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vendredi 23 octobre 2020
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Soixante d’année d’actualité: la vérité sur le ‘‘22 septembre’’, révélations inédites sur les protagonistes et positions ? la France a-t-elle trahie le soudan ?

Soixante ans après l’histoire, celle du 22 Septembre, pour éviter que l’Histoire ne se fasse sur des histoires, des vérités préconçues, des accommodements consensuels, des propagandes triomphantes, s’agissant de notre histoire, il y a de quoi rouvrir les tiroirs de l’Histoire. Il ne s’agit pour nous ni de déchirer des pages de l’histoire ni de procéder à une quelconque remise en cause. Mais, d’inviter à une rétrospective, une interrogation collective sur notre parcours commun. Pour les soixante ans de la République proclamée le 22 Septembre, les acteurs de l’époque n’étant plus nombreux à témoigner, au-delà de nos propres archives, nous avons consulté plusieurs sources documentaires. Nous partageons avec vous les résultats de notre enquête purement journalistique. Voici pour vous 60 ans d’actualité du Mali.

Vendredi 3 juin 1960
Le général De Gaulle s’adresse vendredi 3 juin 1960 aux sénateurs de la Communauté, avant de déclarer close leur deuxième session. La journée de jeudi a été consacrée au débat et au vote, acquis par 205 voix contre 8, du projet de loi constitutionnelle.

9-10 juin 1960
L’Assemblée nationale s’est prononcée à une forte majorité dans la nuit de jeudi à vendredi pour la ratification des accords passés avec le Mali. Le Premier ministre Michel Debré a confirmé que la France accéderait au désir de ces États, et leur assurerait le transfert des compétences qu’ils réclament avant même la signature d’accords bilatéraux. Toutefois le Premier ministre s’est montré réservé sur les modalités de ce transfert, qui devraient faire l’objet de négociations, et il est apparu que son intervention ne suffisait pas à dissiper toutes les ambiguïtés ni toutes les préoccupations.

13 juin 1960
Modibo KEITA, président du gouvernement fédéral du Mali, a évoqué le 13 juin 1960 la prochaine accession à l’indépendance du Mali, déclarant notamment : « Le Parti de la Fédération africaine a eu raison, dès la constitution du Mali, de préciser la nature des rapports que la Fédération désirait avoir avec la République française, c’est-à-dire l’indépendance, dans le cadre d’une Communauté contractuelle. A l’époque notre position a été attaquée et nous avons été accusés d’être des démagogues, mais nous avons la satisfaction de constater que la voie ouverte par le Mali est suivie et même élargie par d’autres États. Nous ne pouvons que nous en féliciter. «

13 juin 1960
Le Parti de la solidarité sénégalaise (P.S.S.), dont le leader est Cheikh Ammed Tidiane SY, a décidé le 13 juin 1960 de fusionner avec l’Union progressiste sénégalaise, parti gouvernemental, section locale du Parti de la fédération africaine (P.F.A.).
Le comité directeur du P.S.S. a recommandé à toutes ses sections de mobiliser les forces du parti en vue d’un regroupement national. Le P.S.S. avait été fondé en 1959 et avait ajouté en mai de la même année à sa dénomination : «Section sénégalaise du rassemblement démocratique africain «. Bien qu’ayant obtenu 72 000 voix – contre 471 000 au parti de Senghor – il n’avait obtenu aucun siège aux élections législatives.

16 juin 1960
Les accords signés le 4 avril dernier avec la Fédération du Mali et la République malgache ont été soumis jeudi matin 16 juin 1960 à l’approbation du Sénat.
Ouvrant la séance, Foyer a notamment déclaré :
« Dès septembre 1958 le Mali et Madagascar avaient la possibilité d’accéder à l’indépendance par la voie du référendum. Il est donc inexact de dire que la France leur accorde l’indépendance aujourd’hui. Elle la reconnaît seulement, avec maintien dans la Communauté.

16 juin 1960
Les accords avec le Mali et Madagascar ont été approuvés jeudi 16 juin 1960 dans l’après-midi par une large majorité de sénateurs : 156 voix contre 25 pour le Mali et 157 contre 23 pour Madagascar. On relève toutefois que plus de cent sénateurs se sont abstenus ou n’ont pas pris part au vote.

19 juin 1960
Louis Jacquinot, ministre d’État, a lu dimanche au palais de l’ancien haut-commissaire général, le message suivant du général de Gaulle :
« A l’heure où la Fédération du Mali devient responsable de son destin, je lui adresse le salut confiant et amical de la France. Français, Sénégalais, Soudanais, sont fiers de leur passé commun, des progrès qu’ils accomplirent ensemble, des combats où si souvent ils versèrent leur sang côte à côte pour la victoire des plus grandes causes. Au sein de la Communauté le Mali et la République française, unis par un seul idéal et par une même culture, coopéreront de toute leur ardeur à leur propre développement et à celui de tous les hommes. Le Mali indépendant entre dans le concert des nations, au sein d’un monde où se joue le sort de la liberté. La France compte sur son concours et lui garantit le sien. Vive le Mali, vive la France ! «

19 juin 1960
Louis Jacquinot, Foyer, secrétaire d’État à la Communauté ; Modibo Keita, président du gouvernement fédéral du Mali, et Mamadou Dia, vice-président du gouvernement fédéral, ont signé et échangé les documents ratifiant les accords franco-maliens passés le 4 avril 1960 au palais de l’ancien haut-commissaire général.

19 juin 1960
Avec l’envoi des couleurs maliennes, vert, jaune, rouge, au palais de la Fédération, dimanche 19 juin 1960, encore palais du haut-commissaire général, et avec la remise par Hettier de Boislam-bert, haut représentant de la République, de ses lettres de créance au gouvernement malien, ont pris fin le lundi matin 20 juin 1960 les cérémonies marquant l’accession de la Fédération du Mali à la souveraineté internationale. Les promoteurs de l’idée malienne ont à dessein voulu réduire au maximum des manifestations fixant à janvier prochain les fêtes de l’indépendance. Mais des réjouissances populaires se déroulent lundi 20 juin 1960 dans l’après-midi.

19 juin 1960
Le contraste a été important dimanche 19 juin 1960 entre le vide presque désertique des rues de la capitale malienne, écrasées sous le soleil, et la séance enthousiaste de l’Assemblée fédérale au cours de laquelle la loi de l’indépendance fut votée à l’unanimité des députés présents. Lorsque, à zéro heure, une fusée blanche tirée du toit de l’ancien Grand Conseil de l’A.O.F. déclencha une salve de cent un coups de canon, à laquelle répondirent les cloches des églises et les sirènes des bateaux du port de Dakar, l’assistance, extrêmement nombreuse qui se pressait à l’intérieur de l’Assemblée ne put retenir sa joie et applaudit frénétiquement.

19 juin 1960
Proclamant l’indépendance, Léopold-Sedar Senghor a notamment déclaré : « Malgré les erreurs et les tares de la colonisation que l’histoire jugera comme un moment naturel, le peuple de France n’a jamais renié complètement l’héritage de la grande révolution de 17X9. C’est le lieu et le moment de rendre hommage par-delà le peuple de France à ceux des gouvernements de la République française qui ont marqué de leur sceau les étapes de la décolonisation, singulièrement au gouvernement de Michel Debré. Je réserverai, a poursuivi Senghor, un hommage tout spécial au général de Gaulle, à l’homme du 18 juin, à celui qui fut en
France le principal artisan de la décolonisation.»
À propos du « neutralisme positif « préconisé par certains, Senghor a affirmé que le « neutralisme est rarement neutralité «. « Au neutralisme positif, a-t-il poursuivi, nous devons préférer la solidarité effective qui lie l’Afrique au reste du monde, qui fait obligation morale aux pays développés de venir en aide aux pays sous-développés. Nous, Maliens, nous nous refusons à abandonner la voie que nous avons librement choisie, celle de la double solidarité, celle de l’indépendance négociée qui est, je le répète, celle des États africains membres du Commonwealth, la voie de l’indépendance nationale dans une coopération multinationale.»

19 juin 1960
Modibo KEITA, président du gouvernement fédéral, a pris d’autre part, la parole. Assistaient à la cérémonie, outre les membres des gouvernements du Sénégal et du Mali et la délégation française. Moktar Ould Daddah, Premier ministre de la République islamique de Mauritanie, et Sidi et Moktar, vice-président de l’Assemblée nationale de Mauritanie, ainsi que les délégations de la Haute-Volta, de la Côte-d’Ivoire, de la Guinée, de la Gambie et du Sud-Vietna
Le projet de loi tendant à faire proclamer l’indépendance du Mali a été soumis à l’approbation de l’Assemblée. C’est à l’unanimité des trente-neuf députés présents d’Assemblée en compte 40) et après le scrutin public à la tribune que le vote a été acquis.

19 juin 1960
Jean Foyer, secrétaire d’État aux relations avec la Communauté, qui représentait la France aux côtés de Jacquinot et Foccari, a. de son côté, déclaré : « Le Mali vient d’acquérir tous les attributs de la souveraineté internationale
Il est indépendant et, cette nuit, il proclamera cette indépendance à la face du monde entier. Vous avez, pour devenir indépendants, préfère la voie amicale, vous avez voulu transformer, mais non détruire nos relations séculaires. Sachez que la France y est sensible. «
Réserves sénégalaises

19 juin 1960
Contrairement aux sections de l’Union soudanaise, à Bamako, l’Union progressiste sénégalaise, section locale du parti de la Fédération africaine, n’avait donné à Dakar aucune consigne, excepté celle de pavoiser : elle fut d’ailleurs modérément suivie. En fait cette attitude de la foule sénégalaise s’explique surtout par le fait qu’il s’agit de la simple consécration juridique d’une situation de fait déjà acquise. De nombreux Sénégalais considèrent en effet qu’ils sont indépendants depuis le 4 avril dernier, date de la signature des accords de transfert des compétences au Sénégal et au Soudan. D’autre part les dirigeants maliens soulignent depuis longtemps, avec réalisme, que l’indépendance entraîne des charges et des responsabilités, ce que Senghor traduisait dimanche par la formule : « L’indépendance se paie. « Ce qui signifie qu’une ère d’austérité va s’ouvrir.
Le succès des thèses de Dakar
19 juin 1960 :
Les États-Unis, l’Union soviétique, le Libéria, le Togo, la République fédérale allemande, l’Australie, le Cameroun, la Tchécoslovaquie, la Tunisie ont reconnu l’indépendance du Mali. D’autre part Chen Yi, ministre des affaires étrangères de la Chine populaire, a adressé à Modibo KEITA un message l’informant que son pays a décidé de reconnaître la Fédération du Mali, annonce l’agence Chine nouvelle.

22 juin 1960
Les accords de coopération qui définissent les nouveaux rapports entre la République française et le Mali, et les accords précisant la situation de cette Fédération au sein de la Communauté ont été signés mercredi soir 22 juin 1960 à l’hôtel Matignon par Michel Debré et Modibo Keita, président du gouvernement fédéral du Mali, qui ont ensuite commenté la portée des nouveaux textes.

2 août 1960 : tout est parti de là….
Interrogé le mardi 2 août 1960 par le journal français Le Monde sur l’éventualité de la création d’une zone monétaire africaine, le président Modibo KEITA répond ceci : « J’ai dit exactement, après avoir énuméré plusieurs réalisations possibles : « et, pourquoi pas, « une zone monétaire africaine». Il ne s’agissait donc pas d’un projet tout prêt. Mais c’est une éventualité qu’il faudrait envisager, car il faut espérer que le développement des États africains sera tel que ces États se soustrairont petit à petit à l’emprise économique des anciennes métropoles. D’autre part, l’Afrique étant le principal client des pays économiquement développés, parce que les autres marchés sont saturés, un développement de l’Afrique va lui imposer l’existence d’un marché intérieur. Or la création d’un marché intérieur suppose une protection de ce marché, et la meilleure protection c’est une zone monétaire. À mon avis, la France et les autres nations anciennement coloniales n’ont aucun intérêt à vouloir maintenir d’une manière permanente leur emprise économique sur leurs anciennes colonies. Elles doivent au contraire ambitionner de maintenir et même de renforcer leur influence culturelle ».
Voici le commentaire du journal : « Lorsque Modibo KEITA exprime le souhait de voir les anciennes métropoles desserrer leur « emprise économique « sur les nouveaux États, il est clair qu’il n’envisage pas pour autant de voir alléger une aide dont le Mali, en restant membre de la Communauté, entend conserver le bénéfice. Il reste à savoir si, en s’intégrant à un autre ensemble que la zone franc, le nouvel État pourrait Jouir des avantagea qui lui sont aujourd’hui reconnus ».

11 août 1960
Dans un avant-papier sur l’élection du président de la fédération prévue le 27 août et la répartition des postes et des compétences entre Sénégalais et Soudanais prévue le 20 août, le journal français Le Monde comme s’il était dans le secret des dieux prophétisait l’éclatement de la Fédération du Mali : « D’ores et déjà on s’attend à des discussions très serrées, et, comme toujours en pareil cas, des esprits pessimistes ou mal intentionnés parlent à nouveau d’un éclatement possible du Mali.
Cela paraît peu vraisemblable : il est au contraire probable qu’au terme de débats assez vifs on trouvera une formule de compromis. Mais la structure de la Fédération du Mali sera sans doute beaucoup plus souple et beaucoup plus légère que certains ne l’avaient envisagée au départ, en particulier du côté soudanais ».

12 août 1960
Critiquant, sur un ton acerbe, les commentaires faits dans la presse française à propos de la prochaine élection, le 27 août, du président de la République du Mali, le ministre de l’information de la Fédération a publié un communiqué spécifiant notamment : «Aux manœuvres de division et de diversion tendant à opposer Sénégalais et Soudanais, nous opposons les recommandations de la conférence politique du 8 mai 1960 demandant de déterritorialiser et de dépersonnaliser la fonction du président de la Fédération, en raison même du rôle d’arbitre qu’il sera appelé à jouer. «

16 août 1960
Le président Modibo KEITA, chef du gouvernement fédéral, a déclaré mardi 16 août qu’en ce qui concerne la prochaine élection du président de la République il n’y a aucune rivalité entre dirigeants et que les discussions ne portent que sur les conceptions de l’avenir politique et économique du Mali, les efforts entrepris pour réaliser l’unité et résoudre le problème algérien.

18 août 1960
Tandis qu’une conférence inter-États Sénégal-Soudan se tiendra à Dakar le 20 août Lamine GUEYE, Président de l’Assemblée législative du Sénégal, qui vient d’effectuer un séjour à Paris, a déclaré jeudi à Radio-Mali que l’Union progressiste sénégalaise dont il est le directeur politique a décidé de présenter la candidature de Léopold-Sédar SENGHOR à la présidence de la Fédération du Mali. Les élections présidentielles se dérouleront le 27 août 1960.

19 août 1960
Le président du gouvernement de la Fédération du Mali Modibo Keita a en effet diffusé, peu avant minuit vendredi 19 août 1960, une déclaration instituant l’état d’urgence au Mali et annonçant que Mamadou Dia, vice-président du gouvernement, était déchargé de ses fonctions à la défense et à la sécurité extérieure.
Réaction énergique du gouvernement sénégalais qui accusa le président Modibo Keita d’avoir tenté de faire un coup d’État, proclama à son tour l’état d’urgence et annonça que le Sénégal se retirait de la Fédération du Mali. Simultanément des troupes sénégalaises s’emparaient de l’émetteur de Rufisque, interrompant les émissions de Radio-Mali.

19-20 août 1960
Mamadou DIA a divulgué le texte du message suivant, que Modibo KEITA, alors chef du gouvernement fédéral du Mali, avait adressé au général de Gaulle au cours de la nuit de vendredi à samedi :
« Nous avons dû décréter l’état d’urgence pour faire face à des événements graves créés par le gouvernement sénégalais, dont la disparition du colonel SOUMARE, chef d’état-major général de l’armée du Mali. Le gouvernement du Mali, en application des accords de défense entre la France et la Fédération du Mali, demande la mise à sa disposition des troupes françaises stationnées à Dakar pour maintenir l’ordre public et permettra le fonctionnement régulier des institutions. «

20 août 1960
En fin de matinée samedi 20 août 1960 les autorités sénégalaises semblaient s’être assuré le contrôle de la ville de Dakar. Aucun incident ayant entraîné des effusions de sang n’était signalé, et, le calme règne partout. Les cordons de troupes disposés dans la nuit autour des édifices publics avaient été retirés, mais demeuraient à proximité des points névralgiques de la ville.

20 août 1960
Le Président Modibo KEITA et les ministres soudanais de son gouvernement ont été « sécurisés » et mis résidence surveillée. L’Assemblée législative du Sénégal a confié les pleins pouvoirs au gouvernement de Mamadou Dia, au sein duquel Doudou THIAM est nommé ministre des Affaires étrangères, et où Gabriel d’Arboussier devient ministre de la Justice. La censure est établie, les bureaux de poste fermés et les communications téléphoniques entre abonnés interrompues. Radio-Mali, devenu Radio-Sénégal, lance des appels pour qu’aucune violence ne soit exercée sur les Soudanais.
A Bamako, le calme règne, le public semblant à la fin de la matinée ignorer l’événement. Il faut désormais un visa sénégalais pour quitter Dakar.

20 août 1960
Modibo KEITA, président du gouvernement du Soudan, et Mamadou DIA, président du gouvernement du Sénégal, ayant adressé au général de Gaulle, président de la République française et de la Communauté, des télégrammes l’informant de part et d’autre des événements de Dakar, le chef de l’État a fait remettre samedi 20 août 1960 à chacun des deux présidents la réponse suivante :
« Monsieur le Président,
Les événements qui séparent actuellement le Sénégal et le Soudan, et rompent la Fédération du Mali, risquent d’avoir pour les deux États de lourdes conséquences. En outre la Communauté en est affectée. Enfin, la France voit mettre en cause l’application des accords conclus par elle avec le Mali.
« Je vous propose de venir à Paris pour m’entretenir de vos intentions, soit dans le sens d’un rapprochement entre le Soudan et le Sénégal, soit en vue des rapports que vous envisagez entre le Soudan, le Sénégal et la France au sein de la Communauté, dans des conditions nouvelles.
En attendant que ces points puissent être fixés posément, j’exprime le vif souhait qu’aucune mesure qui pourrait compromettre gravement l’avenir ne soit prise par le Sénégal ni par le Soudan.
« Haute considération.
Charles de Gaulle.»

23 août 1960
Au cours d’une conférence de presse tenue mardi 23 août 1960 Abdoulaye MAIGA, haut représentant du Mali à Paris (Soudanais) a rendu public le texte d’une lettre qu’il avait adressée le 20 août dernier, alors que le président Modibo KEITA et les ministres soudanais étaient enfermés dans le palais présidentiel de Dakar, à Couve de Murville, ministre français des Affaires étrangères, dans laquelle il déclarait notamment :
« J’appelle la France, dans le cadre des accords signés avec le Mali, à prendre ses responsabilités afin de permettre la libre expression de mon gouvernement. Les forces de sécurité du Mali sont toujours sous commandement français, et il appartient à la France, pendant la période transitoire, de veiller à l’intégrité du territoire du Mali.
« J’attire tout spécialement l’attention du gouvernement français sur les suites dramatiques qui pourraient découler du maintien sous surveillance des membres du gouvernement du Mali, étant donné que les forces de sécurité du Sénégal qui assiègent les bâtiments du Mali sont encadrées par des éléments français. «

22 août 1960
Le président Modibo KEITA qui était expulsé avec les ministres et les autres soudanais vers Bamako a fait parvenir lundi soir à l’Élysée sa réponse à l’invitation du président de Gaulle. La voici :
« En réponse à votre message, je vous remercie de votre offre de médiation entre le Soudan et le Sénégal en vue d’un rapprochement.
«, Mais je considère comme extrêmement grave :
« 1) Que des officiers aient été les principaux artisans de la situation créée ;
« 2) Le fait que la France considère comme rompus les liens de la Fédération alors que la rupture est constitutionnellement impossible :
« 3) Que vous envisagiez de nouveaux rapports entre la France et le Soudan au sein de la Communauté, parce que la France mettrait en cause l’application des accords franco-maliens.
« J’exprime moi aussi le souhait que la France ne prenne à l’égard du Sénégal aucune mesure pouvant être interprétée comme une reconnaissance de la sécession de cet État, et qui pourrait avoir des conséquences extrêmement graves sur le plan international.
Dès que je le pourrai, je répondrai à votre invitation. Haute considération. «

23 août 1960
Face aux graves accusations du Soudan à l’égard de la France dont les officiers seraient à la base de la situation ainsi créée, Paris a fait la mise au point suivante :
« L’affirmation touchant le rôle de certains officiers français ne correspond pas à la réalité. L’armée de la Communauté est restée totalement neutre et nul ne le conteste. D’autre part, s’il existe des cadres français dans la gendarmerie sénégalaise comme d’ailleurs dans la gendarmerie soudanaise, ils servent au titre de l’assistance technique et ne reçoivent d’ordre que des gouvernements auprès desquels ils ont reçu leur affectation. «

23 août 1960
Dans un télégramme répondant à la demande de Mamadou DIA, président du conseil du Sénégal, de reconnaître l’indépendance de ce pays, l’empereur d’Éthiopie, Haïlé SELASSIE, déclare : « Nous déplorons les événements survenus au sein de la Fédération du Mali. En ces moments difficiles, où nous ne devrions pas épargner nos efforts pour maintenir l’unité africaine, nous pensons que l’unité du Mali revêt une importance particulière pour votre pays, car seule l’unité fait la force il nous est présentement difficile de prendre une décision avant d’avoir connaissance de tous les éléments permettant de juger de la situation. «

23 août 1960
Venant de Dakar, Modibo KEITA, président du gouvernement du Soudan, et ses ministres sont arrivés mardi à 1 h. 40 en gare de Bamako où les attendaient quelque cinquante mille Soudanais, soit la moitié de la population de la capitale.
Des jeunes filles ont offert des fleurs au chef du gouvernement qui a été salué par de nombreuses personnalités parmi lesquelles Fernand Wibaux, consul général de France. Puis le cortège s’est rendu à la mairie où Modibo KEITA s’est adressé à la foule massée place Maginot (actuelle Place de la Liberté). Il a remercié la population pour son chaleureux accueil où il a voulu voir une « preuve de la détermination de maintenir coûte que coûte, envers et contre tous, l’intégrité territoriale de la Fédération du Mali «. « Dans les jours à venir, a-t-il ajouté, nous aurons à situer les responsabilités et à en tirer les conséquences. «
Entre la frontière sénégalaise et Bamako, le président du conseil soudanais avait reçu un accueil chaleureux dans chaque gare où il s’était adressé à la foule.
Les autorités soudanaises ont pris contact avec des personnalités d’Abidjan pour assurer le transit des marchandises par ce port. Des négociants sont partis par avion pour Abidjan afin de s’occuper du ravitaillement.

24 août 1960
A l’issue des délibérations du conseil des ministres, le communiqué suivant a été publié :
« Le général de Gaulle, président de la République, a réuni le conseil des ministres au palais de l’Élysée, le mercredi 24 août.
« Le conseil a pris acte des événements de Dakar concernant la Fédération du Mali et des conditions dans lesquelles se présentent de ce fait les rapports de la France avec les États du Soudan et du Sénégal.
« Les propositions formulées à ce sujet par le président du conseil des ministres du Sénégal ont été examinées.
« Les membres du gouvernement qui ont assisté aux cérémonies organisées pour l’indépendance de plusieurs États de la Communauté ont rendu compte de l’atmosphère excellente dans laquelle ces cérémonies se sont déroulées.
« Le ministre des Affaires étrangères a fait une communication sur la situation internationale. «

24 août 1960
Mamadou DIA, chef du gouvernement sénégalais, avant de quitter Paris mercredi soir à destination de Dakar, a bien voulu s’entretenir brièvement avec la presse française. Voici un extrait de l’entretien qu’il a accordé au journal le Monde :
– Avez-vous recueilli tout au moins l’impression que la France appuiera vos demandes d’admission aux Nations unies et de reconnaissance par les États étrangers ?
– Nous n’en sommes pas là. Notre préoccupation n’est pas de faire du juridisme et de collectionner les arguments. Nous pensons qu’il y a assez de bon sens à Paris et à l’O.N.U. pour que notre attitude soit comprise : entre la fiction et la réalité, les réalistes choisiront.
« On a raconté aussi que j’avais passé ma matinée avec des juristes, pour améliorer l’argumentation du Sénégal et consolider nos thèses. Or c’est avec mon ami François Perroux, un économiste, que j’ai travaillé : car notre préoccupation à nous n’est pas de plaider un dossier, mais de bâtir notre économie, notre État, nos institutions, de fonder notre liberté dans la dignité… «
Et, comme nous demandons à Mamadou DIA s’il croit que Modibo Keita viendra lui aussi informer le président de la Communauté de l’évolution de la crise, le chef du gouvernement de Dakar se contente de rire, en observant :
« Vraiment, je n’en sais rien. Cela dépend de Modibo KEITA, et de lui seul maintenant… «




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