Le gouvernement malien vient de poser un acte d’une extrême dureté stratégique en s’attaquant de front aux fondements matériels de la guérilla asymétrique. Par un doublé législatif publié ce mercredi 3 juin 2026, les autorités de la transition ont activé une double tenaille logistique. D’un côté, elles coupent l’importation et interdisent la circulation rurale des motos de 125 cm³ et plus. De l’autre, sous la bannière de l’opération Dougoukoloko, elles transforment des dizaines de forêts classées et espaces protégés en zones d’intérêt militaire interdites d’accès. L’objectif politique et militaire saute aux yeux : asphyxier les réseaux djihadistes en les privant simultanément de leurs outils de mobilité rapide et de leurs sanctuaires naturels.

L’asphyxie mécanique des escadrons légers
Dans l’immensité du théâtre sahélien, la moto de forte cylindrée n’est pas un simple moyen de transport. C’est le vecteur tactique absolu du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et de l’EIGS. Elle permet les raids éclairs contre les villages isolés, le ravitaillement furtif et un évitement efficace des frappes de drones. En proscrivant ces engins hors des grandes agglomérations et en gelant le marché légal pour un an, Bamako tente d’assécher le parc roulant ennemi. Le moratoire de 90 jours imposé aux commerçants pour déclarer leurs stocks annonce une campagne de saisies massives visant à étrangler l’approvisionnement des katibas.
En parallèle, l’opération Dougoukoloko abroge le dispositif Maliko de 2023 pour imposer un rideau de fer sur les poumons verts du pays, de la forêt de Faya au Parc de la Boucle du Baoulé. Ces sanctuaires forestiers, investis depuis des années par les groupes armés pour cacher leurs otages, leurs bases logistiques et échapper à la reconnaissance aérienne, deviennent des zones de tir à vue. L’état-major s’octroie le droit de « traiter systématiquement » toute présence non autorisée. L’ordre est direct : vider les bois de toute vie civile pour n’y laisser que des cibles militaires légitimes.
Quels impacts à court et moyen terme ?
À court terme, ces deux mesures vont provoquer un choc opérationnel indéniable pour les groupes terroristes. Leurs lignes de communication internes vont se gripper, perturbant le transfert de matériel et de combattants. Cependant, le coût social et économique pour les populations civiles rurales sera immédiat et lourd. En brousse, la moto de 125 cm³ fait office d’ambulance, d’outil agricole et de lien commercial. Isoler ces zones risque d’accentuer la précarité des civils déjà pris en étau par le conflit.
À moyen terme, la viabilité de cette double tenaille dépendra de la coordination au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Si le Mali ferme son espace, le Niger et le Burkina Faso devront harmoniser leurs règles pour éviter que la contrebande de motos ne se déplace. De plus, la militarisation totale des forêts poussera mécaniquement les terroristes à se diluer dans les zones urbaines périphériques ou à se retrancher le long des frontières, modifiant profondément la géographie de la menace.

PAR SIKOU BAH

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