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lundi 19 octobre 2020
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Trêve et négociation avec Iyad et Koufffa: la comédie djihadiste de l’Imam et ses amis

Dans un communiqué relayé ce lundi sur les réseaux sociaux, Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mosaâb Abdel Woudoud ou Abou Moussab Abdelwadoud, dit accepter l’offre de négociation des autorités de Bamako et celle de trêve formulée par son frère l’Imam Mahmoud Dicko. L’émir d’Al Qaïda au Maghreb Islamique estime de la nébuleuse djihadistes est prête à entrer en négociation et à observer une trêve avec le Mali sous les conditions qu’il dicte.

Au sujet de l’offre de dialogue faite par le président IBK à Iyad Ag Ghali et Amadou Kouffa, chefs de Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (en abrégé GSIM ; en arabe Jamāʿat nuṣrat al-islām wal-muslimīn, JNIM), Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mosaâb Abdel Woudoud ou Abou Moussab Abdelwadoud, en tant que leur émir, précise les bases de ces négociations si elles devraient avoir lieu : « on ne veut pas des négociations vides de sens […]on accepte de négocier pour mettre les bases de la libération de nos peuples […], on remercie nos peuples révoltés ».

Trêve jihadiste

Selon le confrère arabophone qui donne l’information, dans une compilation audio d’environ 21 minutes, l’émir d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel, tout comme le JNIM dans un communiqué précédent, prend fait et cause pour les manifestants contre la France à Bamako et ironisent les chefs d’État G5 qui sont allés à Pau « pour contrer la montée en puissance djihadiste ».

Dans son audio, Droukdel qui ne mentionne nulle part l’État islamique (EI, pourtant hyper-présent dans le Sahel), appelle longuement ses combattants à épargner les musulmans et à ne pas s’attaquer aux civils. S’agit-il d’une manœuvre de l’émir d’Aqmi pour se démarquer de l’État islamique ? Va-t-on vers une rupture entre Aqmi et l’EI ? Quelles pourraient en être les conséquences pour les pays du G5 engagés avec leurs partenaires dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel ?

En attendant d’y voir clair, ici, les partisans de l’Imam Mahmoud Dicko jubilent et exhibent les dividendes de l’intercession de leur mentor. La très crédible Coordination des Mouvements, Associations et sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko (CMAS) sur sa page officielle demande « à quand les pourparlers » dès lors que, écrit la CMAS, « Aqmi aussi a accepté la demande de trêve du très respecté et éclairé Imam Dicko » !

Qu’est-ce qui fonde les partisans de l’Imam Dicko à exiger l’ouverture des négociations (pourparlers) avec Iyad et Kouffa ce, d’autant que la demande expresse de leur mentor portait sur la trêve et non les négociations proprement dites dans lesquelles il n’est ni de près ni de loin impliqué. En tout cas, officiellement. À moins de reconnaître ce dont on l’a toujours soupçonné : s’agiter quitte à subvertir pour revenir dans le jeu.

Élucubrations de l’imam et ses partisans

Si ce plan d’escroquerie prospère, la question serait : quel est le crédit d’un chef religieux qui menace de renverser l’ordre républicain par l’émeute pour simplement avoir une place. En d’autres termes, quel serait l’honneur d’un Guide, très éclairé et très respecté, qui appelle à balayer un régime fut-il par des gourdins, des haches et bâtons pour accepter le lendemain de se mettre au service et en mission de ce même régime, et surtout sa fiabilité aux yeux des Iyad et de Kouffa ?

En attendant, l’Imam et ses partisans, hors de toute manipulation de l’opinion, se doivent de convaincre les Maliens sur leur bonne foi et surtout leur tenir un langage de vérité. Or, la vérité est que Kouffa et Iyad n’ont jamais fait référence à l’Imam Dicko dans leur communiqué du 8 mars. Comme eux, l’émir d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel pose des conditions claires et précises : le départ des troupes étrangères, notamment de la force françaises Barkhane. Toutes choses qui leur ouvriraient la voie pour l’application de leur charia. L’Imam Dicko et ses partisans feraient-ils un retournement de veste en prônant aujourd’hui la charia ? Or, président du HCI, Mahmoud Dicko a toujours été constant dans ses positions claires quant à son choix pour une République laïque et démocratique qui n’est pas antinomique avec la loi de Dieu.

À moins qu’il n’ait depuis 2012 joué les Tartuffes et n’ait enfin décidé de laisser tomber le masque. Dans ce cas, les Musulmans maliens comprendraient comment et pourquoi celui qu’ils ont mis à la tête de leur communauté n’ait jamais accepté que sous la contrainte de condamner les exactions, les flagellations, amputations lapidations perpétrées par ses frères djihadistes pendant l’occupation.

L’escroquerie religieuse ?

Il faut aussi que le très respecté et très éclairé daigne éclairer sur ses lumières djihadistes sur les comment et les pourquoi celui à qui il ne s’est pas adressé, l’émir d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel a bien voulu répondre à sa demande de trêve. Car dans la logique profane, la réponse de Monsieur Droukdel à la demande de trêve de l’Imam Dicko signifierait deux choses.

D’une part, la réponse de Droukdel prouve qu’au-delà des leaders djihadistes maliens, l’Imam Dicko a des accointances avec l’ensemble de la nébuleuse terroriste opérant dans le Sahel. Ses relations directes avec le Chef l’Aqmi établies au grand jour ne donnent-t-elles pas raison à la France via son ambassadeur qu’il accuse d’avoir œuvré à mettre fin à sa mission d’État à la tête de la Commission de bons offices ? Au plan interne, par quels artifices Mahmoud Dicko et ses partisans comptent-ils pouvoir inclure l’émir d’Aqmi comme partie prenante dans les négociations inter-maliennes. Car, à ce qu’on sache, à travers et la Conférence d’Entente nationale et le Dialogue inclusif national, il s’agit de dialogue avec les djihadistes maliens et non des chefs terroristes internationaux. Se réjouir de la réponse positive de Abdelmalek Droukdel à la demande de trêve de Mahmoud Dicko, c’est applaudir l’internationalisation de ces « pourparlers » et l’éclatement futur de notre pays. Pourquoi impliquer Droukdel fut-il algérien et ne pas faire appel aussi au nouveau chef de l’État islamique ? La demande de Dicko s’adressait-t-elle à ses compatriotes djihadistes Kouffa et Iyad ou au chef d’Aqmi Abdelmalek Droukdel qui n’a jamais été malien ?

Le vrai maître du jeu

D’autre part, en répondant à la place de nos compatriotes, Kouffa et Iyad, Droukdel ne fait-il pas une claque à la fierté et la dignité de l’ensemble du peuple malien ? Le patron d’Aqmi a-t-il pris ombrages de la réponse donnée le 8 mars dernier à l’offre de négociation officielle du Mali par les chefs de Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (en abrégé GSIM ; en arabe Jamāʿat nuṣrat al-islām wal-muslimīn, JNIM), à savoir Iyad Ag Ghaly et Amadou Kouffa ?

En se substituant à ces derniers, et en s’affirmant es qualité, émir d’Aqmi, Monsieur Droukdel veut faire comprendre à l’Imam Dicko et à ses partisans qui jubilent pour rien et versent dans l’escroquerie communicationnelle que c’est lui le vrai patron ; que s’il y a négociation, elle le sera à ses conditions ! Conditions qu’il édicte. En clair, c’est moi le Chef, ce n’est ni Iyad, ni Kouffa encore moins l’EI ; vos compatriotes sont mes sous-fifres, ils ne négocieront que par ma permission. Au lieu de crier victoire, Mahmoud Dicko et ses partisans gagneraient à comprendre davantage la structuration et la hiérarchisation dans les katiba djihadistes.

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans auquel appartiennent nos deux compatriotes est né voilà trois ans. L’annonce de sa formation a été faite dans un document vidéo transmis le 1er mars 2017 à l’Agence de presse mauritanienne Agence Nouakchott Information (ANI) et diffusée le lendemain. Iyad Ag Ghali est désigné comme le chef de ce mouvement.

Plusieurs chefs djihadistes apparaissaient dans cette vidéo : Iyad Ag Ghali, l’émir d’Ansar Dine ; Djamel Okacha, l’émir d’AQMI au Sahara ; Amadou Koufa, l’émir de la katiba Macina ; Abou Hassan al-Ansari, l’adjoint de Mokhtar Belmokhtar, émir de la katiba Al-Mourabitoune ; et Abou Abderrahman El Senhadji le qadi d’AQMI5, 6, 7. Ces derniers avaient annoncé leur rassemblement dans une seule structure et prêté allégeance à Ayman al-Zawahiri, l’émir d’al-Qaïda ; à Abdelmalek Droukdel, l’émir d’AQMI ; et à Haibatullah Akhundzada, l’émir des talibans.

Donc, Droukdel est bien leur Chef ? Mahmoud Dicko et ses partisans préconiseraient-ils quand même de négocier avec l’émir d’Aqmi simplement pour que le très respecté et très éclairé Imam ait quelque chose à manger ?

La rédaction




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