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mardi 16 juillet 2019
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Tragédie de Dioura : l’indignation après l’horreur

Absence de bilan officiel, annonce tardive d’un deuil national, impasse sur l’ouverture d’enquête pour situer les causes et les responsabilités ; le désastre de Dioura, certainement, restera gravé dans l’histoire des campagnes militaires des FAMa comme l’un des plus grands désastres, aux plans humains et matériels, et, dans les annales politiques du pays, comme l’un des plus grands scandales.

Indécision coupable suivie d’un sursaut plutôt démagogique que patriotique et compatissant, le drame qui a frappé les Forces armées maliennes (FAMa), à Dioura, manifestement, n’a pas été saisi à la hauteur de son ampleur. Certes, le Gouvernement en a informé l’opinion, parce qu’une telle tragédie ne saurait rester confinée dans les armoires du secret défense ou rester tributaire des subtilités de ‘’l’atteinte au moral de la troupe’’. Donc, il a communiqué le jour même de la tragédie : ‘’c’est avec une profonde tristesse que le Gouvernement du Mali a appris ce dimanche 17 mars 2019 l’attaque du poste de sécurité de Dioura (cercle de Ténenkou) au cours de laquelle plusieurs de nos dignes soldats ont perdu la vie dans l’accomplissement de leur mission’’.

Le trouble peut, peut-être, expliquer l’absence de bilan sur le vif, mais plus d’une semaine après ce tragique événement qui a ému autant la Communauté nationale que la Communauté internationale, le Gouvernement se montre incapable d’en fournir un et ne paraît même pas dans la logique d’en fournir. Combien de morts et de blessés ? Que dalle. En se livrant à un tel exercice, il ne s’agissait point d’alimenter la chronique mortuaire de Tiébilé DRAME, mais de se soumettre à une exigence de transparence, de resserrer les rangs derrière les FAMa qui paient un lourd tribut à leur engagement à combattre l’hydre terroriste.

Quoi qu’on dise, c’est le bilan macabre le plus lourd de l’ère IBK sur lequel l’on ne saurait faire de la fuite en avant. Parce que, selon les sources concordantes, le nombre de morts atteindrait les 30.

Pourtant, dans une situation similaire, à Nampala, les autorités avaient réagi différemment : ‘’le Gouvernement de la République du Mali informe l’opinion publique nationale et internationale que le camp militaire de Nampala, en 4e Région, a été attaqué ce mardi 19 juillet 2016 vers 5 h 30 du matin par des individus armés dont l’identité reste à déterminer.

Dans cette attaque, les FAMA déplorent 17 morts et 35 blessés. Du matériel militaire a également été emporté ou endommagé par les assaillants’’.

« Nous avons perdu 17 hommes et déplorons 35 blessés qui ont tous été acheminés vers des unités de soin dans la région de Ségou », a annoncé dans la soirée du 19 juillet 2016 le ministre de la Défense Tièman Hubert COULIBALY à la télévision publique. Plus tôt, le gouvernement avait fait état de « 12 morts et d’une trentaine de blessés » parmi les soldats dans l’attaque le matin même du principal camp militaire de Nampala, dans le centre du Mali.

Même là, nonobstant leur volonté de communiquer, il apparaît que la situation réelle sur le terrain leur échappe. La preuve : de 12, on passe à 35 morts. L’écart est considérable.

En se montrant évasif, à la limite de la fébrilité sur ce plan, le Gouvernement se rend coupable d’une faute politique lourde et ne rassure guère quant à ses intentions d’éviter à des responsables défaillants la guillotine. Ce qui amène à certaines interrogations : il y a-t-il eu une défaillance de la chaîne de commandement militaire ? À quel niveau ? En quoi ?

Il est vrai que lors de la cérémonie solennelle de présentation au drapeau national de la première cohorte (2018) du Service National des Jeunes, le Chef suprême des armées qui a effectué une sortie enflammée en alternant, comme à ses habitudes, lyrisme et révolte, et même esbroufe a satisfait sur tous les points à l’exception du seul point qui en valait réellement la peine sur lequel il était très attendu était : les responsabilités seront situées et des sanctions conséquentes seront infligées à ceux qui auront manqué à leur devoir. Ce que les Maliens prostrés attendaient, c’était une annonce forte relative à l’ouverture diligente d’une enquête sur les circonstances de cette tragédie. Mais ils sont restés désespérément sur leur faim, comme toujours… Pas étonnant dans un pays où l’impunité exerce un règne sans partage.

Mais, ce n’est pas tout et c’est peu au regard de l’indignation suscitée par le décalage entre la date de la tragédie et celle où le Gouvernement s’est résolu à décréter un deuil national. On peut lire à cet effet dans le communiqué du Conseil des ministres : ‘’le Gouvernement à l’issue du Conseil des ministres du jeudi 21 mars 2019 a décrété un deuil national de trois jours pour exprimer la compassion de la Nation aux soldats lâchement assassinés à Dioura par des terroristes le 17 mars dernier. Ainsi, du 22 au 24 mars 2019, le drapeau malien sera mis en berne. Le Gouvernement renouvelle ses condoléances aux familles des victimes et souhaite prompt rétablissement aux blessés. Il assure que les coupables de ces crimes ignominieux ne resteront pas impunis’’.

On l’aura compris. C’est le 17 mars que des soldats maliens ont été massacrés. C’est seulement le 21 mars que le Gouvernement se résout à décréter un deuil national. Ce décalage entre la date de l’attaque et celle où le deuil national a été décidé, autorise à croire à une opération de rattrapage comme c’était le cas avec le Chef suprême des armées qui aura attendu le détour d’une cérémonie pour se prononcer sur un drame national. Ce, alors qu’il était attendu qu’il s’adresse aussitôt à la Nation, à défaut de lui-même, que ce soit le ministre de la Défense qui s’adresse aux Maliens. Parce que, ce qui s’est passé à Dioura ce 17 mars, est d’une extrême gravité. Mais a-t-on réellement mesuré l’ampleur de la tragédie ou a-t-on réellement mesuré sa responsabilité ? That is the question.

PAR BERTIN DAKOUO

 




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