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lundi 19 avril 2021
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Transition: les prémices d’un échec des colonels

Plus de deux mois après l’investiture du président de la transition et de son vice-président, le 25 septembre 2020, l’horizon d’une transition réussie s’assombrit. Deux mois de gestion cahoteuse, deux mois de recul démocratique, deux mois d’insécurité et d’incertitude pour les populations, à travers tout le pays y compris dans la capitale, Bamako. S’il est trop tôt pour faire un bilan de la transition des militaires au pouvoir, depuis la chute d’IBK, le 18 août dernier, il n’en demeure pas moins que les promesses pour le rétablissement et le renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national, le redressement de l’État et la création des conditions de base pour sa refondation, la promotion de la bonne gouvernance tombent dans les oubliettes.

Au lendemain de la mise en place du gouvernement de transition, le Premier ministre Moctar Ouane a présidé le 6 octobre 2020, le premier Conseil de Cabinet de la toute nouvelle équipe gouvernementale.
Dans son discours, le PM a dressé les priorités de l’exécutif de transition tirées de la charte de transition. Il s’agit du rétablissement et le renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national, le redressement de l’État et la création des conditions de base pour sa refondation, la promotion de la bonne gouvernance… Deux mois après, c’est peu de dire que la situation se caractérise par un surplace pour cette équipe gouvernementale. Au regard des réalités sur le terrain, l’on peut s’interroger sur l’ambition réelle qui anime les hommes et les femmes qui animent cette transition, quand on sait que des élections générales crédibles sont attendues au bout de la chaine, dans seulement 16 mois.
En raison de ce défi pressant, au lieu du redéploiement de l’administration dans les zones où elle n’existe pas, à cause du conflit, c’est au contraire que l’on assiste, depuis des semaines. En effet, le corps préfectoral, les administrateurs civils, dont personne n’ignore la place dans le maillage et l’animation territoriale, est en grève illimitée. Faute d’accord avec le gouvernement de transition des militaires qui sont dans une logique, dont ils sont seuls maîtres, la plateforme d’action commune (SYNAC, SYLMAT, SYNTRACT et CS-ADR) est en grève illimitée, depuis le 9 novembre dernier. Avant cette illimitée, la plateforme avait observé une grève de 360 heures du 19 octobre au 06 novembre. Car, aucun des 11 points du cahier de doléances n’a fait l’objet d’accord avec les autorités de la transition. Une preuve suffisante pour les grévistes que ce gouvernement est animé d’une mauvaise foi.
Pire, selon le président de la plateforme des quatre syndicats, Olivier Traoré, le 6 novembre dernier, le gouvernement a convié une réunion de conciliation dans l’objectif, non pas de satisfaire aux doléances des syndicats, mais pour lever le mot d’ordre de grève illimitée. Aussi, face à la revendication spécifique des primes et indemnités, le président de la plateforme affirme que le gouvernement n’a fait aucune proposition financière. Dans ce contexte, c’est donc utopique de penser que ces militaires remettront le pouvoir à un régime civil qui sortira des urnes au bout de 16 mois.
Qu’en est-il de la question sécuritaire, sans laquelle aucune élection sérieuse n’est envisageable ? Sur ce plan, l’espoir des populations maliennes s’amenuise de jour en jour. Pendant que les colonels s’affairent à des querelles de fauteuils à Bamako, les jihadistes renforcent leurs positions dans les localités du Nord et du Centre. Selon plusieurs sources concordantes, en plus de Farabougou le village martyre, la quasi-totalité des villages du cercle de Niono, est en passe de tomber entre les mains des terroristes. En tout cas, ils y ont réussi à circonscrire dangereusement les mouvements des populations. Et pour cause ? Seulement, ce dimanche 6 décembre 2020, trois paysans ont été tués dans leurs champs, à environ 5 km du village de Goma-Coura, dans le cercle de Niono par des assaillants non identifiés, rapportent nos confrères du studio Tamani. Ces mêmes sources indiquent que deux autres cultivateurs ont été blessés dont un cas grave évacué à Niono.
Le même jour, dans la zone de Sofara, cercle de Djenné, quatre personnes ont également trouvé la mort suite à l’attaque du minibus qui les transportait. Les quatre victimes sont 3 hommes, tous de la famille Iguilla de Sévaré et une femme dont l’identité reste pour le moment inconnue, faute de pièce d’identité. Selon les explications des éléments du groupe d’autodéfense Dan Ambassagou qui ont été les premiers à arriver sur le lieu du crime, les occupants du véhicule étaient en partance pour Simita où se trouve un guérisseur lorsqu’ils ont fait l’objet d’attaque à deux kilomètres de Tiara.
Malgré cette montée en puissance des narco-jihadistes, les colonels semblent davantage préoccupés par le partage du gâteau Mali que par une offensive digne de ce nom contre ces forces du mal.
Dans les régions du nord, malgré la présence des forces étrangères (Barkhane, MINISMA) la situation ne s’améliore guère.
Que dire des conseils de ministres transformés en rendez-vous de promotion des copains et des coquins ?
Et pourtant, les missions assignées à cette Transition sont connues, depuis les concertations nationales des 10, 11 et 12 septembre dernier. Elles portent sur : le rétablissement et le renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national ; le redressement de l’État et la création des conditions de base pour sa refondation ; la promotion de la bonne gouvernance ; la refonte du système éducatif ; l’adoption d’un pacte de stabilité sociale ; la réforme de l’éducation ; le lancement du chantier des réformes politiques, institutionnelles, électorales et administratives ; l’organisation des élections générales ; la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger.

Par Sidi DAO




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