Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a alerté ce mardi 2 juin sur la détérioration de la situation humanitaire au Sahel. Dans son Aperçu des besoins humanitaires 2026, l’organisation estime que plus de 24 millions de personnes auront besoin d’aide dans une région marquée par la persistance des conflits, les effets du changement climatique et les déplacements de populations.
« Il n’y a pas de crise unique au Sahel », souligne le document dont le contenu est rendu public ce mardi 2 juin, indiquant que les conflits armés, les phénomènes climatiques extrêmes, l’insécurité alimentaire et les difficultés économiques ont fragilisé davantage des populations déjà vulnérables.
Une crise qui dépasse les frontières
Les Nations unies observent que l’insécurité continue de s’étendre au-delà du Sahel central. Alors que les violences persistent au Burkina Faso, au Mali, au Niger, dans le bassin du lac Tchad et dans certaines régions du Cameroun et du Nigeria, les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest sont également confrontés à une pression sécuritaire croissante.
Dans le Sahel central et le bassin du lac Tchad, les groupes armés continuent de provoquer des déplacements massifs de populations et de limiter l’accès aux services essentiels. Les populations affectées font face à des difficultés accrues pour accéder aux soins de santé, à l’éducation, à l’eau potable et aux moyens de subsistance.
Selon le rapport, la région compte actuellement 5,8 millions de déplacés internes ainsi que 2,6 millions de réfugiés et demandeurs d’asile.
Les organisations humanitaires alertent également sur les conséquences du changement climatique qui accentuent les vulnérabilités existantes.
Au Sahel, les températures augmentent plus rapidement que la moyenne mondiale. Les précipitations deviennent plus irrégulières tandis que les inondations, les sécheresses et la dégradation des terres se multiplient.
Ces phénomènes réduisent progressivement la résilience des communautés rurales et aggravent l’insécurité alimentaire dans une région où une grande partie de la population dépend directement de l’agriculture et de l’élevage.
Selon les données présentées dans le rapport, plus de 15 millions de personnes se trouvent déjà dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë.
Pour répondre à l’urgence humanitaire, les agences des Nations unies et leurs partenaires prévoient de venir en aide à 15,3 millions de personnes à travers la région en 2026. Parmi elles, 8,3 millions sont considérées comme prioritaires.
Les interventions porteront notamment sur la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation, l’accès à l’eau et à l’assainissement ainsi que la protection des populations vulnérables.
Le coût financier des besoins
Toutefois, les besoins financiers demeurent considérables. Les opérations humanitaires nécessitent environ 3,7 milliards de dollars américains, soit plus de 2 089 milliards de francs CFA. Or, au 15 mai 2026, seulement 21 % des financements attendus avaient été mobilisés.
Les Nations unies soulignent que la baisse importante du financement humanitaire enregistrée en 2025 a déjà contraint plusieurs organisations à réduire leurs activités, à limiter leur présence dans certaines zones et à concentrer leurs ressources sur les interventions vitales les plus urgentes.
Face à cette situation, les acteurs humanitaires plaident pour une réponse collective associant gouvernements, organisations régionales, partenaires internationaux et bailleurs de fonds.
Le rapport insiste sur la nécessité d’un financement plus stable et prévisible, du respect du droit international humanitaire par les acteurs armés et du renforcement des mécanismes de protection des populations civiles. Il appelle également les organisations régionales à favoriser le dialogue politique et la recherche de solutions durables aux causes profondes de l’instabilité.
Au-delà de l’assistance d’urgence, les Nations unies estiment que la réponse aux défis du Sahel nécessitera des investissements durables dans la résilience des communautés, les services essentiels et la prévention des conflits.
Malgré l’ampleur des défis, le document souligne la capacité de résistance des populations sahéliennes. « Le Sahel ne se définit pas uniquement par les crises. Il se définit par la résilience de ses populations», rappelle l’organisation, appelant la communauté internationale à soutenir cette résilience afin qu’elle ne soit pas épuisée par la succession des chocs qui frappent la région.
PAR SIKOU BAH