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vendredi 23 avril 2021
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Untm-Gouvernement: le marché de dupes

Entre le Gouvernement et la Centrale syndicale UNTM, c’est désormais le presque parfait accord. Tous les 9 points de revendications ont été religieusement acceptés par le Gouvernement, comme si la menace de « grève dure » que le secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), Yacouba KATILE, a subrepticement laissé traîner dans la lettre qu’il a fait circuler sur les réseaux sociaux n’était pas tombée dans l’oreille d’un gouvernement qui était jusqu’ici resté sourd à certaines revendications phares de la Centrale Syndicale. En tout cas, depuis la missive du mardi 2 février, tous les observateurs auront constaté une évolution positive dans les négociations, évolution qui s’est conclue vendredi avec la signature enfin du Procès-verbal par toutes les parties.

Acculé et dans les cordes, le gouvernement de Transition qui a voulu faire du Trapèze sans filet de secours a du rétropédaler pour ne pas s’aplatir devant la puissance d’une Centrale syndicale que les soutiens zélés ont poussé vers le radicalisme dans lequel nul n’a intérêt. En effet, en faisant du cahier de doléance de la Centrale Syndicale l’affaire du seul Yacouba KATILE à qui on veut faire rendre gorge pour avoir osé porter les aspirations légitimes de sa centrale et auquel on promet la géhenne, le pouvoir de Transition a payé le prix de son amateurisme et de son impuissance face à un secteur très organisé et très solidaire. La réussite des deux grèves en est une preuve éclatante.
Face à la menace que la Centrale syndicale a laissé planer, le gouvernement, contre mauvaise fortune a fait bon cœur et accepté les accommodements raisonnables proposés in fine par le patron de la Bourse du Travail. Parce qu’en vérité, si le gouvernement n’a aucune alternative face à l’irrédentisme syndical auquel le bras de fer avec l’UNTM pourrait donner naissance, il faut tout aussi reconnaître que la Centrale syndicale n’avait pas elle aussi beaucoup de marge de manœuvre. Après deux grèves, dont la dernière de 5 jours, la Bourse du Travail était désormais face au Rubicon syndical : soit le franchir en décrétant la grève illimitée, soit obtenir du gouvernement un accommodement raisonnable, quelque chose qui sauve la face de tout le monde.
Le Gouvernement acceptant tout sans aucune pression immédiatement avec une marge de manœuvre d’un trimestre voire un semestre dans certains cas, si n’est dans bien des cas la mise en place de Commission pour endormir les doléances. Le presque parfait accord du vendredi 5 février 2021 à cet égard apparaît pour le gouvernement une très bonne opération, en tout cas un moratoire qu’il pourrait mettre à profit pour ajuster sa stratégie de dialogue social. Quid de la Centrale Syndicale ? L’accord est à tous points de vue du pain béni pour Yacouba KATILE et ses camarades qui étaient obligés d’obtenir quelque chose pour leurs mandants.
Toutes choses qui font que nous sommes face à un marché de dupes conclu dans un contexte où les protagonistes étaient fortement sous pression où l’échec devenait un sens interdit pour chacun. Alors s’accordant sur les désaccords dans le fond, on s’accorde sur un accord de pure forme pariant sur la bonne fortune du temps. Les travailleurs crieront victoire avant de se déchanter très vite. Quant au gouvernement en prenant le pari sur le bénéfice du temps, il va se prendre très vite au piège de la fuite en avant, car un trimestre c’est vite fini. Au finish, c’est un accord bidon qui finira par embraser le front social.
En effet, sur les principaux points de négociations qui ont une incidence financière, la Centrale syndicale n’a rien obtenu. Par exemple à sa demande d’éradication des disparités dans les conditions des travailleurs par l’établissement de la justice sociale à travers « l’octroi des primes spécifiques et indemnités selon la profession et l’emploi et selon les catégories de la fonction publique, en évitant les écarts que rien ne justifie et cela au terme des discussions sur le présent préavis » après avoir connu la légitimité de la revendication, le gouvernement a expliqué les difficultés auxquelles il est confronté pour y faire face. Pour ne pas perdre la face, la Centrale a accepté la mise en place d’une commission ad hoc qui travaillera pour une période de 3 mois (du 31 décembre 2020 au 31 mars 2021). Et pour faire vrai, on fait dire au PV de conciliation que « ladite commission ad hoc qui a, d’ailleurs, commencé ses travaux le 06 janvier 2021, est chargée d’élaborer un schéma de propositions en réponse à la demande d’éradication des disparités dans l’octroi des primes et indemnité des travailleurs par l’établissement de la justice sociale formulée par l’Union nationale des Travailleurs du Mali. Si tout ça est vrai, «les conclusions de la commission ad hoc seront soumises à la validation de la commission de conciliation au mois d’avril 2021. Les conclusions validées seront mises en œuvre au 1er juillet 2021».

Pour ce qui est du « respect de l’égalité de chances, de non-discrimination entre fonctionnaires par l’établissement de grilles indiciaires catégorielles par catégorie de la Fonction publique, au terme des discussions du présent préavis. »
Si les deux parties ont convenu de procéder à « l’alignement à l’indice plafond 1 382 des grilles indiciaires dont le plafond n’atteint pas ledit indice pour compter du 1er janvier 2021 ». Afin de permettre cette harmonisation, les dispositions des statuts autonomes faisant le lien avec les augmentations de rémunération des fonctionnaires relevant du statut général il faut attendre des concertations avec les partenaires sociaux concernés en vue d’avoir une grille harmonisée. Concertations dont le timing n’apparaît nulle part dans le Procès-verbal.

Pour ce qui est de l’opération de charme des vieux de la Bourse du Travail à l’égard de la Jeunesse malienne à travers «le Recrutement de 8 600 jeunes diplômés dans les fonctions publiques par an, pendant 5 ans » notamment «le Recrutement d’au moins 20 000 jeunes diplômés dans la fonction publique en janvier 2021» et « le point de la situation des diplômés recrutés dans les corps de défense et de sécurité de 2019-2020, même si les Accords de 2019 ne les concernaient pas spécifiquement», il faut bien craindre que la Centrale syndicale ne se soit laissé prendre au jeu du verbiage gouvernemental.
Parce qu’en s’engageant :
« -à recruter 23 728 jeunes, conformément à la prévision budgétaire de 2021 ;
– à porter à la connaissance de l’Union nationale des Travailleurs du Mali le nombre de jeunes diplômés à recruter pour le compte de l’Armée en 2021 » le gouvernement de Transition noie visiblement le poisson. L’oxymore gouvernemental est presqu’insultant pour l’UNTM. Parce que si « le gouvernement s’engage à recruter 23 728 jeunes, conformément à la prévision budgétaire de 2021», c’est bien 23.728 jeunes qui vont être recrutés point final. Quel autre « nombre de jeunes diplômés à recruter pour le compte de l’Armée en 2021 » va-t-il s’engager à communiquer à l’UNTM si ce n’est le double jeu et le double langage. Et la très sérieuse Centrale syndicale, qui se fait donneur de leçons en tançant le gouvernement de Transition pour son amateurisme brouillon se laisse lui-même prendre scandaleusement au piège.
Où sont les résultats concrets de cette épreuve de force syndicale ?
A presque tous les points, l’UNTM a accepté le différé, la mise en place d’une commission, chacun le sachant, c’est pour résoudre les problèmes à la Saint-Glinglin. C’est par exemple le cas pour :

-«Le reclassement dans la fonction publique, en fonction des diplômes détenus par tous les jeunes, anormalement utilisés dans des fonctions de conception et de direction dès le mois de janvier 2021 » où le Gouvernement et l’Union nationale des Travailleurs du Mali conviennent de la mise en place d’une commission qui travaillera pendant 3 mois, à compter de la signature du présent procès-verbal, en vue d’élaborer et adopter le projet de texte relatif à la question, le cas échéant.
-« La régularisation de la situation administrative des enseignants (cas des matricules 0100 pour l’ouverture prochaine) »

Le Gouvernement et l’Union nationale des Travailleurs du Mali conviennent de la mise en place d’une commission de travail pour examiner les dossiers en vue d’une régularisation, au plus tard le 31 mai 2021.

-« 7ème Point: La libération des domaines fonciers de l’ORTM et de TIER illégalement occupés. ». Le Gouvernement et l’Union nationale des Travailleurs du Mali conviennent de la mise en place d’une commission de suivi de 9 mois (à compter de la date signature du présent procès- verbal) de l’ensemble des dossiers relatifs aux sous-points ci-après sous réserve des décisions de justice.

Le plus désolant, l’UNTM n’a même pas réussi la simple «intégration dans les fonctions publiques, pour raison nationale de tous les enseignants des Écoles Communautaires (ECOM) au plus tard à l’ouverture prochaine des classes ».
Si le salaire de misère passe de 25 000 à 50 000, le Gouvernement qui reste campé sur ses positions dit qu’il continuera à mettre l’accent sur l’effort fait par rapport à l’intégration des enseignants communautaires. Cet effort va se poursuivre en 2021 avec l’intégration de seulement six cents (600) autres sur les 16 014 restants.
Dans ce contexte de concession scandaleuse, on comprend bien que les travailleurs du privé soit sacrifiés. En effet, pour ce qui est de «la transposition dans le secteur privé des augmentations de salaires obtenues en 2014 et 2019 », comme dans un deal mafieux, syndicat et patron s’accordent que ce n’est pas une urgence. Aussi, promettent-ils de « mettre en place un cadre de concertation, supervisé par le Gouvernement en vue de rendre effective l’ouverture des négociations salariales dans les branches et secteurs d’activités en application des Procès-verbaux de 2014, 2019 et 2021 »

Sur les autres questions dites de sensibilités politiques, c’est une totale fuite de responsabilité collective et complice. Par exemple pour ce qui est de «la suspension immédiate des activités des Bureaux de Placement privés», les parties conviennent de la mise en place d’une commission pour identifier toutes les difficultés liées aux bureaux de placement afin de faire des propositions de modification de la législation en vigueur….Le Gouvernement et le Conseil national du Patronat du Mali s’engagent à écrire, chacun en ce qui le concerne, aux bureaux de placement pour les inviter au respect du Code du Travail. (Comme si ce n’était pas son problème) l’Union nationale des Travailleurs du Mali s’engage à accompagner le Gouvernement et le Conseil national du Patronat du Mali dans leurs actions ».
Pour ce qui est de l’«indemnisation des travailleurs victimes de la crise au Mali depuis 2012.», «le règlement intégral des droits des travailleurs licenciés de l’AZI-SA. », «les mesures immédiates pour réduire la cherté de vie. », «la prise en charge sociale et économique des travailleurs victimes des conséquences de la pandémie de la COVID-19 (Hôtel de l’amitié, etc.)», le gouvernement s’est contenté de promettre sans aucune garantie.

Mettant à l’encan, en tout cas à plus tard, le sort douloureux des des travailleurs du secteur de l’hôtellerie, la reprise du chemin de fer, l’évaluation des privatisations, l’évaluation des contrats et du code minier ainsi que rexploitation d’or pour remettre le Mali dans ses droits, la Centrale syndicale s’est investie bizarrement, et comme par hasard et comme si tout ça était pour ça, à obtenir du gouvernement la relecture des textes anti-corruption. Le résultat sur le point interpelle :

Sur «l’adoption des lois et décrets sur l’OCLEI proposées par la Commission de suivi et la relecture de la loi n°015 du 27 Mai 2014 et ce au terme des discussions de ce préavis», KATILE et ses camarades peuvent respirer. En effet, «le Gouvernement a informé que les projets de texte ci-après, issus des travaux de la Commission susmentionnée ont été transmis au Secrétariat général du Gouvernement suivant le Bordereau d’Envoi n°1700/MJDH-SG du 06 novembre 2020 :
-projet de loi portant prévention et répression de l’enrichissement illicite ;
-projet de décret fixant les modalités d’application de la loi portant prévention et répression de l’enrichissement illicite ;
-projet de loi portant création de l’Office central de Lutte contre l’Enrichissement illicite ;
-projet de décret portant organisation et modalités de fonctionnement de l’Office central de Lutte contre l’Enrichissement illicite.
Le Gouvernement s’engage à faire diligenter l’adoption desdits projets de texte avant le 31 mars 2021 ».




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