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lundi 22 octobre 2018
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Votre journal a 20 ans: le parcours, le positionnement, l’avenir

Info-Matin c’est, avant et après tout, une aventure humaine. En effet, plus qu’une histoire d’organe et/ou d’entreprise de presse, c’est une histoire de famille, d’hommes et de femmes, d’une part, liés par une amitié, une fraternité et une sororité très imbriquées et, d’autre part, mus par un idéal partagé quant à l’exercice des libertés démocratiques ; une volonté et un engagement communs pour l’ancrage démocratique et le progrès de notre Peuple.

L’histoire
Sans aucune forfantérie, dans le paysage médiatique de notre pays, il s’agit non de la plus belle mais d’une bien belle aventure pour des jeunes utopistes, sans « support » et sans aucun appui et, par dessus tout, désargentés comme de bons journalistes fauchés. Mais, puisque c’est l’aventure, il fallait se jeter à l’eau… peu importe la manière, pourvu d’atteindre l’autre rive.
Le Général De Gaule aimait dire « foncez, l’intendance suivra ». Les fondateurs de Info-Matin l’ont compris et ont fait du pragmatisme gaulien la pierre angulaire de leur projet : commencer un quotidien avec trois (03) veilles machines posées sur de vieilles tables en bois estropiées, quelques veilles bécanes, sans aucun fonds de roulement… mais avec une détermination inflexible de réussir et de faire de cette « Feuille de chou » un journal de référence incontournable.
20 ans après, sans fausse modestie, le résultat ne peut être qualifié d’échec. Au contraire. Grâce à Dieu et à vous, fidèles lecteurs, il est toujours débout « sur les remparts ». Info-Matin, le « qutotidien du Dibida », le « petit torçon de l’opposition »… le Quotidien des sans voix !
Aventure humaine, Histoire d’hommes. Le secret de Info-matin ? Ce n’est pas une marque déposée. C’est une histoire ordinaire d’hommes et de femmes ordinaires, avec des piques et creux, des mythes et des anecdotes, des sornettes et des bêtises. Après tout, dira mon vieil ami et compagnon de cette aventure, « Bon dieu, nous ne sommes pas des anges, mais des humains » avec nos qualités et nos faiblesses.
Retour sur quelques épisodes de cette aventure.

Pragmatisme
Pouvoir, c’est vouloir, dit-on. Nous avons voulu faire un journal indépendant, nous nous sommes armés de volonté et de détermination. Les moyens ? On va avec ce qu’on a, sans recours, comme c’était la pratique, au financement politique. Toutes choses qui exigent un alignement dont nous avions déjà goûté les contraintes quelque peu amères.
Notre challenge était donc de rendre possible une autre façon de créer, de financer et d’animer un journal. En effet, le principe arrêté de commun accord par les fondateurs (Sambi Touré, Mohamed Sacko, Sékouba Samaké, Yaya Traoré, Djélimakan Doumbia…) était donc de refuser tout apport extérieur, à partir du moment que l’objectif était de couper tout cordon ombilical avec les milieux politiques et les milieux d’affaires. Seule l’aide de la famille pouvait être acceptée, à condition que cela n’entache pas l’indépendance et l’objectivité de la ligne rédactionnelle.
C’est pourquoi, à ce jour, nous sommes fiers de dire à la face du monde qu’aucun homme politique et aucun opérateur économique n’ont un franc dans Info-Matin, ni dans sa création ni dans son capital.
Et c’est pourquoi, 20 ans après, aucun homme politique et aucun opérateur économique n’y ont leur mot à dire.
Ça ne fait pas des journalistes d’Info-Matin des super héros au-dessus de nos confrères, des scribouillards hors du commun, mais des professionneles qui pensent et rédigent par eux-mêmes, suivant ce que dicte leur seule conscience, des journalistes qui peuvent taper sur tout le monde et à tout moment, sans devoir à s’expliquer devant des Dieux étrangers, hors de la rédaction.
Toutefois, cela ne fait pas malheureusement d’eux des journalistes les plus riches du métier, mais des hommes et femmes en phase avec leur conscience et leur saccerdoce, des professionnels jouissant encore (en dépit d’une auto-censure improductive et en totale dephasage souvent avec leur électorat) de l’estime, de la considération et du respect dû à leur statut de journaliste de Info-Matin. Mais ça, ce n’est pas rien.

D’où vient Info-Matin ?
Cherchez et vous trouverez l’histoire et l’inspirateur de presque chaque canard africain dans l’Hexagone, pour des journalistes « colonisés » que nous sommes. On ne cherche pas très loin, ça existe en France, alors, c’est bon, on prend. Nous aussi, nous avons pris en France.
« InfoMatin » était un quotidien français qui n’aura duré que deux ans. Lancé le 10 janvier 1994 par Philippe Robinet, Alain Carlier, Alain Schott et Patrick Dutheil. Tiré à plus de 300.000 exemplaires, ce quotidien d’une formule nouvelle misait sur son format pratique (plus petit) et des articles courts et musclés pour atteindre de nouveaux lecteurs de la presse quotidienne. Mais sa vente s’est assez vite stabilisée autour de 70.000 exemplaires alors qu’il lui en aurait fallu deux fois plus pour être rentable.
Entré dans le capital à l’été 1994, l’ancien patron de Canal+, André Rousselet, décida d’arrêter la publication, le 9 janvier 1996, sans pouvoir annoncer la mort de François Mitterrand qui s’était produite la veille.
Voilà pour l’ancêtre.
Deux ans plus tard, Info-Matin ressuscite à Bamako.
Pourquoi ce titre et pourquoi pas un autre ? Entre le futur Directeur (Sambi Touré) et le Rédacteur en chef (Mohamed Sacko), le choix n’a pas été facile, car nous détenions déjà plusieurs récépissés de journaux. Info-Matin aurait pu s’appeler « Le Point », « L’Objectif » ou « Nouvel observateur », par exemple…Bref, après plusieurs palabres, le « Chef » cède sans trop grande conviction.
Le scepticisme, y compris dans les rangs, n’a pas manqué de germer et les réserves ont convergé de partout quant à la faisabilité et à la pérennité du projet.
Mais, des hommes et des femmes ont tenté de réléver le défi et de faire mieux que l’ancêtre. Et, à un ancien d’Info-Matin français venu nous rendre une visite de courtoisie, et qui disait qu’un canard mort ne porte pas chance, nous lui avons demandé des bénédictions…
En plus de la version papier, depuis octobre 1999, Info-Matin est sur internet. Son adresse weeb actuelle est : info-matin.ml

Long nuit de délivrance
Le Nom est choisi, restent le format et le contenu. Pour avoir gagné la manche du Nom, le fondateur tenta le mimétisme jusqu’au bout du zèle en proposant le même format que l’ancêtre. Fin de non recevoir, au niveau de l’imprimeur : « Ce n’est pas pratique avec les rames que nous avons ; en plus, c’est cher, vous ne pouvez pas payer ».
Le Red-chef prenait ainsi sa revanche. A égalité et en toute complicité, ils font ensemble, durant la deuxième quinzaine de décembre 1997, la première maquette de Info-Matin, après avoir pris contact avec l’Imprimeur, les revendeurs et certains abonnés… Parce qu’entre temps, un doublon, voire un « quotidien pirate » (Sud-info) avait choisi de paraître avant la date de lancement arrêté, pour brouiller les pistes et créer la confusion dans les esprits des lecteurs.
Un important ministre au parfum de la manoeuvre peu élégante chahutera à un de ses collègues qui a des liens géographiques avec le fondateur : « …Dogo, si vous faites le Sarokolé, normal qu’on vous dribble ».

A J-1 (le dimanche 04 janvier 1998), les 80% du premier numéro sont déjà mis en page. A 19h00, la maquette était à l’impression. En pleine crise énergétique, l’angoisse et l’attente commençaient…
A 02h00, munis des premiers exemplaires sortis des machines des EDIM, le fondateur frappe à la porte du Rédaction en Chef Sacko qui ne parvenait pas à fermer les yeux, mieux était sur le point de prendre sa « Minsk » (une superbe Bécame Russe) pour retourner à l’imprimerie…
05h45 munites, c’est le rendez-vous de la distribution, ils y sont tous devant les Edim. Le fondateur venu de Bamako-coura, le rédacteur en chef de l’Hyppodrome, son adjojnt Sékouba Samaké de Djicoroni, Yaya Traoré de Sotuba, Doumbia du Banconi.
Dieu merci, le journal est sorti.
Maintenant qu’on est sûr que le journal sera dans les Kiosques à 7h00, il fallait se changer, manger quelque chose et se lancer pour le second numéro.
C’est parti pour l’aventure.
20 ans après, chaque numéro est un stress ; et un pari gagné est toujours un défi rélévé, car en cas de non parution, le téléphone sonne toujours avant 7h00. Et certains lecteurs sont exigeants…

Qui tire les ficelles ?
Bien d’histoires, voire de sornettes, ont circulé, continuent et continueront de circuler à propos du pouvoir décisionnel au sein de votre journal.
Tous ceux qui ont travaillé à Info-Matin ou qui s’y sont interressés, au cours de ces deux décennies, savent comment fonctionne le canard et comment sont prises les décisions. En tout cas, eux savent que ce ne sont pas des fantômes qui dirigent et tirent les ficelles ; encore moins les fameuses « mains invisibles » qu’on ressasse à longueur de papiers au vitriol.
Que dire ? Sinon que chaque politicien « gentiment écorché», à défaut du Diable, ne voit que son adversaire derrière Info-Matin. Ainsi, avons-nous été « manipulés », voir « vendus » tour à tour à Choguel, à Alpha, à ATT, maintenant à IBK … Qui sait demain, si ce ne sera pas SBM ou Mara ?

Voici comment ça se décide à Info-Matin : la responsabilité est collégiale et supplétive au sein de la Rédaction quant à la recherche et au traitement de l’information.
Autrement dit, sauf en ce qui concerne la ligne rédactionnelle (non négociable) en l’absence de la chaîne traditionnelle de responsabilité (Dirpub, Red-chef ; encore qu’à Info-Matin, le Red-Chef a des pouvoirs décisionnels autonomes), tous les journalistes peuvent décider et engager la Rédaction.
Cette responsabilité est dévolue suivant l’ancienneté. Donc, si le Directeur et Rédacteur en Chef sont absents, même pour 30 minutes, c’est le plus ancien des journalistes présents qui a tous les pouvoirs et toutes les responsabilités rédactionnels pour engager Info-Matin.
Qui est alors derrière Info-Matin ? C’est Dieu et vous fidèles lecteurs. Tout le reste, c’est du baratin !

Les relations Info-Matin et IBK
Entre le Quotidien des sans voix et le président IBK, c’est une histoire vieille de 18 ans.
C’est en toute indépendance que la rédaction a décidé, sans qu’il ne nous le demande (à l’époque, il était notre cible quotidienne), de prendre fait et cause pour lui pendant la crise interne qui secouait la Ruche pour la succession du président Alpha Oumar Konaré.
A l’époque, chez le « Bourgeois » de Sébénikoro, ce n’était pas la cohue ! Et Info-Matin n’avait aucun problème avec ses amis chefs de partis du « COPPO » qui lui faisaient l’honneur de venir dans sa rédaction de temps à autre.
Info-Matin a choisi de parier sur IBK. Il l’a fait par conviction, par idéal de vérité et de justice. Convaincue était notre rédaction de l’injustice dont il était l’objet, mais aussi de son patriotisme, son leadership et de la pertinence de son projet qui est et reste immuable : le Mali, le Mali, rien que le Mali.
Entre soutenir un projet politique et s’engager politiquement aux côtés de l’initiateur, il n’y a pas un pas. De toute la rédaction, seuls Sambi Touré et Casimir Sangala l’ont, dès l’entame, franchi. Et les autres ?
Des hommes et femmes d’honneur et de dignité qui ont accepté, sans être obligés, d’accompagner IBK avec une très grande générosité et une très grande disponibilité depuis 2001.

Les millions du Chef
Le bruit a couru, comme toujours, en avril 2002 : le candidat IBK a acheté pour cinquante (50) millions le quotidiens des sans voix. Comme vous vous rappelez, nous étions en pleine campagne électorale. La rumeur devenait persistante, eu égard à notre position claire et tranchée en faveur du candidat IBK (ce que d’aucuns ont appelé volte-face). Elle a nourri à l’époque bien de crédulités. Même au sein de la rédaction, la confiance a pris un sacré coup et les convictions ont été à rude épreuve, voir quelque peu ébranlées.
Pour préserver la cohésion de l’équipe, le fondateur a été appelé à la barre lors d’un Conseil de Rédaction pour éclairer la lanterne des uns et des autres.
Pénible exercice pour un accusé que la rumeur avait déjà rendu coupable. Mais, puisque les « gars » savent que si « Yougo » a quelque chose, ça se sent… l’incident est vite clos ; car la fumeuse rumeur n’avait d’aucun but que d’atteindre la cohésion et de diviser l’équipe. Tout le monde l’a compris ; car le choix clair et net en faveur d’IBK a été une décision commune de la rédaction et non un diktat des deux Chefs, le directeur et son complice de red-chef.
De cette présidentielle truquée de 2002 à celle qui l’a porté au pouvoir, onze années plus tard, Info-Matin a cheminé avec IBK et l’a soutenu avec constance. Presque seul, envers et contre tout et tous. Les temps ont passé…

Pourquoi Info-Matin soutient toujours IBK et son régime ?
Des hommes et des femmes de devoir et de mission qui ont tout consenti et tout sacrifié au sein de Info-Matin afin que triomphent le projet et l’idéal du président IBK.
Pour l’histoire, le fondateur a dans une mise au point rendu hommage à ces hommes et à ces femmes de Info-Matin qui continuent de tenir avec dignité cette ligne de conviction et de sacerdoce (que certains qualifient de « ligne IBK-RPM » par dérision) dans des conditions loin d’être gratifiantes pour une équipe censée soutenir un pouvoir. Par conviction, fidélité et loyauté.
En dépit de toute la part qu’il a prise dans l’aboutissement du projet RPM, de 2000 à ce mois de janvier 2018, Info-matin n’a jamais reçu, ne serait-ce qu’une seule fois, la visite à son siège d’un représentant du président IBK ou d’un responsable du comité du RPM, pour nous dire simplement : « merci » pour l’accompagnement. Aujourd’hui encore, le parti RPM n’est même pas abonné à un seul exemplaire de Info-Matin. Et il n’y a aucun contrat d’aucune espèce entre Info-matin et le RPM.
Beaucoup d’eaux sont passées sous le Pont des Martyrs depuis que Info-Matin était le seul au front pour défendre l’homme d’Etat IBK, son idéal et sa vision… Mais nul regret, nulle amertume.

Info-Matin, journal du pouvoir ?
Suite à la mise en place du gouvernement Abdoulaye Idrissa Maïga, le Quotidien des sans voix, comme à chaque remaniement ministériel, a procédé au décryptage de l’équipe à travers une série d’analyses et de commentaires sans complaisance parues le mercredi 12 avril 2017, le jeudi 13 avril 2017 et le vendredi 14 avril 2017.
Des braconniers et des parjures politiques, des « navettans » mal recyclés en quête de pitance et les vieux caïmans situationnistes en perpétuelle migration ont saisi l’occasion de retourner non l’analyse mais les « Unes » de Info-Matin dans tous les sens au service de leur agenda.
Ce fut le tollé… une « forfaiture inacceptable » et « une trahison » de la part de Info-Matin.

Que n’a-t-on pas dit et rapporté ? Des réseaux sociaux aux plus hautes sphères de l’Etat ? Combien de coups de fil, de sms, de mails, d’entrevues pour demander de « mettre balle à terre », de « calmer le jeu », de « rentrer dans les rangs »…, ou au contraire encourager Info-Matin à « rompre enfin son soutien insensé à ce régime en déphasage avec les attentes et les aspirations du peuple ».
Les adversaires du régime ont jubilé. La République, pour trois jours, a tremblé.
On peut l’aimer ou non. Info-Matin n’est pas un journal comme les autres au regard de son audience, de sa place dans le paysage médiatique et de son positionnement clair et sans équivoque, depuis 18 ans, en faveur de l’actuel président du Mali.
Aussi, à ceux qui se délectaient dans la perspective de compter désormais Info-Matin de leur nombre, le Quotidien des sans voix a poliment répondu qu’il ne sera un trophée entre les mains d’une opposition revancharde qui a appelé avant-hier à l’embargo total contre le Mali, qui a appelé hier au gel de l’aide internationale contre le peuple et qui, depuis toujours, s’illustre par obstruction pour entraver le processus de paix et de réconciliation avec la seule ambition : rendre incontournable une Transition, synonyme de retour aux affaires.
En lançant Info-Matin le 5 janvier 1998, nous écrivions dans l’éditorial N°00 que le Quotidien des sans Voix ne ferait pas de cadeau au régime, mais qu’il ne serait pas non plus un missile uniquement et exclusivement braqué sur Koulouba. Notre combat, écrivions-nous, est et restera toujours celui de la vérité contre le mensonge, de la justice contre les abus et les exclusions, du mérite contre le clientélisme et le népotisme… Sur ce terrain, ce ne sont pas les seuls Princes du jour qui seront dans notre point de mire, sur notre tableau de chasse. Nous avons été et nous serons durs avec le régime ; mais ce serait tout aussi une injustice de taire ses succès et mérites ou de le critiquer pour le plaisir défiant de le critiquer.
A l’incompréhension compréhensive, voire à la colère au sein de la Majorité qui accompagne le président IBK, Info-Matin répond très amicalement mais très fermement assumer sans aucune esquive les récentes parutions qui lui valent tant d’injures et d’infamies… après tant d’autres « Unes » généreuses et élogieuses étalées sur 18 ans. Pour lesquelles, Info-matin, hélas, n’a pas eu de félicitations et d’encouragement.
Si entre amis, on ne peut pas se dire certaines vérités, partager certaines analyses et prospectives (qui du reste se sont imposées avec le temps) sans que cela donne autrement à penser, à quoi bon ! Qu’il soit permis à Info-Matin de paraphraser le président IBK lui-même : « Notre oui n’a de sens que s’il nous permet de dire non ».

Info-Matin devrait-il continuer à soutenir aveuglement IBK et son régime ?
Combattre le régime d’IBK serait, pour notre part à Info-Matin, une antithèse, un revirement, un infanticide. Continuer à être complaisant à son égard, à peindre tout en rose, à taire la vérité et en ne relayant pas les angoisses et les détresses qui émanent de peuple, serait une trahison. Et d’IBK et du Mali. Surtout en cette année 2018 où notre pays entre dans une zone de turbulence partisane dans un contexte de forte préoccupation sécuritaire.
Notre soutien affiché au régime et notre fidélité au président IBK ne peuvent et ne doivent rimer avec un silence coupable sur les défis, les enjeux et les questions de la nation. N’est-ce pas pourquoi on dit : « Qui aime bien châtie bien ».
Info-Matin n’a jamais zigzagué. Il ne déviera pas. Il ne transigera pas. Sa devise reste : patrie, devoir, constance.
La constance de sa ligne lui vaut votre respect, votre confiance et votre fidélité.
Info-Matin conserve intacte toute sa capacité de révolte et d’indignation. Nous sommes, et on le rappelle sans aucune intimidation, la rédaction la plus outillée en matière de « munitions » et d’archives de ces 20 dernières années.
Et la rédaction compte bien le prouver au cours de cette année.

Info-matin restera-t-il désormais un quotidien aligné ?
Oui, il l’est et le restera sur ses convictions et ses opinions.
Que la bonne foi et l’honnêteté partagent avec nous qu’il n’y a pas d’opinion et de position neutres. Ce que notre sacerdoce de journaliste exige, c’est beaucoup plus l’objectivité que la neutralité. L’impartialité étant en la matière comme le saint graal, une quête presqu’impossible.

Depuis 20 ans, bien d’eaux ont slalomé dans le lit de l’éternel Djoliba. D’excellentes équipes se sont relayées dans la rédaction, mais le journal est resté le même, le vôtre ; la ligne du journal immuable.
Que les fidèles lecteurs du Quotidien des sans voix se rassurent quant au contrat moral souscrit à l’entame. Hier comme aujourd’hui, Info-Matin « se veut le bras armé de l’intérêt de notre peuple et défenseur des faibles et des sans voix ».
Pendant 20 ans, le quotidien des sans voix s’est assigné comme objectif la contribution à la consolidation de l’ancrage et des acquis de notre démocratie (…).
Il est et restera le même faisceau, la même synergie de confiance entre une équipe et son lectorat. Sur des bases et lignes claires et nettes.
Aussi, faudrait-il comprendre que l’engagement politique personnel de son fondateur ne puisse impacter cette ligne rédactionnelle ancrée dans le marbre et dans le granite : défendre l’intérêt supérieur de la nation, l’unité et la cohésion nationale ; lutter sans concession et sans compromission aucune contre les abus, l’injustice, l’impunité, l’exclusion, la corruption, la prédation, l’improbité.
Au nom de l’héritage et de l’idéal qui a prévalu à sa création, voilà 20 ans, la bataille se poursuivra avec la même énergie et la même objectivité, la même constance et la même détermination. Sans aucune complaisance et sans aucune compromission. Comme par le passé, pour l’émergence d’un Mali de progrès et de justice sociale, d’un Mali de dialogue et de convergence, d’un Mali de liberté et de démocratie vraie, d’un Mali d’ambition et de vérité partagées.

Quel avenir ?
Le challenge d’après 20 ans du Quotidien des sans voix sera d’informer objectivement pour aider à comprendre et prendre part aux enjeux et défis qui assaillent notre pays et à participer pleinement au renouveau qui se profile à l’horizon. Pour un «mieux vivre ensemble», pour la paix à dompter ensemble, pour un Mali un et indivisible à forger et œuvrer en commun.

Pour relever ce challenge, le quotidien des sans voix entend s’assumer comme la voix de toutes celles et de tous ceux qui aiment le Mali. Celle de ceux qui souffrent dans le silence et dans l’anonymat de ce qu’est devenu notre Maliba et qui prient quotidiennement pour son unité, sa cohésion, son intégrité et sa réconciliation. Celle de toutes celles et de tous ceux qui aspirent voir leur Mali, notre Mali, célébré au firmament des grandes nations émergentes de progrès et de prospérité partagés. Celle de toutes celles et de tous ceux qui espèrent voir enfin prospérer demain un «avenir radieux ». Enfin la voix de toutes celles et de ceux qui pensent Mali, proclament Mali et agissent Mali.

Fidèles lecteurs, le Quotidien des sans voix vous dit MERCI pour votre soutien et votre attachement constants et s’honore de votre confiance, de votre patience et de votre tolérance.
Bonne et heureuse année 2018.

Sambi,
un exploiteur
Les « Chefs » n’ont pas beau rôle dans aucune entreprise quand il s’agit de la gestion des problèmes sociaux et humains, extra-professionnels ou de la défense de leurs avantages et revenus. Le personnel, à ce niveau, reste encore au stade du marxisme-léninisme primaire : le patron, c’est un exploiteur, point barre.
Selon le Fondateur, ce qu’il a le plus souffert dans sa carrière de « Patron de presse », de Nouvel Horizon à Info-Matin, c’est bien cela. Et pour cause ? Comment ce Sahélien peut-il comprendre et intégrer que des amis avec lesquels il a « fréquenté», « fait le chômage » et les 400 coups… seulement à cause d’une histoire de statut de journaliste, puissent le prendre comme le Diable, le suppôt du Grand capital, le tortionnaire, etc. Et pire cessent d’être ses amis ! De cela, il dit avoir souffert terriblement…
Par exemple lors d’un conclave, comme on a coutume d’en faire à Info-Matin, un de ses bons amis (qui n’est plus aujourd’hui dans la rédaction) lui répondra sèchement lorsque dans ses propos introductifs, il a dit « on est dans le même bateau » : « Je t’arrête, on n’est pas ensemble ; nous sommes des prolétaires et toi tu es du côté des exploiteurs… »
On en rigola ; mais il a senti comme un désaveu qu’à part lui-même, tout le monde autour de la table n’en pensait pas moins.

Un syndicat toujours corrompu
Pour une équipe d’une quinzaine de personnes aussi soudées, composées d’amis et de parents, y a-t-il besoin d’un syndicat ? Détrompez-vous, le syndicalisme est culturellement bien assise à Info-Matin ; mais un syndicalisme assez intégriste qui, comme la révolution, bouffent toujours ses chefs. En tout cas, les chefs (rédacteurs en Chef, bien que salariés) sont d’office exclus du syndicat… pour connivence logique avec le boss, disait toujours le Prince de Zambroula. Depuis…
Lors d’une rencontre autour des doléances du personnel, le Rédacteur en Chef (Sacko à l’époque) avait été désigné porte-parole. Transmettant ces doléances, au lieu de la première, il employa la troisième personne du pluriel : « les journalistes ont dit, ils souhaitent… »
« Voilà, s’écria le Traoré, il nous a trahis. Je vous ai dit, il est de connivence avec le Boss ».
Sine die, il a été destitué comme porte-parole… Et ainsi de suite ! Finalement, le syndicat est devenu un long serpent sans tête… au grand désespoir de l’exploiteur.

Histoire…

…. Des petites commodités
Les journalistes, vous le savez peut-être, sont des bons vivants. Ils ont bon goût, aiment faste et confort. Certes, ils ne demandent pas la luxure, et à défaut d’avoir un palace comme rédaction, ils apprécieraient avoir un cadre convivial avec le minimum de commodités.
A Info-Matin, cela a été arraché de haute lutte par un teigneux secrétaire général d’alors du syndicat. A chaque comité de rédaction élargi, il n’avait cesse de rappeler les promesses et d’inviter le patron à ne pas oublier les « petites commodités », comme le thé, le café…, « les rognons et foi gras » traditionnels de Info-Matin. Tous ces avantages dont les jeunes journalistes d’aujourd’hui bénéficient sans savoir comment ils ont été arrachés de haute lutte. A telle enseigne qu’on lui faisait la boutade au Syndicat en l’appelant « Monsieur Petites commodités »…

… de Karamoko Ni
Sékouba a été et reste une pièce maîtresse dans le dispositif de Info-Matin. Ami personnel du Directeur, homme de dialogue et de compromis, fin diplomate et ouvert, il est de tout temps le médiateur à l’interne, une sorte d’ombudsman envers le public. Mais, comme tout bon Bambara, il ne se laisse pas compter ni marcher sur les pieds.
Karamoko, c’est son petit nom en famille, comme tous les homonymes du saint de Kankan. Yaya TRAORE, gros farceur devant l’éternel, complice et compère de karamoko à l’époque, s’est permis un jour une tape amicale : allo, Karamokoni, comme ça va ? Mal lui en pris! Il se dressa du haut de son mètre 80 pour avertir son ami : si jamais tu répètes ce que tu viens de dire, je vais te maudire…
Et croyez-moi, on n’a jamais entendu parler de karamoko… à Info-Matin.

… de Souke et Sidiki
Tout le monde connaît le feuilleton Soukè et Sidiki. Et tout le monde sait que les journalistes ne sont pas très fans de feuilleton. Au moment où le feuilleton burkinabè fait tabac à Bamako (Sékouba ne suivait pas le feuilleton), un de nos confrères des Echos et ami personnel de Sékouba, Majid Thiam, qui a le sens des comparaisons et de la métaphore, s’est amusé à surnommer Sékouba et Yaya, Soukè et Sidiki.
Au début, on en riait et les deux compères n’en savaient rien. Lorsqu’ils l’ont compris, ils ont explosé de colère et juré d’aller faire sa fête à Majid jusque dans sa rédaction. Et depuis, personne ne fait plus allusion à Soukè et à Sidiki en présence du Chef.

… de la petite tribu
Le siège d’Info-Matin avait à l’époque l’avantage et le désavantage d’être au rez-de-chaussée de l’immeuble abritant le domicile du Directeur. En bon Sarakollé, il a une grande famille, de nombreux rejetons… Et souvent, comprenez, la coexistence crée la promiscuité, les enfants traînant partout, comme le dirait la chanson d’écolier, « courant par-ci, courant-là »… Alors, voilà que ce bon Prince de Zambroula, en bon journaliste au vocabulaire fertile, se permet d’appeler tout ça : « la tribu de Yougo »… sans ajouter au goût du Directeur « tabarik’Allah ». Et voilà encore que tout le monde commence à appeler le domicile du Directeur « la tribu ».
Sachant très bien que le journaliste n’avait pas tort sur toute la ligne, en voulant interdire le terme « tribu », le Directeur lui reproche d’exagérer une situation normale d’un Sarakollé normal ; et tout le monde se mit à rire. Un peu confus, il feint d’être fâché, en refusant de travailler ce jour pour rester avec ma « Tribu » et menacé de démissionner si ça continue.
Depuis, on a abandonné « la Tribu ».

Comme tu l’entends
S’il y a un autre homme qui a aussi marqué le parcours de Info-Matin, c’est bien Mohamed SACKO, premier rédacteur en chef du journal. Sacko, on le sait, est un bosseur comme tout bon « Sayouzard » et par dessus tout, il aime ce qu’il fait. D’une rigueur et d’une discipline communistes, Sacko terrorise, et tous ses journalistes savent qu’en matière de boulot, il n’est pas un rigolo. N’est-ce pas d’ailleurs pourquoi ils l’appellent « Président » ; entendez : il y a le Président, ensuite le Directeur.
Un jour que le Président était concentré, sur un article qui lui tenait à cœur (il tapait encore sur Alpha), il se voit interrompre par Sékouba (lui aussi apparemment tombait à bras raccourcis sur l’Adéma) qui lui demande comment s’écrit un tel mot. Sans se distraire, il lâche sec : écris comme tu l’entends. Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres.
Sékouba s’énerve : ne me dis pas une telle bêtise, je ne suis pas un bambin. En bambara, c’est encore plus intéressant : ka na ni batarakan fo nyè sa ; n’cèkoroba bè i nyininika, i ben jabi tan.
Du haut de sa responsabilité de Réd-chef, Sacko lance : « Retire ce que tu viens de dire ».
Sékouba réplique : koro Sacko, je ne retire rien. Sacko persiste : Sékou, tu vas retirer.
Sékouba : Koro, je ne retire pas…
La rédaction intervient pour ramener la bonne humeur entre les chefs; mais Sékouba, en tant que cadet a été mis à l’amende qu’il exécute à contre cœur.
Fin de l’histoire ?
Quelques jours plus tard, Sacko à son tour demande : Sékou, comment s’écrit un tel mot ? Revanche logique et cinglante : écris comme tu l’entends. Et Sacko à son tour d’exploser : c’est quoi cette histoire, je te demande comment ça s’écrit et tu me dis de l’écrire comme je l’entends (ka na ni batara kan fo nyè sa ; n’cèkoroba bè i nyinikan, i be n’jabi tan.) ?
Et tout le monde se mit à rire, malgré la colère du Chef, qui avait oublié que quelques jours auparavant, il avait donné la même réponse à Sékouba, réponse qui avait occasionné la même réaction. Depuis, on évite autant que faire se peut de répondre à Info-Matin par : écris comme tu l’entends.

… le règne des Coulibaly
Le Cousinage est le socle de notre société ; souvent, c’est comme un match à l’issue duquel le vainqueur doit toujours s’attendre à une revanche foudroyante. Il est arrivé un moment où par le hasard des circonstances, Info-Matin était devenu un repère de Coulibaly. Il s’est retrouvé avec plein de Coulibaly. Ils étaient cinq : Bakari Coulibaly dit Colonel (aujourd’hui Magistrat), Ibrahim Coulibaly dit IC (ASSEP), Cheick Oumar Coulibaly (aujourd’hui diplomate, conseiller au Ministère des affaires étrangères), Alhousseni Coulibaly (Consultant d’ONG à Kidal) auxquels il faut ajouter Moumouni Coulibaly (toujours à Info-Matin).
Etant en infériorité numérique, les autres les terrorisaient souvent par abus de pouvoir, ce qui ne marchait pas à tous les coups. Un jour que le Fondateur jouait au Patron, pour impressionner sa nouvelle épouse, une petite Konaté, il appela à la rédaction pour « donner des directives ». Manque de pots et de veine, il tombe sur un imbécile heureux de Coulibaly, Alhousseni, qui reconnut sa voix, mais lui non.
-Allo, passez-moi le Rédacteur en Chef
-Qui êtes-vous ?
-C’est moi.
-Moi qui ?
-Je vous dis c’est moi ?
-Moi je m’en fou de toi, si tu ne déclines pas nom, adresses et objet de ton l’appel, va voir ailleurs…
Surpris et dépité, il raccroche pour reprendre ses esprits et voir s’il ne s’était pas trompé de numéros. A l’époque, il n’y a pas de portable, c’était le Fixe. Sans faute, c’est le numéro du journal ; alors il revient à la charge impériale avec un ton impératif :
-Allo, Info-matin
-Oui
-Passez-moi le rédacteur en Chef
-Monsieur, vous êtes sourd ou borné ? Votre nom, adresse et objet de l’appel…
-Monsieur, je ne sais pas qui vous êtes, mais sachez que vous êtes en train de parler dans mon téléphone, pour m’emmerder…
Et l’imbécile heureux sachant qu’il a atteint son objectif de cousin en faisant péter les plombs au Directeur, rigola… Et tout honteux de s’être emporté, le Directeur jura de se venger. Jusqu’ici, il n’est pas parvenu à lui rendre la monnaie. Mais ça viendra un jour, dit-il, sauf si Dieu n’a pas créé les Touré, les Coulibaly.

…des mauvais génies de jeudi
Tous les psys vous le diront : le journalisme est la mère de tous les stress. Et dans un quotidien, les tensions ne manquent pas. Tous les professionnels le savent, dans le feu de l’action, les fins de semaine ne sont pas faciles, elles sont souvent orageuses dans les rédactions.
Jusqu’à une époque récente, chaque jeudi à Info-Matin, c’était « le golf », golf comme la guerre. Ce jeudi, dans après-midi, le petit Coulibaly (Alhousseni) était fatigué, à bout de nerf. Makan KONE (ancien président de la MP) qui était un frais et content d’avoir fini tôt le chahuta : « Mais, CAM (le petit nom d’Alhouss), tu es encore avec tes armes légères ? »
Et patatra, le Coulibaly explose : « ça suffit comme ça. Qu’on arrête de me regarder et de parler dans mon dos. Ce n’est pas parce que je suis à moitié touareg et que j’ai fait mon enfance à Kidal que je suis un rebelle. On m’a mis sur le PCASED, les armes légères, je fais mon travail ; mais ça ne signifie pas que je suis un rebelle. Je n’ai jamais touché une arme de ma vie… »
-Hé, hé, molo ; je ne parlais pas de ça, réplique Makan KONE.
-Tu parles bien de ça…
On tente de calmer le jeu, mais le petit Coulibaly continue de radoter. Pour détendre l’atmosphère et l’enrager davantage, Makan KONE (lui même à moitié touareg), provoque : si vous ne calmez pas votre petit « Suraka blenni » (peau blanche), je lui casse la gueule…
Et Alhouss de répliquer : n’es-tu pas toi-même un petit Touareg ?
Alors, où est ton problème, lui demande Makan ?
Le Coulibaly n’en avait pas. Tout ce qu’il avait, c’était la pression. C’est pourquoi, on appelait Makan, « Makan blenni » et Alhouss, « CAM armes légères ».

LA RÉDACTION




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