Traites des personnes dans l’espace CEDEAO: les experts en conclave à Bamako

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L’hôtel Onomo de Bamako abrite, depuis hier, un séminaire régional de cinq jours sur l’harmonisation des pratiques professionnelles dans le domaine de la lutte contre la traite des personnes entre les pays de la CEDAO. Ledit séminaire s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du projet d’appui à la libre circulation des personnes et à la migration en Afrique de l’Ouest, financé par l’Union européenne.

La cérémonie d’ouverture des travaux était présidée par M. Moumouni Guindo, Secrétaire général du ministère de la Justice et des droits de l’homme et garde des sceaux en présence de l’ambassadeur de l’Union européenne au Mali ; de M. Lamine Daffé, représentant du centre international pour le développement des politiques migratoires ; du représentant de la CEDEAO. Participent également à ce séminaire, des experts de la chaine judiciaire de la Gambie, du Sénégal de la Guinée-Bissau, de la Guinée Conakry, du Mali et de la Mauritanie. Il s’agit notamment des magistrats spécialisés dans le domaine de la traite des personnes ou du crime organisé, des chefs de service d’enquête spécialisés dans le domaine de la traite des personnes ou de crime organisé.
Ledit séminaire a pour objectif de contribuer au renforcement de la réponse institutionnelle au niveau des États ciblés par le projet d’appui à la libre circulation des personnes et à la migration en Afrique de l’Ouest.
Le représentant du centre international pour le développement des politiques migratoires, dans son allocution, a soutenu que le séminaire était donc organisé pour répondre aux préoccupations des États, dans un contexte où la quantité et la mobilité des protagonistes et les modes opératoires des trafiquants doivent être mieux appréhendés et partagés pour une réponse adaptée. Il a, à cet effet, rappelé que tout au long de ces 5 jours, les participants seront invités à se pencher sur leur expérience respective en vue convenir ensemble d’une approche commune dans les domaines de l’identification des victimes, de l’entraide pénale, des techniques spéciales d’enquête et du référencement des victimes de la traite. Il rassure qu’en outre, le séminaire examinera des propositions pour rendre opérationnelle une plateforme de coopération sous régionale pour le renforcement de la lutte contre la traite et le référencement des victimes dans les 6 pays prenant part au projet.
Quant à l’ambassadeur de l’Union européenne, il a soutenu que la mobilité des personnes en Afrique de l’Ouest était un atout majeur pour les populations de la zone CEDEAO. Car selon lui, elle permet d’atténuer l’impact social de la pauvreté dans plusieurs pays. Mais l’arbre ne devant pas cacher la forêt, il a déploré que la migration représente aussi un facteur de risque dans un contexte qui est marqué par la pauvreté, la croissance démographique rapide, le changement climatique, l’instabilité politique, mais aussi par toutes les formes de menaces d’atteintes à la dignité des personnes. Il a révélé ainsi que l’un de ces risques est la traite des personnes. La preuve, selon l’office des Nations unies contre la drogue et les crimes, l’explantation sexuelle demeure la finalité la plus rependue de la traite des êtres humains. Ces formes d’exploitation touchent les personnes les plus vulnérables, notamment les femmes et les filles », a-t-il dit. Il a par ailleurs regretté que malgré un arsenal judiciaire, tant niveau national et international, la lutte contre ce phénomène reste inefficace, à cause de l’existence de plusieurs défis. Il soutient à cet effet que les cadres légaux juridiques nationaux ne sont pas toujours conformes aux instruments internationaux. Aussi, poursuit-il, les agents de la chaîne pénale ne sont pas outillés pour prendre en charge cette forme de crime. Ce qui justifie, selon lui, le financement de ce projet qui doit relever ces défis.
Le Secrétaire général du ministère de la Justice, des droits de l’homme et garde des sceaux n’a pas caché l’intérêt de son département pour la lutte contre la traite des personnes : « la lutte contre la traite des personnes et toutes les formes d’atteintes aux droits fondamentaux s’inscrit dans les priorités des autorités du Mali, en droite ligne des orientations figurant aussi bien dans le Projet de société du Président de la République que dans la déclaration de politique générale du Premier ministre. La lutte contre l’impunité à travers une justice de qualité est une préoccupation centrale. L’adoption de la loi n02012-023 du 12 juillet 2012 relative à la lutte contre la traite des personnes et des pratiques assimilées à ce phénomène est un témoignage éloquent de cette volonté politique », a-t-il dit, avant de rassurer que les efforts et initiatives qui sont en cours pour mettre en œuvre, d’une manière effective cette loi,
démontrent à suffisance la détermination des autorités et du peuple à venir à bout de ce fléau. Il a par ailleurs remercié l’Union européenne et la CEDEAO pour l’organisation de ce séminaire et réitéré l’engagement des autorités politiques à appliquer strictement la feuille de route qui sera élaborée et validée par les participants afin de rendre opérationnel le mécanisme de coordination sous régional.

Par Christelle KONE

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