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samedi 18 novembre 2017
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Victoire contre ébola: le vrai héro de la guerre

Ça y est, c’est désormais officiel, le Mali a été déclaré blanchi de la maladie à virus Ebola. L’annonce conjointe a été faite, dimanche, 18 janvier 2015, par le ministre de la Santé et le chef de la Mission des Nations-unies pour la lutte contre Ebola (UNMEER), non moins Représentant résident de l’OMS dans notre pays.
Le héros de cette victoire, qui n’était pas gagnée d’avance, n’est ni le Pr Samba SOW, ni le ministre de la Santé, Ousmane KONE, encore l’ancien Premier-ministre, MARA, ou le Président IBK, mais plutôt le peuple malien dans son ensemble qui a fait preuve d’unité et de discipline pour venir à bout à cette maladie qui ne connait ni pauvre, ni riche…

Le certificat de la victoire
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la propagation de la maladie à virus Ebola dans un pays « peut être déclarée terminée lorsque 42 jours se sont écoulés sans qu’aucun nouveau cas ne soit enregistré’’.
Sur la base de ce principe, le Mali en a fini officiellement, depuis le dimanche dernier, avec l’épidémie à virus Ebola, qui est en baisse dans les trois pays les plus touchés.
La fin de l’épidémie au Mali a été annoncée dans des déclarations séparées, par le ministre de la Santé, Ousmane KONE, et le chef de la Mission des Nations unies pour la lutte contre Ebola, non moins Représentant de l’OMS dans notre pays, le Dr Ibrahim Socé FALL.
«Depuis le 6 décembre 2014, date à laquelle le dernier malade» d’Ebola traité à Bamako «a été testé négatif, aucun autre cas confirmé» n’a été enregistré au Mali, bouclant ainsi «42 jours de surveillance sans cas confirmés», ce qui permet d’y déclarer la fin de l’épidémie », a déclaré le ministre de la Santé.
Quant à Ibrahim Socé FALL, il a fait savoir: «Conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en la matière, la propagation » d’Ebola dans un pays «peut être déclarée terminée lorsque 42 jours se sont écoulés sans qu’aucun nouveau cas ne soit enregistré», le Mali peut en conséquence être déclaré «sorti de cet épisode d’épidémie».

Les principaux soldats de la guerre
Au fait, il faut tirer le chapeau au Chef de l’État Ibrahim Boubacar KEITA qui, tout en déclarant la guerre à Ebola à Kouremalé, avait promis la victoire. Le Président IBK s’était engagé personnellement et avait engagé tout le gouvernement pour bouter cette maladie hors de notre pays.
Dans sa détermination, le Président IBK s’est rendu à Kouremalé, village frontalier du Mali avec la Guinée, devenu épicentre d’Ebola. Habillé pour la circonstance, en vieux soldat, il a déclaré: «Ebola est une réalité. Ebola nous a coûté très cher. Plus de 4 700 victimes, tel est le triste bilan de ce fléau dans notre sous-région qui ne connaissait pas cette maladie» et d’ajouter: «C’est d’une guerre qu’il s’agit contre la fièvre à virus Ebola. Et comme toute guerre, elle concerne tous les segments de la vie. La présence de plusieurs ministres n’est pas le fait du hasard». Le Président IBK a enfoncé le clou en soutenant: «C’est une question de défense nationale. La défense nationale concerne tout le monde. Et moi, au premier chef, Commandant en chef des forces armées et de défense du Mali. Ce n’est pas en terme molaire, je le pense et le vis. Et tout le monde à ma suite est engagé à tenir son rôle et sa place dans ce combat», a soutenu IBK.
Le Président IBK de poursuivre: «Ebola est rigoureusement combattue au Mali. Ebola sera vaincue au Mali, Ebola sera hors du Mali, hors d’Afrique, et du monde arrivera à éradiquer la maladie à virus Ebola, Inch Allah, grâce à l’engagement de chacun et de tous au quotidien». Au cordon d’entrée de la douane, le Président IBK a fait savoir qu’il ne tolérera aucune espèce de manque de rigueur.
«Manque de rigueur, il y a eu. Et cette manque de rigueur sera connue, les voies de droit y répondront», a-t-il martelé.
Ensuite, il faut saluer l’esprit d’anticipation du gouvernement, avec à sa tête le Premier ministre sortant, Moussa MARA, qui n’a ménagé aucun effort dans la lutte contre la maladie à virus Ebola. Il s’est rendu dans toutes les localités frontalières avec la Guinée, notamment Kourémalé, Kita, Kangaba… pour voir le dispositif sanitaire mis en place.
Le ministre de la Santé, Ousmane KONE et tout le département doivent être félicité. En effet, depuis, l’éclatement de la maladie dans la sous-région, en mars 2014, sous son impulsion, des dispositions préventives ont été prises, à travers un plan national de riposte et la mobilisation de tous les agents de santé.
Partout, et à tous les niveaux, les agents de santé se sont impliqués dans le traitement, et le suivi des personnes contacts. Toute chose qui a permis la non-propagation de la maladie.
L’accompagnement des partenaires techniques et financiers et la discipline citoyenne des Maliens ont été déterminants pour l’atteinte de ce succès.
En effet, ils sont nombreux les partenaires techniques et financiers à faire preuve d’une solidarité agissante, en faisant divers dons en matériels et en espèces au Mali. Quant à l’accompagnement populaire, contrairement aux citoyens de certains pays, les Maliens se sont soumis volontiers aux mesures et comportements, parfois à l’encontre de leurs coutumes, édictés par les agents de santé.

Les victimes de la maladie
Le Mali a enregistré un premier cas importé, à travers une fillette de 2 ans, venue de la Guinée. En effet, depuis la confirmation du premier cas de la maladie à virus Ebola, le jeudi 23 octobre 2014. Les services techniques du ministère de la Santé ont immédiatement engagé diverses actions, en vue de protéger la santé de la personne infectée ainsi que l’ensemble des personnes ayant eu un contact avec elle. De même, d’importants moyens ont été acheminés à Kayes pour la gestion de la situation. Ainsi, en plus du proche entourage de la malade, le personnel sanitaire l’ayant pris en charge a été mis en observation en vue d’éviter toute propagation du virus.
Dans ce cadre, les services de santé ont procédé à la désinfection totale des lieux de résidence et le moyen de transport utilisés par la malade. Aussi, les personnes-contact ont été identifiées et mises en observation par les services spécialisés.
Malgré ces efforts considérables déployés par les services de santé, l’enfant malade n’a pas pu survivre à l’infection, le vendredi 24 octobre 2014 à Kayes.
Toutes les personnes contact de la fille, notamment sa grand-mère et les membres de la famille de transit de Bagadadji et le personnel sanitaire, ont été mises en quarantaine.
Au moment où les autorités sanitaires s’apprêtaient à annoncer la sortie heureuse de la quarantaine des membres de la famille d’où la défunte fille et sa grand-mère ont transité à Bagadadji avant de se rendre à Kayes, est survient une situation plus explosive à la Clinique Pasteur, sise à ACI 2000 de Bamako.
Le Mali vient d’enregistrer officiellement un deuxième cas de décès dû au virus Ebola, en la personne d’un jeune infirmier de ladite Clinique privée, âgé de 25 ans, décédé des suites d’un contact avec un cas suspect venu lui aussi de la Guinée, nommé Oussou KOITA, qui y a séjourné vers le 20 octobre 2014, avant de décéder le 27 octobre 2014.
Au fait, le tout serait parti d’un cas suspect du nom de Moussa KOITA, âgé de 36 ans, commerçant, confirmé Ebola depuis et hospitalisé au Centre de Transit de Siguiri qui aurait amené son père du nom de Oussou KOITA, imam de Kourémalé, de Guinée, âgé de 70 ans à la Clinique Pasteur de Bamako vers le 20 octobre 2014.
De sources dignes de foi, il s’avère que le vieux Oussou KOITA, qui est le grand Imam de Kourémalé, côté Guinéen, a commencé à présenter les premiers signes vers le 17 octobre dernier à Kouramalé. Ainsi, dès le lendemain, 18 octobre, il aurait été conduit à la clinique privée Fidèle Castro de Siguiri par son fils Moussa KOITA. Après cinq jours de traitement sans succès, Moussa KOITA a décidé d’amener son père dans une nouvelle clinique de Kouremalé, cette fois-ci, du côté malien.
Après deux jours de traitement sans succès, le jeune KOITA a transporté d’urgence son père à la Clinique Pasteur de Bamako, à bord d’un véhicule personnel avec comme passagers: Namignan KOITA, 50 ans, 1ère femme de l’imam Oussou KOITA, Nassira SIDIBE, 40 ans, sa 2è femme et Lansiné KOITA, 50 ans, son petit frère.
Arriver à la clinique Pasteur, le 26 octobre dernier, Oussou KOITA a été hospitalisé et des examens biologiques et radiologiques lui ont été effectués.
Mais le lendemain 27 octobre, l’imam Oussou KOITA est décédé et son corps a été transporté dans une mosquée de Djicoroni Para.
Après lavage mortuaire, le corps du défunt a été transporté à Kourémalé Guinée où un enterrement non sécurisé a été fait, indiquent des sources sanitaires.
Notre source nous a précisé qu’après l’arrivée de l’imam et de sa famille à Bamako, un ami du défunt imam du nom de Issa KEITA, plus connu sous le nom de Issa Bléni, de nationalité guinéenne, résidant à Djicoroni, en CIV de Bamako, Rue Usine céramique a conduit la délégation à la Clinique Pasteur. D’ailleurs, ce dernier est resté en contact permanent auprès de l’imam Oussou KOITA, lors de son hospitalisation.
La même source dit avoir appris (par l’intermédiaire de sa famille à Siguiri) qu’Issa Bléni serait également décédé à Djicoroni Para où sa famille voudrait transporter le corps sur Siguiri pour qu’il y soit enterré.
Comme précédemment évoqué, c’est le jeune KOITA qui a transporté d’urgence son père à la Clinique Pasteur de Bamako, située en plein cœur de la zone ACI 2000.
Dans cette clinique, les services de santé ont procédé à des investigations sur un agent de santé déclaré avoir eu des contacts avec le vieux KOITA, le patient d’origine guinéen pris en charge par cette clinique privée.
Selon un communiqué officiel du ministère de la Santé, au cours des investigations, un prélèvement sanguin a été effectué le même jour sur le jeune infirmier.
Les résultats de l’analyse des échantillons se sont révélés positifs au virus Ebola, le lendemain mardi 11 novembre 2014.
Par la suite, il y a eu le décès du Dr DIOUMANDE, médecin de la Clinique Pasteur, qui était en traitement au CNAM Centre national d’appui à la lutte contre la maladie).

Le changement à l’épreuve du temps
Certes, avant la venue de la maladie à virus Ebola, les Maliens se lavaient les mains. Mais, la maladie a accentué cette pratique, devenu systématique et à tous les niveaux. Au point que certains sont devenus des commerçants de produits détergents.
Ces acquis sont à conserver par l’observation de ces pratiques. Car, en dehors d’Ebola, l’hygiène des mains permet de lutter contre les maladies diarrhéiques.
C’est pourquoi, nous persistons à rappeler qu’il nous faut revoir notre vécu social, et certains de modes légendaires, traditions, us et coutumes. Il est impératif sans aucune paranoïa de réinventer un nouveau ‘’vivre ensemble’’, pour minimiser les risques, afin de donner plus de chances et d’impacts aux actions de préventions et d’éradication du Mal.
La lutte contre la maladie à virus Ebola a mis à rude épreuve notre vécu social. Or, sans plaider pour un ermitage ou une interdiction de toute activité humaine, aux conséquences économiques incalculables, il convient de circonscrire les cérémonies sociales fastidieuses et futilement pompeuses (baptême, mariage, funérailles).
Finalement, les Maliens ont vite compris que seules l’union et la discipline pouvaient venir à bout de cette maladie.
Ainsi, les cérémonies publiques ont été minimisées et les funérailles, notamment le lavage mortuaire des morts suspects, confié aux agents de santé.
En plus, tout le monde s’est soumis volontiers au contrôle de sa température et la liste des voyageurs faite.
L’hygiène des mains est indispensable et elle doit continuer à être pratiquée partout et systématiquement.
La maladie Ebola a prouvé que les Maliens peuvent bien se passer des poignées de mains, des accolades, et des petits bisous par-ci, par-là.
Cette maladie a également prouvé qu’on peut ne pas approcher un proche parent, ami ou connaissance, décédé dans des conditions méconnues.
Par ailleurs, ceux qui se battaient au niveau des morgues pour avoir les corps à laver ont disparu.
Donc, c’est la preuve que l’on peut se passer de certaines habitudes, si les réalités du moment venaient à nous l’imposer.
C’est pourquoi, comme nous l’avions suggérer voilà un mois que nous avons abandonné notre traditionnel et légendaire «tègè kô minan» (le récipient dans lequel chacun lave ses mains avant le repas commun.
Alors, faut-il, après cette période d’épidémie, remettre en cause le «plat commun», trait culturel et caractéristique de notre société ?
Nous le déconseiller, sans aucun «toubabisme» en donnant toujours l’exemple du plat commun du Tô (chacun trempe sa tartine dans la même sauce commune, la porte à sa bouche et répète l’opération jusqu’à ce qu’il soit rassasié) ne peut offrir de garantie quant à la non-contagion tant que les modes de transmission de l’épidémie à virus Ebola restent assez flous.
Le gouvernement se devrait aussi de sensibiliser sur l’hygiène dans nos toilettes traditionnelles, la désinfection de toilettes communes, mais surtout l’interdiction des pratiques ancestrales qui prévalent toujours dans nos villes et campagnes: la bouilloire, la main gauche, sans aucun savon et sans antiseptiques.
Prudence, dit-on, est mère de toutes les suretés. Aussi, il faudrait rappeler avec force et gravité mais fraternellement à notre jeunesse que Ebola est pire que le Sida, que Ebola tue sans pitié.
Notre objectif n’était pas d’en rajouter à la peur, qui était visible sur chaque visage à Bamako, ou de créer une psychose inutile, mais de contribuer à la sensibilisation, à l’information et à l’éducation.
Tout est bien qui finit bien. Le Mali est blanchi de la maladie à virus Ebola. Mais, la prudence doit être toujours de mise. Car, la Guinée, d’où est partie l’épidémie actuelle en décembre 2013, demeure un des pays les plus affectés par Ebola, avec la Sierra Leone et le Liberia.
Le Mali est le troisième pays d’Afrique de l’ouest à sortir de l’épidémie, après le Sénégal, le 17 octobre (cas unique, guéri) et le Nigeria, le 20 octobre (20 cas dont huit morts). En Afrique centrale, la République démocratique du Congo (RDC) a connu une flambée distincte d’Ebola terminée, le 15 novembre (49 morts).
Par Sékou CAMARA




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