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mardi 19 juin 2018
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Vente aux enchères des migrants subsahariens en Libye: la honte

C’est la chaîne américaine CNN, qui a révélé l’ignominieux scandale, à travers un documentaire-choc diffusé il y a quelques jours où l’on voit des migrants subsahariens vendus aux enchères comme des animaux de compagnie… être réduits en esclavage. Dans les docs, on peut entendre : « Est-ce que quelqu’un a besoin d’un mineur ? C’est un mineur, un homme grand et fort, il creusera ». Cette vente aux enchères, ce marché de la honte est simplement un outrage à la conscience de l’humanité. Info-Matin le fait le point.

En octobre dernier, deux journalistes de CNN ont filmé en caméra cachée une vente aux enchères de migrants subsahariens réduits en esclavage. À travers le documentaire, une douzaine d’hommes a été vendue ce jour-là dans une arrière-cour d’une maison à l’extérieur de Tripoli, en Libye, certain pour 400 dollars. Des ventes de ce genre se dérouleraient « une à deux fois par mois » et dans plusieurs villes du pays, estime la journaliste de CNN.
Cette enquête de la chaîne américaine met en lumière les situations d’esclavage auxquelles sont réduits de nombreux migrants qui transitent par la Libye pour gagner l’Italie, porte d’entrée en Europe. Interrogé par les journalistes de CNN, un ancien esclave qui est parvenu à s’enfuir raconte son quotidien : « Ils vous font travailler de force et ils vous battent. »
La Libye est un passage obligé pour de nombreux migrants qui veulent rejoindre l’Europe dans l’espoir d’une vie meilleure est devenue l’enfer, le marché des esclaves. Victory est l’un d’entre eux. Des témoignages poignants, révulsant qui provoquent partout une forte indignation et une unanime communion autour du respect de l’humain.
«Les observateurs [de l’ONU] ont été choqués par ce qu’ils ont vu : des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants émaciés et traumatisés, empilés les uns sur les autres, enfermés sous des hangars (…) et dépouillés de leur dignité», a expliqué Zeid Ra’ad Al Hussein. Mais aussi horrible soit-elle, la situation n’est cependant pas nouvelle.
En début du mois de septembre, l’ONG Médecins sans frontières avait déjà demandé à ne plus renvoyer les migrants en Libye, jugeant qu’ils y étaient «violés, torturés et soumis à l’esclavage». Dans le même temps, l’Unicef (ndlr : spécialisée dans les droits de l’enfant) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) avaient rapporté que 77 % des enfants et jeunes migrants essayant de rejoindre l’Europe par la Méditerranée centrale faisaient état «d’expériences directes d’abus, d’exploitations et de pratiques assimilables à du trafic d’êtres humains».
Selon les derniers chiffres de l’OIM, environ 157 000 migrants et réfugiés sont arrivés sur le Vieux continent par la mer depuis le début de l’année (contre quelque 341 000 durant la même période en 2016), essentiellement depuis la Libye. Au total, plus de 3000 personnes ont péri pendant la traversée.

Une pratique qui s’instaure
Ce n’est pas la première fois qu’un tel commerce est dénoncé. En avril, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) avait fait savoir que la traite d’êtres humains était devenue une pratique de plus en plus fréquente chez les passeurs.
Interrogés par l’OIM, des migrants originaires d’Afrique de l’Ouest disaient avoir été achetés et revendus dans des garages et des parkings de la ville de Sabha, localité du sud de la Libye, par laquelle passent de nombreux exilés. Ils sont vendus entre 200 et 300 dollars (entre 190 et 280 euros) et retenus deux à trois mois en moyenne.
Originaires surtout du Nigeria, du Sénégal, de la Gambie, mais aussi de notre pays, les migrants sont capturés alors qu’ils font route vers le nord de la Libye, d’où ils comptent gagner l’Europe en traversant la Méditerranée. Tout au long de ce voyage, ils sont la proie de groupes armés et de réseaux de passeurs, qui tentent parfois de leur extorquer de l’argent. La plupart des migrants sont utilisés comme travailleurs journaliers dans les secteurs de la construction et de l’agriculture.

L’enquête après l’indignation
Après la diffusion de ce documentaire, le gouvernement libyen a fait savoir vendredi à CNN qu’une enquête allait être ouverte sur cette traite d’êtres humains.
Le vice-premier ministre du gouvernement libyen d’union nationale (GNA) a annoncé ce dimanche l’ouverture d’une enquête sur des cas d’esclavage près de la capitale libyenne dénoncés par un documentaire-choc la semaine dernière de la chaîne américaine CNN.
Ahmed Metig a exprimé « son mécontentement » dans un communiqué diffusé dimanche sur Facebook après la diffusion de documentaires sur « la réapparition du commerce d’esclaves dans la banlieue de Tripoli ». Il « a affirmé qu’il chargera une commission d’enquêter sur ces rapports de presse afin d’appréhender et soumettre les responsables à la justice », selon le texte.
Le mardi 14 novembre, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a vivement dénoncé la détérioration des conditions de détention des migrants en Libye, jugeant « inhumaine » la coopération de l’Union européenne avec ce pays.
« « La communauté internationale ne peut pas continuer à fermer les yeux sur les horreurs inimaginables endurées par les migrants en Libye, et prétendre que la situation ne peut être réglée qu’en améliorant les conditions de détention», avait-il dit, en estimant que «la souffrance des migrants détenus en Libye est un outrage à la conscience de l’humanité». Il a également rapporté les souffrances de ces migrants, disant que cet « esclavage des temps modernes » constituait un « outrage à la conscience de l’humanité ».
Cet appel intervient alors que le groupe de contact sur la route migratoire en Méditerranée centrale – réunissant 13 pays européens et africains, dont la Libye – a décidé lundi dernier d’améliorer les conditions des migrants dans les centres de détention tout en promouvant des alternatives à cette solution controversée. D’après des chiffres libyens, 19 900 personnes se trouvaient dans ces centres en début novembre, contre 7000 en mi-septembre. Une forte augmentation qui fait suite à des affrontements meurtriers à Sabratha, ville de l’ouest devenue l’un des principaux points de départ.
En première ligne dans les accords avec les Libyens, le ministre italien de l’Intérieur, Marco Minniti, a répondu en évoquant les efforts de son pays en faveur du rapatriement volontaire de 9 500 de ces migrants cette année vers leurs pays d’origine et du transfert à venir d’un millier de personnes « fragiles » (femmes, enfants, personnes âgées) vers des pays tiers.

Réactions unanimes
Cette situation qualifiée «d’inhumaine» ce mardi par l’ONU a suscité des nombreuses réactions et condamnations des défenseurs des droits de l’Homme, à travers le monde.
La révolte gronde à travers le monde après les images de migrants africains vendus aux enchères en Libye. Les réactions d’indignation se multiplient. Fer de lance des mobilisations, les artistes, les associations et les simples citoyens se mobilisent.
«Non à l’esclavage». Des centaines de personnes rassemblées devant l’ambassade de Libye à Paris s’indignent.
Un peu partout dans le monde, des voix s’élèvent, les tweet se succèdent sur la toile : Asalfo, de Magic System ; Koffi Olomide, chanteur congolais ; Marie Philomène Nga, actrice camerounaise… Tous sont choqués, dénoncent l’humiliation, expriment leur colère.

Au Mali
À Bamako, un sit-in devant l’ambassade de Libye était prévu, mais il a été interdit par les autorités. À la place, une conférence autour de l’Association malienne des expulsés et du mouvement Trop c’est trop.
L’Association malienne des expulsés (AME) déplore le silence « coupable » et la cécité des dirigeants africains face à cette pratique dégradante et humiliante.
Selon Ousmane Diarra, président de l’AME, la société civile malienne, le Mouvement « Trop c’est trop » et certains artistes avaient projeté de faire un sit-in devant l’ambassade de la Libye pour dénoncer la complicité des autorités libyennes dans la vente des migrants subsahariens sur leur territoire. Selon les responsables de ces regroupements, les autorités maliennes doivent prendre toutes les dispositions nécessaires pour faire cesser cette pratique et rapatrier les migrants maliens qui « seraient vendus » lors de cette regrettable épreuve.
« Nous sommes choqués aussi par l’inaction des dirigeants occidentaux, mais nous comprenons qu’ils sont dans le complot puisque c’est eux qui financent ceux qui donnent des ordres pour que nos frères soient bloqués en Libye », a dit Tiken Jah Fakoly
Le Gouvernement de notre pays, profondément préoccupé et indigné par les informations faisant état de traitement inhumain et dégradant réservé aux migrants ressortissants des pays africains en Libye, dans un communiqué rendu public ce samedi, a condamné vivement ces pratiques inhumaines qui rappellent une page sombre et douloureuse de l’histoire de l’Afrique.
Le Gouvernement d’Abdoulaye Idrissa Maïga en appelle aux autorités libyennes à rechercher les auteurs de cette agronomie et de les traduire en justice et officiellement demander que la situation des migrants africains en Libye et dans d’autres pays africains fasse l’objet de discussions au niveau de l’Union africaine.
Face aux traitements inhumains infligés aux migrants africains en Libye et sur décision du Président de la République, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a procédé hier dimanche au rappel de l’Ambassadeur du Mali à Tripoli pour consultation.
Ainsi, le Chargé d’affaires de l’Ambassade de Libye à Bamako a été convoqué au Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale en guise de protestation et pour exiger l’arrêt de cette barbarie.

À l’extérieur
Le président en exercice de l’Union africaine (UA), le Guinéen Alpha Condé, et le gouvernement sénégalais se sont indignés, tout comme le président nigérien Mahamadou Issoufou, qui a demandé lui aussi que le sujet soit mis à l’ordre du jour du sommet Union africaine-Union européenne des 29 et 30 novembre à Abidjan. De son côté, le président togolais Faure Gnassingbé parle d’infamie.
Au Sénégal, le gouvernement engage « les autorités libyennes compétentes, ainsi que l’Union africaine et l’Organisation des Nations unies, à diligenter sans délai une enquête sur cette pratique d’un autre âge afin que toutes les dispositions soient prises pour y mettre fin. »

Sur les réseaux sociaux
Dans le même temps, des réactions parfois très violentes se sont exprimées sur les réseaux sociaux. Nombre d’Africains pointent la responsabilité de leurs dirigeants dans l’absence de développement qui provoque les migrations des jeunes vers l’Europe. Et leurs réactions trop tardives ou trop timorées.
Le samedi 18 novembre, sur Facebook, le chanteur ivoirien de reggae, Alpha Blondy, a lancé « un cri du cœur », pas un « appel à la violence », insiste-t-il. Alpha Blondy en appelle à la société civile, « obligée de prendre ses responsabilités devant l’histoire ». « Je vous demande d’assiéger toutes les ambassades libyennes dans vos pays respectifs, jusqu’à la libération totale de tous les captifs en territoire libyen », lâche-t-il.
D’autres célébrités se sont également indignées, notamment l’acteur Omar Sy, le footballeur Didier Drogba et l’ancienne Miss France, Sonia Rolland. Ils ont relayé les appels à manifester à Paris, samedi après-midi 18 novembre, lancés par plusieurs associations. La manifestation, non autorisée, qui a rassemblé un millier de personnes portant des pancartes « non à l’esclavage en Libye », devant l’ambassade libyenne à Paris, s’est ensuite dirigée vers les Champs-Élysées où elle a été dispersée par les forces de l’ordre.

Par Mohamed D. DIAWARA




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