Search
jeudi 21 septembre 2017
  • :
  • :

Ultimatum de la plateforme au Président IBK: ya foi

La coalition de circonstance opposée au régime dite ‘’Plateforme du NON’’ ou ‘’An Tè A Bana. Touche pas ma constitution’’ qui regroupe pêle-mêle des partis d’opposition, des mouvements d’activistes manipulés ( ?) et des situationnistes invétérés, a publié, le lundi 7 août 2017, un texte qu’elle a appelé ‘’lettre ouverte à Son Excellence Ibrahim Boubacar Keïta, Président de la République’’.

Dans cette curieuse ‘’lettre ouverte’’, la Plateforme dit :
1°) «Exiger du Président de la République, SE Ibrahim Boubacar KEITA, le retrait pur et simple de son projet de révision constitutionnelle au plus tard le mardi 15 août 2017 à minuit » ;
2°) «Signifier au Président de la République qu’à défaut d’une réponse favorable dans ce délai imparti; la Plateforme An tè a banna – Touche pas ma Constitution qui assimilerait ce refus à une atteinte grave à la Constitution du Mali, se réserve le droit d’user de tous les moyens que lui offrent la Constitution du 25 février 1992 et les lois de la République afin de faire aboutir ses revendications légitimes ».

Sur la forme
Si on va de l’acception la plus largement partagée – qu’une lettre ouverte est un texte rédigé en forme de lettre et adressé à une personne (ou à un groupe de personnes) en particulier, mais qui est volontairement rendu public, généralement par sa diffusion dans la presse ; l’exemple le plus célèbre étant celle d’Émile Zola (J’accuse) au Président de la République française Félix Faure, publiée le 13 janvier 1898 en première page du journal l’Aurore- il va s’en dire que le texte publié par la Plateforme ‘’An tè a banna’’ n’a rien d’une lettre ouverte.
En effet, nulle part, dans le texte, les auteurs ne s’adressent directement au Président IBK comme c’est d’usage dans une lettre ouverte. Or, faisant fi du style direct, la Plateforme ‘’An tè a banna’’ sort du cadre de la missive pour une production littéraire plus spécifique à tradition politique (déclaration, communiqué, manifeste).
Ignorance ou simplement manque de courage politique ?

Sur le fond
La demande de retrait pur et simple du projet de révision constitutionnelle (Loi n°2017-031/AN-RM du 2 juin 2017 portant révision de la Constitution du 25 février 1992) n’est pas en soi une exige nouvelle. La plateforme elle-même le reconnaît : «Mobilisés depuis le 11 juin 2017 pour exiger du Président de la République le retrait de son projet de révision constitutionnelle, notamment à travers l’organisation de deux marches pacifiques à Bamako les 17 juin et 15 juillet 2017 et deux meetings les 1er juillet et 3 août 2017 et de manifestations populaires à l’intérieur du pays ainsi que dans la diaspora ».
Ses partisans l’ont simplement conjugué à un nouveau mode conditionnel, en l’assortissant d’un délai : le mardi 15 août 2017 à minuit.
Exigence ou vœux pieux d’un Mouvement à bout de souffle, en tout cas de contradictions ?
La compilation argumentaire au prisme de la stratégie donne un oxymore qui laisse entrevoir un grand bluff politico-médiatique. En effet, tandis que nulle part la ‘’lettre ouverte’’ de la Plateforme ‘’An tè a banna’’ n’évoque textuellement les termes d’ultimatum ou de désobéissance civile, sa lecture peut en déduire. Et ses partisans les plus radicaux plaident pour. Ce qui comble leur déficit de courage de s’adresser directement au Président IBK.

a) Le poids des arguments
En s’accrochant à légitimer leur Intifada républicaine fondée sur la violation de l’article 118 de la Constitution du 25 février 1992, la Plateforme s’entête à se mettre hors-la-loi. Dès lors que la Cour constitutionnelle a tranché en disant que l’article 118 n’a pas été violé, la Plateforme ne peut encore alléguer ce moyen. En tout cas en droit ; et la République trouve son fondement dans le droit. Méconnaître ce droit, ce n’est certainement pas le meilleur moyen d’être républicain.
Peut-on se gausser de la norme républicaine et de la plus haute instance en matière constitutionnelle de la République et prétendre être «très fortement attachés à la Constitution du 25 février 1992 et plus que jamais engagés dans un esprit républicain à défendre nos droits constitutionnels » ?
Pourquoi donc vouloir tant s’accrocher à un moyen inopérant juridiquement au plan républicain ? À moins que ce moyen ne soit un simple alibi politicien.
C’est pourquoi, faudrait-il rechercher la motivation de cet entêtement ailleurs dans le droit : dans la politique. Plus précisément dans l’adversité politique.
Comme baptisée, la Plateforme ‘’An tè a banna’’ (nous refusons, c’est tout), n’a jamais chercher le dialogue devant aboutir à un compromis ou à un consensus avec le Président. Dès le début, c’était NIET, c’est encore NIET et rien n’indique que ce NIET puisse évoluer.

Qu’est-ce qui explique cette fixation ?
La raison de l’extrémisme des partisans du NON (en tout cas pour ce qui concerne les politiques) n’a rien à voir avec «respect de l’article 118 de la Constitution et des conditions sécuritaires indispensables à la tenue d’un scrutin référendaire garantissant la participation libre, transparente et démocratique de l’ensemble du peuple malien». Ces prétextes sont plus une litanie politicienne échafaudée comme une berceuse pour endormir les populations que de réelles préoccupations de ceux qui les brandissent.
En se comptant, pour prêter l’expression à Me Mountaga TALL, par «centaines de milliers voire des millions de Maliens », la Plateforme ‘’An tè a banna’’ s’estime investie de la « souveraineté nationale ». Pour elle, c’est elle désormais le peuple. Et en tant que tel, c’est elle qui doit désormais incarner le Peuple du Mali, parler en son nom, agir en ses lieu et place. Aussi, on comprend:
-qu’elle soit « surprise de constater que le Président de la République est resté sourd à nos revendications »
-qu’elle estime en position d’exiger du Président IBK le retrait de son projet, dans le délai qu’elle fixe avec les menaces qui vont avec.

b) Analyse des moyens
Faute de voir le Président IBK donner suite à son exigence, non, faute de le voir se plier à son commandement ; et son le délai qu’elle lui impose à savoir au plus tard le mardi 15 août 2017 à minuit, la Plateforme décrète:
-elle « assimilerait ce refus à une atteinte grave à la Constitution du Mali » ;
-Elle « se réserve le droit d’user de tous les moyens que lui offrent la Constitution du 25 février 1992 et les lois de la République afin de faire aboutir ses revendications légitimes ».

Arrêtons de théâtraliser la République ?
Le jusqu’au-boutisme est peut-être le rejeton d’un nombrilisme hors saison, mais là la comédie est de mauvais goût et la manipulation indigeste. En quoi le refus du Président de la République de ne pas se plier aux injonctions d’une coalition antirépublicaine constitue-t-il une atteinte à la Constitution ? Depuis quand la volonté (disons l’agenda caché) d’une fraction du peuple (mesurée en centaines de milliers de Maliens, voire de millions sur des dizaines de millions d’autres Maliens) a-t-elle été une norme constitutionnelle gravée dans le marbre dont la non-satisfaction devrait conduire un Président légitime à la potence ?
Si la Plateforme estime que c’est elle le peuple, que représentent les autres millions de Maliens, voire dizaine de millions de Maliens qui demandent aussi au Président IBK de maintenir son projet ?
Dans cette logique affligeante brandie par la Plateforme, que deviendrait-elle la non prise en compte de la volonté de ces millions de Maliens, voire dizaine de millions de Maliens ? Peut-être une sacrée atteinte à la Constitution !
La République, démocratique, laïque et sociale, est « humaine et généreuse » pour emprunter l’expression à Édouard Philipe (l’actuel Premier ministre de France), mais elle n’est sûrement pas bouffonne et bananière. Dans cette expression humaine et généreuse, elle est à l’écoute de toutes ses filles et de tous ses fils, elle tend et prête une oreille attentive aux revendications et souvent attentes. Mais est-ce dans son fondement de céder aux caprices et aux fantasmes de ses enfants fussent-ils les plus bruyants ?
Dans cette République humaine et généreuse, on peut passer de la revendication citoyenne à la désobéissance civile sans aucune désobligeance, invective, arrogance ou insolence républicaine. Procède-t-il d’une élégance républicaine de toiser et d’invectiver l’Élu de la Nation ?
En exigeant du Président de la République le retrait de son projet assorti d’un délai, la Plateforme a manqué d’élégance et de courtoisie républicaines. Quand ses animateurs agités se saisissent de ce qu’ils appellent « ultimatum au Président IBK » pour carrément appeler à la sédition se réfugiant derrière une désobéissance civile qu’ils brandissent comme une épée de Damoclès, ils ne peuvent se prévaloir d’ «un esprit républicain » ou du privilège constitutionnel à faire prévaloir leurs revendications en qualité de citoyens.
La démarche est séditieuse, la stratégie est antirépublicaine, l’agenda ne peut être que putschiste. Mais dérisoire. Car, la question est : jusqu’où peuvent-ils aller au-delà des marches, des meetings, des invectives et des injures ?
La désobéissance civile ?
Dans son ‘’Petit manuel de désobéissance civile’’, publié en 2009, Xavier Renou, le célèbre chef de file des désobéissants, écrit :’’elle (la désobéissance) tire sa légitimité du fait qu’elle affirme défendre justement l’intérêt général contre des pratiques, une politique, des lois qui le contrediraient… La désobéissance civile implique en effet la défense d’un intérêt qui dépasse l’intérêt strictement individuel de celui qui la pratique’’. Est-ce le cas de celle que prône la Plateforme ‘’An tè a banna’’ ? La Plateforme défend-elle l’intérêt général ou son propre agenda ? La tenue du Référendum est-elle contraire à l’intérêt général ?
Au regard de la fronde aveugle ourdie contre le président IBK et son régime, tout laisse penser qu’il s’agit plus d’une rébellion ou d’une non-reconnaissance des institutions que d’une désobéissance légalement fondée et légitimement justifiée.
En effet, la désobéissance civile se définit comme une forme de résistance passive qui consiste à refuser d’obéir aux lois ou aux jugements d’ordre civil. Elle a pour objectif d’attirer l’attention de l’opinion publique sur le caractère inique ou injuste d’une loi avec l’espoir d’obtenir son abrogation ou son amendement. Ceux qui pratiquent la désobéissance civile sont prêts à encourir les peines, dont l’emprisonnement, qui pourraient leur être infligées pour avoir enfreint la loi.
Les caractéristiques généralement admises de la désobéissance civile sont :
-une infraction consciente et intentionnelle,
-un acte public ayant une valeur symbolique, pour sensibiliser la majorité «endormie»,
-un mouvement collectif,
-l’utilisation de moyens pacifiques,
-l’acceptation des risques de sanction,
-l’appel à des principes éthiques «supérieurs».
Qu’est-ce que l’action de la Plateforme ‘’An tè a banna’’ a à voir avec les actions non violentes conduites par Gandhi (1869-1948), avec d’une part, le mot d’ordre «satyagraha» («chemin de la vérité») pour dénoncer les lois injustes de l’empire colonial britannique et qui aboutirent à l’indépendance de l’Inde ou, d’autre part, le mouvement des droits civiques dirigé par le pasteur Martin Luther King, aux États-Unis, pour abolir les lois de ségrégation raciale ?

Quid de l’ultimatum ?
Par essence il s’agit d’un Acte par lequel un État souverain contraint un autre d’accepter des conditions rigoureuses dont le refus entraînerait la rupture des relations diplomatiques et, le plus souvent, l’ouverture des hostilités (déclaration de guerre). A tout le moins, il ne peut s’agir que d’une exigence que l’on met en demeure d’accepter, sans la possibilité de discuter. En d’autres termes d’un diktat, un oukase !
Emprunté du latin, la prestigieuse Académie française définit ‘’envoyer un ultimatum’’ comme : ‘’une sommation, mise en demeure, exigence que l’on déclare irrévocable, à laquelle il doit être satisfait dans un délai fixé.
Il s’emploie figurément, dans l’usage ordinaire, et signifie Dernier mot, mise en demeure, sommation’’.
Pense-t-on que la Plateforme est aujourd’hui fondée, en droit et en moyens, de soutenir une déclaration de guerre contre le chef de l’État, donc contre l’État et la République ?
Ceux de la Plateforme qui prônent le jusqu’au-boutisme ont-ils mesuré la détermination d’en face, sinon les conséquences d’une confrontation ?
Nous osons espérer qu’il ne s’agit là que d’un Poker menteur politique, un grand bluff qui s’illustrera par des marches pacifiques comme cela a été jusqu’ici le cas. Sinon ya foï !
En effet, qu’est-ce que la saisine d’une Assemblée majoritaire acquise au Président (et surtout copieusement insultée par la Plateforme) va-t-elle changer à la donne ? Nada !
À moins que la Plateforme ne décide de mettre bas le masque et de proclamer à la face des Maliens que son objectif est de renverser le Président IBK par la rue… Sauf que la rue n’appartient à personne. Mieux, dans les rangs de la Plateforme tout le monde ne partage pas cette extrémité.
Affaire à suivre

Par Bertin DAKOUO




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *