Depuis plusieurs jours, des principaux axes routiers d’accès à la ville de Nioro du Sahel sont sous pression. Les mouvements d’aller et retour des populations sont paralysés depuis plusieurs jours par les terroristes. Un blocus qui ne dit pas son nom dont les conséquences laissent une ville aux arrêts avec une vertigieuse flambée des prix.
La ville lumière, Nioro du Sahel, cible des groupes terroristes depuis des mois paie encore depuis quelques jours les conséquences du blocage de ses principaux axes d’accès. Une situation de blocus imposé par les terroristes pour punir les populations, comme disaient-ils, pour avoir apporté leur soutien aux Forces armées maliennes (FAMA).
« Depuis le 1er janvier 2026, la zone de Diéma et ses alentours connaît une situation de blocage sécuritaire préoccupante. Les véhicules de transport en commun sont à l’arrêt, à l’exception de quelques cars de la compagnie SONEF actuellement stationnés en Mauritanie ou en transit », nous confie Oumar Ibrahim SANGARE, un habitant de la ville. Selon lui, il n’y a plus de compagnie de transport qui desserte directement Nioro du Sahel, refusant de prendre le risque de se faire attaquer comme avaient promis les terroristes.
« Pas d’entrée ni de sortie des transports à Nioro. Les compagnies s’arrêtent au niveau du carrefour de Dièma. Pour ceux qui veulent rallier Nioro optent pour des axes secondaires, tout en priant ne pas croiser ces groupes armés ou avoir des arguments solides pour sa défense », décrit, pour sa part, Issa BAH le calvaire de la population. Selon lui, « nous sommes soumis à un blocus », soutenant que même les habitants de la ville qui ont leur lieu de travail à 2km sont contraints de rester à la maison. Le scénario, commente-t-il, personne et ne sort sans l’autorisation des terroristes. Pour lui, voyager vers Nioro du Sahel n’est plus un simple déplacement, mais une épreuve psychologique, où chaque kilomètre parcouru devient une source d’angoisse. Les axes secondaires, souvent impraticables ou peu sécurisés, se transforment en itinéraires prisés pour des voyageurs.
Conséquence, cette situation rallonge considérable des temps de trajet, souligne M. BAH, rapportant que l’une de ses connaissances, ayant décidé de braver le risque a mis plus de 24 heures entre Bamako et Nioro du Sahel, une distance de 337 km qui est parcourue en temps normal en 6-7 heures.
Ce prix à payer est le moins risqué, commentent plusieurs de nos interlocuteurs qui témoignent une situation aux conséquences graves pour la stabilité de la localité, laissant place à la terreur. « Le dimanche 4 janvier deux mes oncles ont été enlevés sur l’axe Bamako Nioro par des terroristes. Maintenant, ils ne demandent plus tes relations avec Nioro. Ils embarquent systématiquement tous ceux qui ont pour destination ladite localité », enrichit Mohamed DIAWARA, un commerçant dans un village situé à quelques km de la ville de Nioro.
Ce témoignage révèle une évolution inquiétante dans le mode opératoire des groupes armés. Désormais, la simple intention de se rendre à Nioro du Sahel suffit à faire de tout voyageur une cible potentielle. Une stratégie qui vise clairement à isoler la ville et à décourager toute tentative de ravitaillement ou de déplacement.
Au-delà de la ville elle-même, de nombreux villages environnants se retrouvent subséquemment isolés. Ces localités, dont l’économie repose essentiellement sur l’agriculture, l’élevage et les petits échanges commerciaux, voient leurs activités génératrices de revenus totalement paralysées. « Nous commerçants, sommes contraints de rester sur place. Beaucoup d’entre nous, ne veulent plus risquer d’aller s’approvisionner en produit dans les grandes villes. C’est pourquoi, dans des villages, il n’y a plus grande chose pour assurer l’alimentation ou faire la cuisson. Tout se fait avec les moyens de bords », indique le commerçant.
Ce second blocus d’ampleur provoque une raréfaction progressive des produits alimentaires, du carburant, mais aussi des intrants agricoles. Les marchés hebdomadaires, autrefois animés et lieux d’échanges sociaux, se vident peu à peu. Les populations, privées de revenus, entrent dans un cycle de vulnérabilité accrue, où la survie quotidienne devient l’unique préoccupation. « La ville de Nioro dépend beaucoup de ses communes rurales pour ravitailler son marché. Avec les perturbations sur les routes d’accès, le panier de ménagère souffert. Les prix de certains produits ont doublé. Pire, avoir le bois de chauffe est un véritable calvaire. Les étalages des commerçants au marché principal de Nioro sont vides », explique le jeune BAH.
Cette flambée des prix affecte particulièrement les ménages les plus modestes. Le riz, le mil, le sucre, l’huile, mais aussi les légumes frais se font rares et coûteux. Le bois de chauffe, essentiel pour la cuisson des aliments, devient un produit de luxe. Avant d’ajouter : « Depuis des décennies, Nioro du Sahel est favorisée par sa proximité géographique avec la Mauritanie. Elle facilitait jusque-là l’accès à des produits abordables. »
Cette proximité transfrontalière, longtemps considérée comme un atout économique majeur, ne joue plus pleinement son rôle en raison de l’insécurité sur les axes de circulation. Les échanges avec la Mauritanie, bien que toujours possibles dans certains cas, restent limités et incertains, accentuant la fragilité de l’économie locale.
Le Blocus ne touche pas seulement la mobilité, mais pèse lourdement sur l’ensemble du tissu économique de Nioro du Sahel. Les acteurs du secteur informel commerçants, transporteurs, artisans voient leurs revenus chuter brutalement. Même le secteur formel, relativement restreint dans cette zone, commence à ressentir les effets à moyen terme, avec des difficultés d’approvisionnement, des retards de livraison et une baisse générale de l’activité.
PAR SIKOU BAH
*Pour des raisons de sécurité, les noms des intervenants dans ce article ont été modifiés.