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mercredi 24 janvier 2018
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Transport: le gentleman agrément du patronat !

Les fêtes de fin d’année se sont déroulées finalement sans pénurie de produits de grande consommation, comme le carburant, qui planait sur les grandes agglomérations, dont la capitale Bamako ; suite à la grève des chauffeurs routiers. C’est une négociation, sur fond de l’esprit de Genève, conduite par le patronat, qui en est la cause. Un gentleman agreement avec les grévistes qui semble être le 1er cadeau de 2018 du patronat aux Maliens. Vivement d’autres alors tant l’entregent du président du patronat semble décisif, surtout en matière de négociations sociales !

Mais, alors comment le patronat a désamorcé la crise des matières premières qui pointait ? On ne le dit pas assez, mais les initiés le savent. Deux choses perturbent Mamadou Sinsy Coulibaly, patron des patrons au Mali. Le premier concerne l’instabilité du secteur privé. Il se démêle toujours autant que faire se peut pour l’éviter. Convaincu que la stabilité du secteur privé incite à l’action, son souci permanent est d’avoir zéro mouvement dans ce secteur. L’absence de haricot sur sa table à manger est le second. Il s’évertue à l’éviter pour ne pas avoir des migraines. Avec beaucoup d’énergies ! Jugez en vous-même par ce récit de son implication dans la grève des transporteurs qui réunissaient ces deux conditions qui le motivent tant !
Ainsi, sollicité pour son implication dans la résolution de la grève des chauffeurs routiers qui s’emballait et menaçait le pays d’une grave crise de denrées alimentaires, Coulou a eu la bonne inspiration de s’entourer, sans aucune interférence, des acteurs clefs de la crise, représentants des transporteurs et syndicalistes. C’était dans ses bureaux, sis au quartier du fleuve, loin des regards indiscrets. Et tenez-vous bien ! En moins de trois heures de débats ouverts et francs, le patron des patrons, avec certains de ses collaborateurs, a trouvé un gentleman agreement avec les représentants des grévistes. La pénurie des matières premières, dont le plus redouté est le carburant, en ce moment de forte tension de consommation, qui planait sur tout le pays va devoir attendre et le citoyen pouvait vaquer à ses préparatifs des fêtes de fin d’année. En face du président du patronat, dont les grévistes avouent leur respect du fait de son entregent à aider plus pacifiquement à gérer les problèmes et surtout de son sens de responsabilité, les responsables syndicaux, dans un cadre détendu, ont égrené leurs griefs. Et le président du patronat, en fin négociateur, laisse ses interlocuteurs sur la défensive et n’esquisse pas le moindre signe de contestation.

Les motivations d’un mouvement
Le secteur du transporteur vit de graves déséquilibres structurels qui handicapent dangereusement son avenir. Une seule illustration : voilà une grève motivée par le fait que les conducteurs, en dépit des contraintes du trafic international, ne perçoivent que 35.000 francs CFA de salaire, pour un grand nombre d’entre eux ; certains ont même du mal à le percevoir régulièrement, selon les propos des syndicalistes. L’heure est grave, la tension perceptible chez des grévistes qui ne veulent plus rien concéder, dès lors que le mouvement est en branle.
Par l’ampleur du mouvement et la tension qui monte sur les principaux axes routiers du pays, la requête des syndicalistes, qui s’est radicalisée, est l’alignement des salaires des conducteurs à 150 000 francs CFA ou rien. Point de discussions techniques sur cette principale revendication des grévistes, tranchent tout net les responsables syndicaux qui estiment que c’est le seul langage que les chauffeurs routiers entendent, en ce moment de grande tension. Comme l’alerte donnée n’a pas eu d’échos favorables, depuis des semaines que ça dure, il va sans dire que le président des syndicats des chauffeurs ne trouvera aucune offre publique pour négocier. D’où la forte tension chez les grévistes. Voilà que le mouvement s’emballe alors et ses conséquences se pointent. Et pourtant, depuis belle lurette, l’alerte avait été donnée au département de tutelle. Le syndicat des chauffeurs routiers se préparaient à observer une grève.
Le président du syndicat des chauffeurs routiers estime du reste qu’il a fait une demi-dizaine de visites au ministère des transports pour alerter les autorités du risque d’un débrayage du secteur. Mais qu’il n’a retenu aucune attention. Impuissant, surtout sans interlocuteur crédible, le président du syndicat assistera à la déferlante de la grève, préoccupé surtout par les conséquences d’un tel mouvement. Son sens d’anticipation, encore son engagement pour éviter une perturbation de son secteur n’a pas eu d’échos.

Un heureux dénouement
Entrepris ou plutôt sollicité par qui de droit, le patronat s’invite dans la crise. Mamadou S Coulibaly, entouré de certains de ses collaborateurs, qui a reçu le président du syndicat des chauffeurs routiers et son bureau au grand complet, entame ainsi la médiation dans un climat favorable, où l’écoute dispute à la confiance entre les deux parties. Résultat : à moins de trois heures de temps d’écoute et d’explications, la crise est désamorcée. En bon gentleman, habitué à ces négociations de coulisses, Coulou demande à ses interlocuteurs d’aller informer et de partager les axes de la négociation avec la base, c’est-à-dire les conducteurs, pour une clarification détaillée des points d’accord qui sont relatifs, outre les trois tranches de salaires proposées, à la tenue des états généraux des transports, dans un bref délai, pour discuter à fond les problèmes.
A force d’écoute et de persuasion, le président du patronat a fini par faire entendre la raison à ses interlocuteurs sur la nécessité, en pareille circonstance de dialogue social, d’établir des tranches de salaires. Le principal point d’achoppement des discussions, étant évacué, à la satisfaction générale, plus rien ne s’opposait alors à l’accord parfait entre les protagonistes sur les points de revendication des grévistes. C’est donc sur ces entrefaites que le président du syndicat décide alors de rencontrer, dès le lendemain de ces discussions, la base des conducteurs pour entamer avec elle la nécessaire clarification des points d’accords. Et puis, ce n’est que l’après-midi, toujours dans les locaux du président du patronat qu’interviendra la signature du protocole d’accord, au cours d’une cérémonie bien sobre, dont le président du patronat est coutumier.

Les vertus du dialogue social
Il reste que du côté du syndicat des chauffeurs routiers, la signature du protocole dilue les langues et incite à des confidences. Ainsi, à les en croire, à part Pinochet, ancien Premier ministre, et ministre de transport, aucun autre ministre de transport n’a fait autant dans la défense et dans la préservation des intérêts du secteur, en se libérant du joug des instances électives de transport dont le mode opératoire est basé sur la corruption. Pour les syndicalistes, qui ont tenu à exprimer leur reconnaissance au président du patronat, pour sa qualité d’écoute et d’engagement au profit de l’épanouissement humain, le secteur du transport pour son avenir a besoin d’exorciser ses vieux démons qui l’ont jusqu’ici maintenu dans la précarité.
Pour le président du patronat, qui s’est réjoui de l’esprit et du sens du dialogue des syndicalistes, l’intérêt vital des acteurs concernés, dans cette préoccupation ou dans d’autres cadres du dialogue social, doit concerner la quiétude du secteur privé. Ce qui ne rime pas, dit-il, avec la tension permanente entre les acteurs. Mais bien la concertation, l’écoute et la responsabilité. En tout cas, la preuve vient d’être donnée au cours de ces discussions entre le patronat et les grévistes du secteur du transporteur : c’est par le dialogue social fructueux que le président du patronat a pu désamorcer la crise sur les matières premières, dont le plus redouté est le carburant, qui menaçait, en cette fin d’année les ménages, la production d’électricité et d’eau, les administrations et le pays tout entier. Prions pour que la démarche de Coulou inspire d’autres pour le bien de ce pays qui a en tant besoin.

Massoucoura
Correspondance particulière




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