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mardi 20 avril 2021
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Zone aéroportuaire: l’ultimatum des femmes aux autorités

A la suite des points de presse et des assemblées générales organisés par les hommes pour dénoncer la démolition de la zone aéroportuaire, c’est au tour des femmes et les jeunes de se dresser sur le rempart pour servir de bouclier. Pour donner le ton de leur lutte, une grande assemblée générale a été organisée, hier jeudi, à Sirakoro Meguetana. Les femmes et les jeunes ont exprimé leur colère, mis en garde les autorités et exigé le dédommagement des victimes. Munies de balais, les femmes des villages et quartiers environnants de l’aéroport n’ont pas été du tout tendres avec les autorités de la Transition. Elles ont exprimé leur soutien total à leurs maris et se disent déterminer à se battre pour empêcher la reprise des démolitions.

Cette assemblée générale a mobilisé des femmes et des jeunes venus de Sirakoro, Tabokoro, Sénou, Missala, Gouana, Niamakoro, Tabakoro, Faladiè… C’était également en présence des chefs coutumiers et du président et des membres du Collectif des zones démolies.
Selon les femmes, cette première sortie a pour but d’inviter les autorités à revoir leur copie. Elles ont déclaré que si les autorités ne prêtaient pas attention à leurs préoccupations, les prochains jours seront décisifs à Bamako.
« L’aéroport est venu trouver nos villages sur place et nos maisons ne seront pas démolies. Si les autorités de la Transition veulent le bonheur, qu’elles nous laissent paix. Nos maris n’arrivent plus à dormir. Ce qui est sûr, nos villages ne seront pas démolis. Au Mali, les pauvres souffrent beaucoup », a fustigé une manifestante.
De son côté, une élève s’interroge : « comment le Président peut-il ordonner la démolition des maisons de nos parents ? Si les maisons sont démolies, comment nos parents pourront s’occuper de nous ? Au lieu de démolir les maisons, les autorités devraient construire des écoles pour les enfants ».
Le porte-parole des jeunes, Abdoul Salam TOGOLA, ancien secrétaire général du Bureau de Coordination de l’AEEM, a déclaré qu’après les sorties des hommes et des femmes, ils ne veulent plus entendre parler de démolition dans la zone aéroportuaire.
« L’aéroport ne vaut pas mieux que nos maisons. Que nos parents aillent dormir tranquillement. Aucune maison ne sera démolie ici, c’est fini. La question n’est plus de démolir, mais d’indemniser ceux dont les maisons ont été démolies », a fulminé l’ancien leader estudiantin. Il a lancé un appel aux autorités à casser sans délai les bornes qui délimitent la zone aéroportuaire.
A son tour, le président du Collectif des zones démolies, Aboubacar KANTA, a salué la grande mobilisation des femmes et des jeunes. Il a rappelé le contenu du communiqué du ministère des Affaires foncières qui indique que la suspension des travaux n’est pas synonyme de l’arrêt des démolitions. Aussi, souligne-t-il que le ministère a soutenu que ce n’est pas un manque de moyens financiers qui explique la suspension de l’opération de démolition. Selon lui, les autorités affirment avoir décidé de donner du temps aux occupants de vider les lieux avant de reprendre les démolitions.
Le président du collectif des zones démolies a affirmé que contrairement à ce que les autorités font croire, aucune sommation n’a été donnée aux occupants. « Aucune sommation n’a été donnée à personne. Aucun huissier n’est venu donner des sommations. Le Mali nous appartient à tous. Les autorités doivent comprendre que nous sommes aussi des Maliens », a déclaré Aboubacar KANTA.
Pour lui, le pays a d’autres priorités urgentes à régler au lieu de démolir leurs maisons. « Au centre du pays, l’État n’existe plus. Que les autorités envoient les forces de l’ordre dans ces localités. Qu’elles aillent sécuriser les écoles et lutter contre les terroristes », a affirmé le président du Collectif.
Il a expliqué que les victimes ont des documents livrés par les mairies en bonne et due forme. « Contrairement à ce que disent les autorités, nous avons des permis avec des quittances de l’État », a fait savoir M. KANTA.
Selon lui, l’espoir des victimes repose aujourd’hui sur la justice malienne. « Nous faisons confiance à la justice. Nous demandons aux juges de nous mettre dans nos droits. Nous demandons aux autorités de déplacer l’aéroport. Qu’elles recouvrent les milliards volés pour construire un nouvel aéroport. Nous resterons sur nos gardes et aucune maison ne sera démolie encore. Ils veulent nous diviser pour atteindre leur objectif, mais cela ne marchera pas », a rassuré le président du Collectif des zones démolies.

PAR MODIBO KONE




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