À la veille du Ramadan 1447, qui débute ce mercredi 18 février 2026 dans notre pays, la question de l’électricité s’impose comme l’une des préoccupations majeures des ménages et des entreprises. Dans un pays où les coupures ont parfois rythmé le quotidien jusqu’à l’exaspération, l’intervention du Directeur général de l’Énergie du Mali (EDM-SA), le commandant Madani Dravé était attendue avec autant d’espoir que de scepticisme.
Son message (sur les antennes de l’ORTM) se veut à la fois lucide et mobilisateur. Pas de promesses spectaculaires, pas de chiffres irréalistes, mais une ligne directrice : remettre d’abord en état ce qui existe, stabiliser, assainir, puis transformer. Dans un secteur marqué par des années d’accumulation de dettes, de vétusté des réseaux et de dépendance au thermique coûteux, cette approche graduelle tranche avec les annonces tonitruantes du passé.
Réparer avant de bâtir
Le nouveau DG ne nie pas l’ampleur des difficultés. Centrales à l’arrêt, réseau fragilisé, croissance rapide de la demande, tensions financières : le tableau est connu de tous les Maliens. La différence tient au ton adopté. Il ne s’agit pas d’une rupture brutale avec les prédécesseurs, mais d’une continuité assumée dans un contexte structurellement difficile.
La priorité affichée est claire : réhabiliter l’existant. Remettre en service les centrales à l’arrêt, renforcer les réseaux de transport et de distribution, améliorer la maintenance. Avant d’élargir le mix énergétique, il faut stabiliser la base.
Cette logique répond à une réalité technique : produire davantage sans sécuriser les réseaux revient à déplacer le problème. La fiabilité passe par la cohérence entre production, transport et distribution.
Souveraineté et rationalité
économique
Au-delà de l’urgence, la vision affichée s’inscrit dans une stratégie à moyen et long terme. Les centrales solaires en chantier à Safo, Takadougou et Sanankoroba constituent le cœur de cette transformation. L’objectif est double : réduire la dépendance au thermique importé, coûteux et vulnérable aux fluctuations internationales, et inscrire le Mali dans une trajectoire de souveraineté énergétique.
Le solaire n’est pas présenté comme un slogan écologique, mais comme une nécessité économique et stratégique. Dans un pays au fort potentiel d’ensoleillement, le choix est rationnel. La question n’est plus de savoir s’il faut diversifier, mais à quelle vitesse et avec quelle capacité d’exécution.
L’horizon 2033, aligné sur la stratégie nationale de développement, dessine une ambition claire : « faire du délestage un souvenir lointain ». Cette projection engage la crédibilité de la direction actuelle de EDM SA.
Gestion maîtrisée
plutôt que miracle
Pour le mois de Ramadan, période de forte consommation nocturne, les annonces se veulent prudentes. Pas de garantie d’alimentation continue 24h/24, mais un engagement renforcé sur la communication et l’organisation. La priorité accordée aux hôpitaux, aux services d’urgence et aux infrastructures critiques constitue un signal de responsabilité. Dans un contexte de pression sur le système énergétique, protéger les secteurs vitaux est un impératif.
Le choix de la transparence sur les plannings de délestage peut également changer la perception des usagers. Une coupure annoncée et respectée est moins frustrante qu’une interruption imprévisible. Permettre aux familles d’organiser les repas de rupture du jeûne, les prières nocturnes ou les activités commerciales relève d’une gestion plus mature du service public.
La question centrale demeure toutefois celle de l’effectivité : les plannings seront-ils respectés ? Les interruptions seront-elles réellement maîtrisées ? C’est là que se jouera la crédibilité de la nouvelle direction de l’Énergie du Mali.
Assainissement financier
et mobilisation interne
Le redressement d’EDM-SA ne se limite pas à la production d’électricité. L’assainissement financier engagé, avec le remboursement partiel des dettes fournisseurs et le soutien massif de l’État, vise à restaurer la confiance des partenaires et à fluidifier les approvisionnements.
La régularisation des statuts du personnel et la mise en place d’un système de motivation interne répondent à une autre réalité : une entreprise fragilisée techniquement ne peut se redresser sans agents mobilisés. La démotivation chronique coûte autant que les déficits budgétaires.
Moderniser le site web et améliorer la relation client peut sembler secondaire face aux délestages, mais la qualité de la communication conditionne la perception du service public. Une entreprise nationale forte doit aussi être transparente et accessible.
Entre attentes populaires et patience stratégique
Les Maliens sortent de plusieurs années de tensions énergétiques sévères. Dans certaines zones, les coupures ont dépassé 15 à 20 heures par jour. Cette mémoire collective pèse sur toute annonce. Les engagements du DG Dravé apparaissent cohérents sur le papier. Ils touchent aux racines du problème : vétusté, dépendance thermique, déséquilibre financier, gouvernance interne. Mais la population attend des effets visibles à court terme.
Le Ramadan constitue un test immédiat. Si les délestages sont mieux organisés, moins longs, mieux expliqués, la confiance pourra commencer à se reconstruire. En revanche, si la situation reste chaotique, le discours, aussi rationnel soit-il, perdra en impact.
Énergie et souveraineté
Au-delà de la technique, l’électricité est devenue un enjeu de souveraineté. Un pays qui ne maîtrise pas son énergie reste vulnérable économiquement et socialement. La vision affichée s’inscrit dans le récit plus large d’un Mali qui veut compter d’abord sur ses propres ressources.
Cette orientation implique cependant rigueur et constance. Les centrales solaires doivent être livrées dans les délais. Les réseaux doivent être renforcés. La lutte contre la fraude et les branchements anarchiques doit être intensifiée. Les usagers ont aussi un rôle à jouer : paiement régulier des factures, respect des normes, signalement des installations illégales. Le redressement ne peut être unilatéral. Il suppose une discipline collective.
Espoir mesuré, vigilance citoyenne
La problématique énergétique de notre pays repose sur une équation complexe : croissance démographique rapide, urbanisation accélérée, industrialisation souhaitée, contraintes budgétaires, contexte sécuritaire exigeant.
La réussite du plan dépendra de la synchronisation de plusieurs facteurs : efficacité technique, stabilité financière, soutien politique, confiance des partenaires et patience sociale.
Le DG Madani Dravé a choisi une posture mesurée. Il n’a pas promis l’impossible. Il a parlé de continuité, d’efforts, de chantiers en cours. Cette prudence peut être perçue comme un signe de sérieux.
Comment les Maliens doivent-ils recevoir ces annonces ? Ni avec naïveté béate, ni avec cynisme systématique.
L’espoir est légitime : des actions concrètes sont engagées, des centrales sont en chantier, des dettes sont remboursées, une stratégie existe. Mais la vigilance l’est tout autant : seule la réduction tangible des délestages, dans les prochains mois, consacrera la crédibilité du redressement.
Le Ramadan 2026 sera un premier révélateur. Si les soirées de rupture du jeûne se déroulent dans des conditions plus stables que les années précédentes, un signal fort sera envoyé.
L’épreuve de la lumière
L’électricité ne se juge pas aux discours mais à l’interrupteur. Un service fiable transforme la vie quotidienne, soutient l’économie, apaise les tensions sociales.
Le plan présenté trace une voie cohérente vers la stabilisation puis la transformation du secteur énergétique malien. Il combine réhabilitation, diversification solaire, assainissement financier et mobilisation interne.
Le défi est immense. Mais la clarté du cap, si elle est suivie d’une exécution rigoureuse, peut ouvrir une nouvelle étape.
À l’aube du Ramadan 1447, les Maliens attendent plus que des mots : ils attendent de la lumière. Si les promesses se traduisent en ampoules allumées et en ventilateurs fonctionnels aux heures cruciales, alors le redressement d’EDM-SA commencera à prendre corps. Mais déjà le langage de vérité est un bon signal.
Le reste appartiendra au temps, à la discipline collective et à la capacité de transformer une ambition nationale en réalité électrique durable.
Barakallahou Fikoum
PAR EL HADJ SAMBI TOURE