Ce 13 janvier 2026 restera comme une date charnière dans l’histoire récente du football malien. Treize membres du Comité exécutif de la Fédération Malienne de Football (FEMAFOOT) ont officiellement remis leur démission, accomplissant ainsi une démolition statutaire d’une efficacité mécanique. Résultat : le mandat de Mamoutou « Bavieux » Touré à la tête de la FEMAFOOT est juridiquement terminé. Une issue provoquée par la machine à démissions plutôt que par un miracle sportif ou une amélioration du jeu des Aigles.
Conformément à l’article 38.10 des statuts de la FEMAFOOT, si plus de 50 % des postes au sein du Comité exécutif deviennent vacants, le secrétaire général est tenu de convoquer une Assemblée générale extraordinaire dans les délais impératifs, ce qui a pour effet de constater la fin automatique du mandat du président en exercice. Treize démissions sur un effectif institutionnel réduit font largement perdre ce quorum, faisant tomber le Gouvernement du football malien comme un château de cartes sous une bourrasque.
Bonne ou mauvaise
nouvelle ?
Elle est, comme souvent dans notre cher football national, à la fois bonne, mauvaise, drôle et tragique : un cocktail explosif qui pourrait servir à rebondir ou à faire une tragédie en quatre actes.
C’est une bonne nouvelle pour les puristes de la transparence et de la gouvernance : la FIFA et la CAF adorent ça : une fédération qui se réorganise soi-même, sans intervention bourrine de l’État, qui respecte ses propres statuts, et qui semble enfin décider que le Mali n’est ni un royaume ni un équipage de Titanic musical. Le football malien devait se ‘’repolitiquer’’ ; il a d’abord politisé sa chute.
C’est une mauvaise nouvelle pour les supporters et les clubs : dans l’état actuel des choses, cette crise institutionnelle pourrait stopper la machine compétitive malienne juste au moment où elle devait enfin reprendre de l’élan. Démission de masse rime trop souvent avec baisse de performance, volatilisation des ressources, blocage des financements et peur bleue de la paralysie FIFA/CAF.
Entre justice,
gestion et survie
Pour comprendre ce séisme, il faut remonter à l’origine : un boss de fédération omniprésent, réélu malgré les tempêtes judiciaires. Mamoutou Touré, dit « Bavieux », avait été arrêté en août 2023, accusé d’atteinte aux biens publics, faux et usage de faux, d’affaires extérieures à la FIFA mais qui avaient fini par faire tache d’huile dans l’opinion et les instances locales. Malgré cela, il fut réélu président alors qu’il était en prison, une situation aussi surréaliste que lorsqu’un capitaine de navire reste à la barre après que le bateau a coulé.
Près de deux ans après, son arrestation n’a pas calmé les esprits ; elle a cristallisé les divisions internes. Une partie du Comité exécutif a fini par jeter l’éponge, préférant la sortie collective à l’éternel remake de « Va-y, je te tiens » politique. Le bras de fer avec le ministère des Sports, les pressions externes et l’usure institutionnelle ont transformé la FEMAFOOT en une arène plus agitée qu’un derby Bamako–Bougouni.
Quelles incidences sur le football malien
Le court terme s’annonce périlleux :
•gel des activités fédérales : sans comité exécutif, difficile d’organiser ligues, championnats et sélections ;
•risque d’ingérence externe : la FIFA pourrait imposer une Commission de Normalisation, comme déjà entamé de fait dans plusieurs crises équivalentes ;
•choix techniques bloqués : du sélectionneur national aux nominations d’arbitres et de cadres compétitifs, tout risque d’attendre une nouvelle gouvernance stable.
Toutefois, le malaise de la FEMAFOOT peut devenir une belle opportunité à condition que les acteurs footballistiques sortent de leurs habitudes de château de cartes. Trois scénarios pourraient se dessiner :
1.Renaissance institutionnelle : une assemblée générale extraordinaire propre, transparente et inclusive qui élira un comité exécutif capable de réconcilier clubs, supporters, ligues et partenaires internationaux.