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vendredi 18 août 2017
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un septagenaire à la primature: l’échec historique des « jeunes »

Les jeunes Premiers ministres de l’ère IBK, Oumar Tatam LY et Moussa MARA, et bien d’autres ministres, devaient incarner l’alternative pour cette nouvelle génération de la jeunesse de démontrer à la face du monde qu’ils peuvent mériter de la confiance de Nation en assumant certaines hautes charges de l’État, comme les ainés (les vieux). Mais hélas, en échouant lamentablement dans cette mission historique pour laquelle ils avaient été appelé par le Président IBK, ils jettent le discrédit sur toute la couche juvénile, considérée désormais à tort ou à raison comme des «incapables» et des «incompétents».

En faisant le pari de favoriser l’émergence d’une jeunesse responsable de son destin et capable de jouer pleinement son rôle dans la reconstruction nationale, le Président de la République, Ibrahim Boubacar KEITA, était convaincu, comme il est toujours, qu’il fallait donner la chance à certains jeunes ambitieux, compétents qui ont toutes les qualités pour assumer des postes de responsabilités politiques dans le Mali d’aujourd’hui et de demain.
Le profil de ces jeunes politiques, choisis pour former l’équipe gouvernementale des deux plus jeunes Premiers ministres de l’histoire démocratique du Mali, montrait clairement qu’il existe un potentiel à exploiter qui n’est pas forcément celui des responsables de 60 ans et plus.

Les raison d’un choix
Le choix aussi bien de Oumar Tatam LY que de Moussa MARA à conduire l’action gouvernementale, en ce début du quinquennat du Président IBK procédait non seulement à rompre avec les pratiques anciennes mais également de se démarquer du minimum possible de la politique du consensualisme dont étaient adeptes tous ses prédécesseurs qui ont jeté leur dévolu sur des chefs du gouvernement plus âgés.
En faisant pleinement confiance à ces jeunes pour qu’ils puissent marquer leurs empreintes dans le sens de la marche des affaires du pays, le Président IBK se retrouve déçu par les piètres résultats obtenus par ses jeunes «protégés», au point, le cœur certainement serré, de se séparer d’eux surtout à un moment où il a besoin de leur dynamisme et de leur fougue juvénile.
En clair les jeunes Premiers ministres, en qu’il comptait le plus, n’ont pas été à la hauteur des espérances placées en eux.
D’abord nommé à la Primature, en septembre 2013, au lendemain de l’investiture d’IBK qui tournait ainsi la page de 18 mois de crise politico-militaire ayant divisé et meurtri le pays, l’aventure de Oumar Tatam LY n’a duré que 8 mois. Il a jeté l’éponge et filé à l’anglaise à cause des défis et des difficultés qu’il voyait venir, mais contre lesquelles il n’arrivait pas de solutions (allusion faites au gel des ressources du FMI).
Faut-il le préciser, ce banquier de 50 ans, ancien Conseiller spécial du gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), était l’un des artisans du Programme économique du président IBK. Financier de son état, l’homme qui ne souffrait point de la pression et certaines exigences de l’Administration publique, et connaissant bien que certaines affaires, sous son magistère allaient faire «boum», a décidé tout simplement de rentre le tablier, à un moment le plus inapproprié pour le Mali qui était encore convalescent de la guerre à lui imposée par les djihadistes, les narcotrafiquants, les bandits armés du MNLA et leurs alliés. Et aussi surtout que la Communauté internationale se trouvait au chevet de notre pays pour la reconquête entière de son intégrité territoriale et sa reconstruction nationale.
Pour se dédouaner, il a cherché des arguments et des prétextes fallacieux qui ont démontré d’ailleurs qu’il n’a pas su gérer une situation de crise pour la résolution de laquelle il a été appelé.
En tout état de cause, on se rappelle encore que dans sa lettre de démission, l’ex-Premier ministre, Oumar Tatam Ly, évoquait des « dysfonctionnements » et « insuffisances » (…) dans la marche du gouvernement qui réduisaient sa capacité d’action.

L’épreuve de la mission
«Je n’ai pu vous convaincre de la nécessité de ces évolutions, lors de nos entretiens des 2, 3 et 16 mars ainsi que du 4 avril 2014. En conséquence, en considération de ces vues différentes qui ne me mettent pas dans la position de remplir la mission que vous m’avez confiée, je suis au regret de vous présenter ma démission du poste de Premier ministre », écrit-il dans sa lettre de démission adressée au président IBK.
Cette explication ou cette tentative de sauver la face, n’a pas heureusement convaincu nombre de Maliens qui attendaient de lui qu’il élucide ces « dysfonctionnements » et « insuffisances ».
Mais ce que Tatam LY n’a pas dit, ce qu’il a été remercié par le Président IBK à cause de son manque de visibilité et celui de l’action gouvernementale, son inexpérience politique, ses rapports exécrables avec la classe politique notamment la majorité, son incapacité à s’imposer et à gérer les hommes.
L’équipe gouvernementale sous sa direction était une faillite en perspective où la désarticulation côtoyait l’indigence des initiatives et les résultats (quelques ministres tirent leurs épingles du jeu), les querelles intestines faisaient oublier l’essentiel.
Pourtant le Chef de l’État aurait décidé de faire de Tatam LY le chef de la Majorité présidentielle en ligotant pieds et mains le parti majoritaire et lui instruire de l’accompagner dans sa mission.
Mais l’habitude étant une seconde nature, l’homme qui ne souffrait pas de la contestation, parce que étant avec des hommes politiques qui n’avaient pas la même vision et les mêmes perceptions que lui, a décidé tout simplement de fuir au lieu de la confrontation des idées.
Le manque de résultats et sa faillite expliquent le choix porté sur Moussa MARA, un autre jeune, pour signer son entrée politique à la Primature par la grande porte. Un choix qui s’analyse bien comme la faillite du technocrate sur lequel le président IBK avait misé pour réaliser son programme présidentiel.
Moussa Mara, le plus jeune malien à avoir occupé le poste de Premier ministre, était considéré comme faisant partie de cette jeunesse qui incarnait une nouvelle génération de politiciens, ceux non issus de la révolution de 1991.

Immaturité politique
Avant son aventureux passage à la Primature, on disait de lui qu’il était un homme des challenges, intègre et réformateur. Populaire, jeune, charismatique, MARA crée l’état de grâce, même si son inexpérience politique est pointée et contre l’avis des caciques du parti présidentiel supplantés par ce jeune président de parti, ambitieux. L’état de grâce ne durera pas longtemps.
Dans son «immaturité» politique, il a causé la plus grande humiliation à notre pays avec l’épisode de sa visite controversée, au mois de mai 2014, à Kidal. Des évènements malheureux qui ont coûté très cher au Mali avec la perte de plusieurs dizaines de vies humaines, la perte des positions stratégiques par l’armée et nos forces de sécurité dans le Nord, et surtout la position de force que le pays avait avant le début des négociations avec les groupes rebelles.
Cette grosse erreur politique n’a pas surpris certains observateurs avisés de la scène politique. Cela d’autant plus que, affirme-t-on dans ce milieu, le président du Parti Yelema n’est d’autre qu’un «petit» chef de parti local qui a eu des circonstances favorables d’être, à un moment donné, l’adversaire politique du Président IBK, alors président du RPM, en commune IV, en devenant ce qu’il est aujourd’hui. Un constat qui se justifie sur le terrain dans la mesure où l’influence de MARA, comme il nous a été amené de constater, n’a pas réellement dépassé la Commune IV du District de Bamako et à la limite sa région natale de Kayes. Sans compter que le Premier ministre qu’il était et auréolé du soutien du Président qui l’a renforcé au détriment du parti majoritaire, n’a jamais pu débaucher un seul député au profit de son parti.
Mais comme le dit l’autre, l’aventure de MARA à la Primature semble refléter la symbolique du Wagrin (Diatigui faga yiri): l’arbre qui pousse sur un autre arbre et qui finit par le tuer. Autrement dit, à partir du pouvoir du RPM, il était dans la logique de tuer ce parti pour ses ambitions personnelles et futuristes.
En échouant dans la réunification des partis de la Majorité présidentielle, qui est aujourd’hui, hétéroclite et en lambeaux, MARA a, par ses jeux troubles, sevré le Chef de l’État d’un soutien précieux qu’il avait le plus besoin lorsque l’opposition le canardait dans les affaires de l’avion présidentiel et des contrats d’armement.

Échec patent
A ceux-ci s’ajoutent certainement les scandales et malversations dont sont impliqués certains ministres de son gouvernement, notamment des jeunes de sa génération. A l’image de Moustaph Ben BARKA qui passait son temps à snober les gens en mettant en avant son «statut» de neveu du Président de la république. Ou encore Mamadou CAMARA, ancien ministre de la Communication, qui insultait la conscience des Maliens à travers ses sorties hasardeuses et souvent non opportune.
Certes l’on peut concéder à Moussa MARA, qui n’a pas longtemps bénéficié d’un contexte favorable marqué entre insécurité au Nord, tension sociale, vie chère, mais l’histoire retiendra qu’il se débarrasserait difficilement lui et tous ces jeunes cités plus hauts, de cette faute politique. Et ils regretteront à jamais cette chance qu’ils n’ont pas pu saisir pour mériter de la nation et de la confiance placée en eux. Car, c’est la première fois que le Mali enregistré autant de jeunes au sein des gouvernements successifs.
Remplacé un jeune par un vieil homme qui a déjà eu à faire valoir ses compétences au poste de Premier ministre, n’est-ce pas là, un désaveu pour la jeunesse malienne ?
D’aucuns diront que c’est juste l’expérience qui aura triomphé. Mais n’est-il pas loisible pour la jeunesse de se remettre en question même si on sait que l’exception peut confirmer la règle, comme les cas de Mahamane BABY, ministre de l’Emploi, de la jeunesse et de la construction citoyenne; de Me Mamadou Gaoussou DIARRA, ministre de la Promotion des investissements et du Secteur privé, ou Boubou CISSE, ministre des Mines, qui ont pris des galons dans le nouveau gouvernement pour avoir su tirer leurs épingles du jeu dans l’ancienne équipe, dirigée par le même Moussa MARA.
IBK a-t-il fait le bon choix en nommant Modibo Keita ?
L’avenir nous le dira sans pour autant dénier les états de service du nouvel arrivant, lesquels plaident grandement en sa faveur.
Par Mohamed D. DIAWARA

 




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