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dimanche 28 février 2021
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5e anniversaire de la CNAS-Faso Hère: le parti de Zou interroge l’histoire du Mali

Dans le cadre de la célébration de son 5e anniversaire, la Convention nationale pour une Afrique solidaire (CNAS-Faso-Hère), a organisé, hier mercredi, à la Maison des ainés une conférence-débat sur le thème : « Le Mali de 1960 à nos jours : Bilan, défis et perspectives ».

Présidée par Soumana SAKO, président d’honneur de la CNAS-FH, la conférence-débat était animée par l’ancien ministre Issa NDIAYE, professeur de philosophie et Harouna NIANG, économiste et ancien chef de cabinet de Soumana SAKO, ancien Premier ministre de la Transition de 1991-1992. C’était en présence du doyen Youssouf TRAORE, médaillé de l’indépendance du Mali, compagnon de lutte du Président Modibo KEITA ; du secrétaire général de la CNAS, Soumana TANGARA. On y notait la présence de plusieurs cadres, militants et sympathisants du parti.
Après le mot de bienvenue du secrétaire général du parti, la présentation des deux conférenciers et celle du témoin de l’histoire, le doyen Youssouf TRAORE par Soumana SAKO, l’honneur est revenu au Pr Issa NDIAYE de faire son exposé sur le thème du jour.

La vision du Président Modibo KEITA
D’entrée de jeu, il dira que la République du Mali est née dans les conditions très difficiles, dans un environnement qui lui était hostile. Non seulement la France s’est positionnée de manière hostile face au jeune État indépendant du Mali, mais elle a été aidée en cela par des pays voisins, le Sénégal avec lequel il venait de rompre (la Fédération du Mali) et la Cote d’Ivoire. Cela a conduit notre pays à des mesures de nationalisation des secteurs clés de notre économie avec notamment la création des sociétés et entreprises d’État grâce au concours des pays amis de l’époque (Chine et URSS) de bâtir une base à l’autonomie de l’économie nationale. Il en est de la création du Franc malien, mesure de souveraineté nationale.
D’autres outils de souveraineté nationale étaient relatifs à la création de l’armée malienne avec l’évacuation des forces françaises des bases maliennes.

Le point de départ de la dégénérescence du Malien
Selon le Pr NDIAYE, l’héritage le plus lourd de la période du CMLN à l’UDPM a été la sévère dégradation du matériel humain que le régime nous a légué. Cette période a transformé le Malien.
« La dégénérescence actuelle du Malien ne date pas de 2012, mais du 19 novembre 1968. On a décérébré le Malien ; on l’a coupé de ses racines ; on a renversé les valeurs qui faisaient les fondements de notre société. Les derniers sont devenus les premiers et ça continue ».
Devant un tel bilan effroyable, il n’est pas historiquement et socialement juste de dire que cette période a été faste pour le Mali, au contraire, elle a été plutôt une véritable catastrophe, a dit Issa NDIAYE.

Bilan moins reluisant de la période démocratique
L’ère démocratique qui avait semé l’espoir, les Maliens se sont soulevés en espérant qu’avec le départ du régime de l’UDPM, les choses allaient changer. Bien sûr, certaines libertés individuelles et collectives (liberté de presse, d’association, multipartisme intégral, etc.) ont été acquises à travers des luttes sanglantes.
La plupart des partis de l’époque, qui ont émergé de ces luttes héroïques des Maliens, ont beaucoup puisé dans le patrimoine politique et idéologique de l’UDPM. Ce fut « notre 1re erreur ». Le mouvement démocratique, au lieu de rompre avec le système d’antan, s’est plutôt coulé dans le système. Et à certains égards fait pire que la période de la dictature. ‘’Nous devons avoir le courage et l’honnêteté de l’admettre’’, a-t-il martelé.
Cette période dite du mouvement démocratique n’est pas non plus une période d’espoir, mais plutôt de désespoir pour les jeunes qui n’ont connu que cette période, parce qu’elle n’a construit aucune perspective dynamique, a indiqué le conférencier.
« Notre génération a été la pire des générations de l’histoire récente du Mali, car nous avons appris de nos aînés d’être structurés », a souligné le Pr N’DIAYE.
Notre génération doit cette chance au Président Modibo KEITA qui a façonné son esprit patriotique et lui a fourni des clés de lecture du monde et des contradictions de l’époque. Mais qu’ont-ils fait de ces acquis ? Que laissent-ils comme héritage à la jeunesse d’aujourd’hui ?
À son avis, ces questions méritent d’être répondues par la génération aux affaires.
La période démocratique a beaucoup abandonné les principes et valeurs du 22 septembre 1960 et du 26 mars 1991, selon Issa N’DIAYE. Elle a aussi accéléré le processus de privatisation et les programmes d’ajustement structurel.
« Tout a été saccagé dans ce pays. Nous ne savons plus rien faire. Nous ne savons plus rien produire. Nous importons tout », a-t-il regretté avant de lancer : « devant les résultats catastrophiques de l’ère démocratique, il ne sert à rien d’être démocrate ».
La période de démocratique a aussi connu des politiques d’abandon de souveraineté.
En effet, un des grands symboles de la souveraineté du Mali qui consistait notre fierté n’était pas d’abriter de bases étrangères sur notre territoire national. Cette fierté a été abandonnée de la plus mauvaise manière, a-t-il regretté. Toute chose qui constitue, selon lui, le dernier coup porté à l’héritage politique de Modibo KEITA à qui un hommage national a été récemment rendu par les « fils » du pays.

En perspective
Si les Maliens doivent se retrouver, il n’y a qu’un seul creuset, c’est le patriotisme. Nous devons rebâtir la confiance dans ce pays ; nous devrions aimer ce pays. « C’est parce que les Maliens n’aiment pas le Mali qu’il est arrivé ce qui lui arrive aujourd’hui », est-il convaincu
Si nous voulons nous en sortir, il nous faut reconstruire un projet de souveraineté nationale qui doit se décliner en différents thèmes : sur le plan économique, par une politique de contrôle des ressources nationales des secteurs essentiels, à travers des mesures de nationalisation.
À son avis, c’est aujourd’hui une mesure économique incontournable.
À ceux qui feront prévaloir la mondialisation, il leur répond que cette mondialisation est faite sur notre dos.
Aussi, préconise-t-il, la souveraineté monétaire, car soutient-il, aucun pays ne s’est développé avec une monnaie, contrôlée par l’étranger.
Le CFA (Colonies françaises d’Afrique) selon les chercheurs, ce sont les Allemands qui ont imposé ce contrôle financier sur la France lors de l’occupation : et les Français l’ont utilisé dans ces anciennes colonies.
Par ailleurs, Issa NDIAYE a proposé le renouvellement de nos outils de défense. Tant que le Mali ne bâtira pas les principes de la souveraineté nationale de l’autonomie à notre défense, il ne s’en sortira jamais.
Le combat le plus essentiel, c’est la fondation de l’homme malien. C’est là où le dégât est le plus important. « Au regard de ce que nous sommes, on est en droit de dire qu’il n’y a plus de Maliens, caractérisés par un individualisme exacerbé et l’appât de gain facile ». (Djeni ka gnimi). Cette situation a amené notre pays des impasses terribles surtout pour la jeunesse dont il urge de refonder aujourd’hui, martèle le Pr NDIAYE. Pour ce faire, il suggère l’instauration de la Journée du patriote.
Le dernier point évoqué a concerné la réconciliation nationale. Sur la question, Issa NDIAYE estime qu’au regard des graves violations des droits de l’homme, la justice doit précéder la réconciliation.
L’intervention du second conférencier a porté surtout sur les aspects financiers.
Le doyen Youssouf TRAORE, Soumana SAKO et d’autres participants n’ont pas manqué de faire des témoignages sur les différentes Républiques et des propositions de solution pour l’avènement d’un nouveau « Malien ».
Les activités du 5e anniversaire de la CNAS-FH se sont poursuivies par l’organisation d’un match de football à l’honneur du président d’honneur du parti, Soumana SAKO, sur le terrain de la Commune V du District de Bamako.

Par Sékou CAMARA




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