le cerveau présumé de l’attaque du camp de Nampala, Mahamoud Barry alias Abou Yéhiya le chef de la Katibat d’Ansar Dine du Sud, a été alpagué par les services de renseignement.
Toutefois, cela n’occulte pas la responsabilité politique. Et c’est au ministre de la Défense et des anciens combattants de l’assumer, comme un autre l’a fait avant lui après la débâcle militaire de Kidal.
Un malheur ne venant jamais seul, d’autres localités viennent aussi de faire l’objet d’attaques terroristes. Selon un communiqué de l’armée : ‘’dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2016, un détachement FAMa a été attaqué entre Mondoro et Boni à une dizaine de Kilomètres de Boni (…). Une autre attaque a eu lieu le 1er septembre à 10 Km au nord de San (…). Les assaillants ont profité de ce repli, pour occuper la localité de Boni dans l’après-midi du 2 septembre. Ils ont détruits des infrastructures symbolisant l’autorité de l’Etat (…)’’.
A Boni, il est clair qu’il y a eu également défaillance, contre laquelle l’armée promet de sévir. Le Ministre de la Défense et des anciens combattants ne pouvait pas ne pas être concerné. Ce, d’autant plus que si la première attaque de Boni est survenue dans la nuit du 31 août au 1er septembre, c’est dans la nuit du 2 au 3 septembre 2016, qu’un détachement FAMa arrivé de Gao et un autre de Douentza y ont pris position.
En définitive, le jeune ministre Tiéman Hubert COULIBALY paie le prix d’une succession de fautes politiques et administratives. Ce qui ne devrait pourtant pas boucher pour l’horizon à ce leader à l’ambition rarement dissimulée de servir son pays, nonobstant les contingences de la vie.

Par Bertin DAKOUO

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