Juin 2020 – Juin 2026. Six ans après le mouvement de contestation, le séisme politique qui a terrassé le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta (paix à son âme) offre aujourd’hui le visage d’un immense champ de ruines politiques et institutionnelles. Le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), cette coalition inédite et hétéroclite qui avait réussi l’exploit de faire vaciller la IIIe République en unissant marabouts, politiciens libéraux, intellectuels marxistes et activistes de rue, s’est définitivement consumé dans les laboratoires du pouvoir. Que reste-t-il, en ce mois de juin 2026, du testament politique du « Mali Koura » ? L’investigation rigoureuse des trajectoires individuelles et collectives des pères fondateurs de ce Front historique révèle une réalité implacable : la gestion des affaires publiques et l’avènement d’un ordre militaire intransigeant ont été un puissant broyeur d’alliances.
Le label M5-RFP, autrefois synonyme de ferveur populaire et de contre-pouvoir absolu, a été méthodiquement vidé de sa substance, confiné à un rôle de paravent civil pour l’action gouvernementale. Les figures légendaires de la contestation ont connu des destins radicalement opposés, basculant de l’euphorie des tribunes aux traumatismes de la rupture. Les uns, installés dans les lambris dorés des ministères, subissent l’usure d’un isolement politique croissant ; les autres, restés fidèles à leur radicalité d’origine, peuplent désormais les prisons de la République ou vivent les affres de l’exil et de la clandestinité sous le coup de procédures judiciaires lourdes.
Dans cette enquête objective, le Quotidien des sans voix tente de dresser l’autopsie clinique d’un sabordage historique. À travers l’analyse de sa genèse secrète, la dislocation de ses trois blocs fondateurs (CMAS, EMK, FSD) et la répression ciblée de ses cadres par les autorités de la transition, elle met à nu les mécanismes d’un système politique où la révolution a fini par dévorer ses propres enfants. Des cellules de détention de Dioïla, Kenieroba ou Koulikoro aux salons feutrés de la Primature, en passant par le bannissement juridique des mouvements d’opposition, voici le décompte précis et sans filtre d’une génération de leaders sacrifiée sur l’autel de la refondation nationale.
Genèse d’un séisme politique
Le vendredi 5 juin 2020, le Boulevard de l’Indépendance devenait l’épicentre d’une onde de choc politique sans précédent dans notre pays. Né de la frustration accumulée face à un régime trahi et à bout de souffle, le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) a réussi l’exploit de coaliser des forces hétéroclites que tout opposait. Cette investigation journalistique revient sur la genèse secrète et les rouages d’une alliance historique qui, en quelques semaines, a fait vaciller les fondations de la IIIe République.
Pour comprendre comment le Mali a basculé dans la trajectoire de refondation actuelle, il faut remonter aux premiers mois de l’année 2020. Notre pays est alors plongé dans une léthargie profonde, asphyxié par une crise sécuritaire endémique au Centre et au Nord, et paralysé par une grève historique des enseignants. Le déclencheur de l’insurrection populaire sera pourtant d’ordre institutionnel. En mars et avril 2020, l’organisation des élections législatives, perturbée par l’enlèvement du chef de file de l’opposition Soumaïla Cissé, vire au fiasco. Lorsque la Cour constitutionnelle, présidée par Manassa Danioko, décide d’inverser de manière flagrante les résultats d’une douzaine de sièges au profit du parti présidentiel (RPM), la coupe des Maliens déborde définitivement.
La frustration, jusqu’alors diffuse au sein de la population, se cristallise soudainement autour de trois blocs distincts qui vont sceller un pacte de circonstance totalement inédit. Le premier est la CMAS (Coordination des mouvements et associations sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko), une machine de mobilisation confessionnelle bâtie autour de la figure tutélaire de l’Imam Mahmoud Dicko. Doté d’une assise populaire immense dans les mosquées, les marchés et les quartiers périphériques, l’Imam Dicko apporte au mouvement naissant la force de frappe incontestable de la rue. Le deuxième bloc est Espoir Mali Koura (EMK), une plateforme intellectuelle de gauche menée par le cinéaste Cheick Oumar Sissoko, rejointe par des figures de la lutte anti-corruption comme Clément Dembélé et des juristes comme le professeur Ibrahim Ikassa Maïga. EMK apporte la doctrine idéologique : la rupture totale avec l’ordre néocolonial et le projet d’une refondation intégrale de l’État.
Le troisième pilier est le Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD), une coalition de partis politiques classiques frustrés par les dérives oligarchiques du rrégime d’Ibrahim Boubacar Keïta. On y retrouve l’URD de Soumaïla Cissé, le CNID de Me Mountaga Tall, et le MPR d’un certain Choguel Kokalla Maïga. Ces politiciens chevronnés apportent la technicité juridique, la maîtrise des rouages étatiques et le réseau d’acteurs administratifs nécessaires pour structurer une contestation d’envergure. Le 30 mai 2020, ces trois entités majeures signent un manifeste commun et lancent un appel solennel au rassemblement général pour le vendredi 5 juin 2020 sur le Boulevard de l’Indépendance.
Ce jour-là, des centaines de milliers de citoyens convergent vers la place de l’Indépendance. Ce n’est plus une simple manifestation de l’opposition, c’est l’acte de naissance officiel du M5-RFP. Pour la première fois dans l’histoire moderne du Mali, des leaders religieux, des politiciens libéraux, des syndicalistes, des leaders de la société civile, des marxistes de la vieille garde et des activistes numériques s’unissent sous le même drapeau national. Les autorités de l’époque sous-estiment gravement la portée de ce front commun, le qualifiant de feu de paille passager. C’était oublier que le M5-RFP venait de capter la colère noire d’un peuple humilié par la mauvaise gouvernance et la fraude électorale.
En canalisant ce mécontentement social profond, le mouvement 5 juin a transformé la rue en une force politique révolutionnaire et irréversible. C’est cette alliance sacrée, née dans la douleur d’un scrutin confisqué, qui allait inexorablement emporter le régime deux mois plus tard, ouvrant la voie à l’avènement des autorités de la transition.
Le testament politique du Boulevard de l’Indépendance
Qu’exigeaient réellement les centaines de milliers de Maliens descendus dans la rue le 5 juin 2020 ? Loin d’être un simple mouvement de jacquerie populaire destiné à chasser un homme du pouvoir, le M5-RFP disposait d’une feuille de route doctrinale extrêmement rigoureuse et ambitieuse. À travers l’analyse de ses manifestes d’origine, cette investigation d’Info-Matin examine les objectifs initiaux et stratégiques d’une coalition qui rêvait de rebâtir la souveraineté nationale sur les décombres de la mal gouvernance et du laisser-aller.
Dans la mémoire collective, le M5-RFP reste indissociablement associé au slogan univoque : « IBK, dégage ! ». Pourtant, pour les pères fondateurs de la coalition, la chute du chef de l’État n’était qu’un moyen, un préalable technique à un dessein politique bien plus vaste. On dit que les objectifs initiaux du mouvement étaient consignés dans le «Mémorandum du 30 juin 2020», un document stratégique majeur rédigé par les esprits juridiques et intellectuels les plus affûtés du FSD et d’EMK, notamment Choguel Kokalla Maïga, Me Mountaga Tall, Me Mohamed Ali Bathily et le Pr Ibrahim Ikassa Maïga. Ce texte fondateur exigeait une rupture systémique, immédiate et définitive avec les pratiques oligarchiques de la IIIe République.
Le premier objectif stratégique de la coalition était la restauration immédiate de la souveraineté territoriale et la refondation intégrale de la gouvernance sécuritaire. Le M5-RFP dénonçait avec virulence la gestion de la guerre au nord et au centre, fustigeant le détournement des fonds destinés aux forces armées et l’inefficacité des tutelles militaires étrangères. L’objectif était de redonner à l’armée nationale les moyens matériels d’une reconquête autonome, une vision souverainiste qui préfigurait directement l’avènement des doctrines de sécurité aujourd’hui appliquées avec succès par les autorités de la transition.
Le deuxième pilier de la feuille de route du mouvement était la moralisation de la vie publique par une lutte implacable contre l’impunité et la corruption d’État. Le M5-RFP exigeait la dissolution immédiate de la Cour constitutionnelle et de l’Assemblée nationale, deux institutions jugées totalement illégitimes après les tripatouillages électoraux des législatives de 2020. Le mouvement réclamait également l’ouverture d’audits financiers indépendants sur la gestion des deniers publics et des grands contrats miniers. Sur le plan institutionnel, l’objectif stratégique était d’imposer une transition politique civile, codirigée par les forces vives de la nation, chargée de jeter les bases d’une refondation républicaine profonde.
Enfin, l’objectif le plus profond et le plus durable du M5-RFP était d’ordre sémantique, culturel et économique : il s’agissait d’opérer une décolonisation des esprits et des structures de l’État. Porté par l’aile radicale d’EMK et des mouvements de jeunesse comme Yerewolo, le M5-RFP exigeait la fin de l’ingérence des puissances occidentales et la diversification des partenaires géopolitiques du Mali. Le mouvement voulait transformer les règles de la commande publique pour en faire un outil de promotion du contenu local et du patriotisme économique. L’ambition ultime était de bâtir le «Mali Koura» (le Mali nouveau), un État vertueux, fort et respecté, où la justice sociale ne serait plus un vain mot mais une réalité mesurable pour chaque citoyen de notre pays. L’exigence de rupture politique cachait en réalité un projet global de réappropriation de la souveraineté nationale.
Autopsie d’un sabordage historique
Cinq ans après son heure de gloire, que reste-t-il du mouvement populaire qui a terrassé le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta ? Disloqué, fragmenté, le M5-RFP a vu ses figures historiques s’entre-déchirer, basculer dans l’opposition clandestine ou peupler les prisons. Cette investigation rigoureuse met à nu les causes profondes et les mécanismes d’un sabordage politique orchestré par l’épreuve de l’exercice du pouvoir.
Le délitement du M5-RFP était inscrit dans l’hétérogénéité génétique de ses composantes fondamentales. L’alliance sacrée scellée le 30 mai 2020 n’a pas survécu à la confrontation brute avec les réalités de la gestion de l’État. La première fracture, conceptuelle et stratégique, s’est ouverte dès le lendemain du coup d’État d’août 2020. Les militaires, devenus les maîtres du jeu institutionnel, ont initialement écarté les leaders civils de la direction de la première phase du pouvoir. Cette mise à l’écart a provoqué un schisme immédiat au sein de la coalition : l’Imam Mahmoud Dicko, estimant que la mission de salubrité publique était accomplie, a pris ses distances avec le Comité stratégique, entraînant le retrait progressif de la CMAS de la dynamique unitaire et privant le mouvement de son principal vecteur de mobilisation populaire.
Le tournant décisif survient en mai 2021, lors de la Rectification de la trajectoire de la transition. Pour s’assurer une assise politique civile, les autorités militaires la transition confient la Primature au président du Comité stratégique du M5-RFP, Choguel Kokalla Maïga. Ce qui devait être le triomphe absolu du mouvement populaire sera en réalité son baiser de la mort. L’exercice des affaires publiques a été un puissant révélateur d’ambitions personnelles et de divergences doctrinales insolubles. Une partie des pères fondateurs, menée par le cinéaste Cheick Oumar Sissoko (EMK) et Me Mountaga Tall (FSD), a rapidement accusé le Premier ministre d’instrumentaliser le sigle du M5-RFP à des fins purement partisanes et de diviser sciemment le mouvement pour conforter son assise personnelle au détriment de l’esprit de consensus d’origine.
La dislocation s’est dramatiquement accélérée avec le durcissement du cadre législatif et le report successif des calendriers électoraux. Les cadres politiques traditionnels du FSD, historiquement attachés au retour à l’ordre constitutionnel, ont basculé dans la critique ouverte, tandis que les lieutenants du Premier ministre, à l’image de Bouba K Traoré, choisissaient la ligne dure de l’alignement total sur les militaires. En 2024, le divorce est définitivement consommé par l’intervention de la force publique. La suspension des activités des partis politiques et la dissolution par décret de la CMAS de l’Imam Dicko actent la fin définitive de l’espace de dialogue démocratique au sein du front d’origine.
Aujourd’hui, en ce mois de juin 2026, l’autopsie du M5-RFP révèle un paysage de ruines politiques absolues. Le mouvement n’existe plus que sous la forme d’un label gouvernemental résiduel vidé de sa substance populaire. Les vrais acteurs du Boulevard de l’Indépendance ont connu des destins tragiques : le Dr Oumar Mariko est en exil sous le coup d’une procédure judiciaire, Issa Kaou Djim a purgé des peines de prison ferme, Adama Ben Diarra se trouve en prison, tandis que des cadres comme Youssouf Daba Diawara subissent des interpellations à répétition. Quant au Premier ministre Choguel Maïga, après s’être retrouvé politiquement isolé au sommet, encerclé par l’emprisonnement de ses propres collaborateurs directs pour atteinte aux intérêts de l’État, lui-même a été embastillé en août 2025.
En acceptant de troquer son rôle de contre-pouvoir moral contre les strapontins de l’administration, le M5-RFP s’est exposé à la dure loi du pouvoir, finissant dévoré par la refondation qu’il avait lui-même contribué à déclencher dans notre pays.
Les acteurs de la refondation
Six ans après les insurrections populaires de la place de l’Indépendance, le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) s’est définitivement consumé dans les laboratoires du pouvoir. Cette coalition historique, qui avait réussi à terrasser le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta en unissant la CMAS religieuse, le FSD politique et l’EMK intellectuelle, a été méthodiquement brisée par l’exercice des affaires publiques et l’avènement d’un ordre militaire intransigeant. Le label, désormais vidé de sa substance populaire, sert de paravent civil à notre gouvernement de transition. Ses pères fondateurs et activistes de rue ont connu des destins tragiques, basculant des tribunes de la liberté aux cellules de prison ou aux affres de l’exil strict.
1. CMAS (Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants)
• Imam Mahmoud Dicko : Autorité morale et parrain de la CMAS. En 2020, sa force de mobilisation confessionnelle a fourni la base populaire indispensable aux grands meetings de la place de l’Indépendance, précipitant la chute du régime d’IBK.
• Issa Kaou Djim : Coordinateur général de la CMAS et porte-parole initial fracassant du M5-RFP. Connu pour ses sorties médiatiques incisives, il s’est ensuite éloigné du mouvement pour soutenir la transition avant d’être incarcéré.
• Youssouf Daba Diawara : Successeur d’Issa Kaou Djim à la tête de la CMAS. Pilote logistique de la contestation, il a orchestré les journées de désobéissance civile à Bamako en maintenant la rigueur organisationnelle de la base religieuse.
• Imam Oumarou Diarra : Figure politico-religieuse clé, leader de la jeunesse CMAS. Arrêté lors des émeutes de juillet 2020, sa légitimité de terrain l’a conduit au poste de ministre délégué chargé de l’Action humanitaire sous la transition.
• Ahmadou N’Dounga : Cadre discret mais influent de la CMAS. Il a joué un rôle de premier plan dans la structuration des comités de quartier et la canalisation des manifestants pour éviter les dérives violentes.
2. EMK (Espoir Mali Koura)
• Cheick Oumar Sissoko : Cinéaste de renom et ancien ministre. Co-fondateur et coordinateur d’EMK, il a incarné l’aile gauche intellectuelle et radicale du M5-RFP, refusant tout compromis politique avec l’ancien régime d’Ibrahim Boubacar Keïta.
• Modibo Sidibé : Ancien Premier ministre d’ATT et président des FARE An Ka Wuli. Il a apporté au M5-RFP son expertise de la haute administration et sa vision d’une refondation institutionnelle profonde à travers des réformes structurelles.
• Mme Sy Kadiatou Sow : Figure historique de la démocratie malienne (ADEMA) et présidente de l’association Alliance pour la démocratie au Mali. Elle a incarné la conscience républicaine du mouvement, mobilisant les réseaux de femmes leaders.
• Konimba Sidibé : Économiste, président du MODEC et ancien ministre de la Promotion des investissements. Fin technicien, il a rédigé les réquisitoires économiques du M5-RFP dénonçant la mauvaise gouvernance et la corruption de l’ancien système.
• Paul Boro : Cadre politique d’EMK et acteur de la société civile. Ancien directeur du CICB, son ralliement à la contestation a renforcé les capacités de mobilisation du mouvement dans la commune V de Bamako.
• Mohamed Ali Bathily : Avocat et ancien ministre de la Justice d’IBK passé à l’opposition. Tribun redoutable, ses analyses juridiques implacables ont délégitimé les institutions de la République de 2020, notamment l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle.
• Jeamille Bittar : Opérateur économique et président du parti MC-ATT. Ancien pilier des régimes précédents, son ralliement à EMK a marqué la rupture d’une partie de la bourgeoisie d’affaires avec le clan présidentiel d’IBK.
• Clément Dembélé : Universitaire et président de la Plateforme de lutte contre la corruption et le chômage (PCC). Ses campagnes virales contre l’enrichissement illicite ont mobilisé la jeunesse urbaine et plusieurs syndicats de base bien avant juin 2020.
• Ibrahima Kébé : Leader du mouvement souverainiste Faso Kanu. Représentant l’aile la plus intransigeante d’EMK, il a maintenu une pression constante sur le comité stratégique pour exiger la rupture totale avec l’ordre néocolonial.
• Pr Ibrahim Ikassa Maïga : Universitaire et juriste de haut niveau. Son travail d’analyse au sein d’EMK a permis de formaliser les griefs constitutionnels du mouvement, lui ouvrant les portes du ministère de la Refondation de l’État.
• Kader Maïga : Cadre dynamique d’EMK et communicant de terrain. Il a assuré le relais des mots d’ordre de rupture auprès des coordinations de jeunes à l’intérieur du pays, notamment dans les régions du Nord.
• Bakari dit Bouba Traoré : Cadre technique et membre influent du comité stratégique du M5-RFP. Proche collaborateur de Choguel Maïga, il a assuré le secrétariat et la cohérence politique du mouvement lors des négociations de crise.
• Coumba Yaressi : Militante de la première heure au sein d’EMK. Elle a coordonné les comités de veille patriotique et s’est illustrée dans l’organisation matérielle des sit-ins de la place de l’Indépendance.
3. FSD (Front pour la Sauvegarde de la Démocratie)
• Choguel Kokalla Maïga : Président du Comité Stratégique du M5-RFP et leader du MPR. Sa pugnacité politique a maintenu l’unité de la coalition, lui permettant de capitaliser sur la contestation pour devenir Premier ministre de la transition.
• Me Mountaga Tall : Avocat et président du CNID-FYT. Ancien ministre et figure du mouvement démocratique de 1991, il a apporté sa science du droit pour rédiger les mémorandums et encadrer légalement les exigences du M5-RFP.
• Soumaïla Cissé : Chef de file historique de l’opposition et président de l’URD. Son enlèvement par des djihadistes en mars 2020 a constitué l’un des déclencheurs majeurs de la colère populaire portée par le FSD.
• Pr Salikou Sanogo : Premier vice-président de l’URD. Il a dirigé le principal parti d’opposition pendant la captivité de Soumaïla Cissé, engageant toutes les sections du parti dans les manifestations du M5-RFP.
• Me Demba Traoré : Secrétaire à la communication de l’URD. Orateur charismatique, il a harangué les foules lors des meetings et assuré la couverture médiatique internationale des revendications politiques du FSD.
• Nouhoum Togo : Ancien conseiller au ministère de la Défense et leader politique. Stratège de la communication de crise, il a fait le pont entre le FSD, l’URD et les milieux sécuritaires durant la contestation.
• Allaye Bocoum : Cadre de la mouvance SADI. Porte-parole incisif du FSD, il a défendu la légitimité de la rue face à l’ordre constitutionnel d’IBK sur les plateaux de télévision nationaux et internationaux.
• Modibo Kadjoké : Ancien ministre et président du parti APM-Maliko. Pilote de la commission de réflexion du FSD, il s’est concentré sur les schémas de sortie de crise et la transition institutionnelle après la chute du régime.
• Dr Oumar Mariko : Leader du parti de gauche SADI. Figure historique de la contestation estudiantine, sa radicalité anti-système a mobilisé les milieux syndicaux et populaires les plus opposés à la gouvernance d’Ibrahim Boubacar Keïta.
• Aboubacar Sidiki Fomba : Président de l’ADEPM. Sa verve et ses analyses juridiques au sein du FSD contre la Cour constitutionnelle ont fortifié la doctrine du mouvement, lui ouvrant plus tard un siège actif au CNT.
4. Acteurs syndicaux, de la
jeunesse et mouvements de rue
• Hamadoun Amion Guindo : Secrétaire général de la CSTM. Seul chef de grande centrale syndicale à engager officiellement son organisation dans le M5-RFP, il a apporté la force de frappe des travailleurs pour paralyser l’économie.
• Mme Kamaté Kadiatou Touré : Secrétaire générale de la CMT. Sa présence a symbolisé le ralliement progressif des cadres syndicaux à la dynamique de refondation nationale initiée par le mouvement populaire de 2020.
• Mme Sidibé Dédéou Ousmane : Secrétaire générale de la CDTM et figure de la Synergie des enseignants. Sa force de mobilisation sectorielle a fait basculer la fonction publique dans la contestation, avant de devenir ministre de l’Éducation.
• Adama Ben Diarra dit « Ben le Cerveau » : Leader du mouvement Yerewolo – Debout sur les Remparts. Fer de lance de la jeunesse du M5-RFP, il a imposé la dimension souverainiste et anti-impérialiste sur le terrain avant d’intégrer le CNT.
• Siriki Kouyaté : Porte-parole du mouvement Yerewolo. Sa rhétorique anti-coloniale et sa maîtrise des codes de la communication populaire ont galvanisé la jeunesse des quartiers périphériques de Bamako en soutien aux objectifs de l’AES.
• Amara Bathily : Militant de la jeunesse du M5-RFP. Actif dans les brigades de surveillance citoyenne, il a encadré la sécurité des sites lors des grands rassemblements populaires de la place de l’Indépendance.
• Fousseni Sanogo : Activiste numérique et mobilisateur de rue. Il a joué un rôle clé dans la guerre informationnelle sur les réseaux sociaux pour contrer les narratifs du régime d’IBK et coordonner les comités de résistance.
5 ans après que deviennent-ils ?
Cinq ans après l’insurrection populaire de 2020, l’appareil sécuritaire et judiciaire des autorités de la transition a parachevé le démantèlement méthodique du M5-RFP. L’investigation clinique des trajectoires individuelles de ses pères fondateurs lève le voile sur un exode politique forcé, orchestré par un pouvoir militaire inflexible. Qu’ils soient écroués dans les cellules de Dioïla ou Koulikoro, acculés à un exil strict à l’étranger ou frappés d’assignations à résidence par la confiscation de leurs passeports, ces quinze leaders payent le prix fort de leur dissidence. Accusés d’atteinte au crédit de l’État ou de subversion, les marabouts, tribuns et activistes de la place de l’Indépendance incarnent le destin tragique d’une génération de révolutionnaires dévorée par sa propre refondation.
Les 11 leaders du M5-RFP
emprisonnés,
L’épuration judiciaire des cadres du M5-RFP par les autorités de la transition lève le voile sur la mécanique d’un pouvoir militaire inflexible face à la contestation civile. En ce mois de juin 2026, l’analyse des mandats de dépôt et des condamnations révèle une réalité clinique : la révolution de 2020 a fini par emprisonner ses propres géniteurs. Qu’ils soient tribuns de la gauche radicale, techniciens du droit, activistes anti-impérialistes de la première heure ou piliers du cabinet de la Primature, ces onze leaders partagent désormais le même destin carcéral. Accusés d’atteinte au crédit de l’État, aux biens publics ou d’opposition à l’autorité légitime, ils incarnent le prix du sang politique dans un Mali en pleine refondation autoritaire.
• Mohamed Ali Bathily : Interpellé et écroué en juin 2024 après avoir participé à une réunion politique clandestine chez l’opposant Moustapha Dicko. Les autorités l’accusent d’« opposition à l’exercice de l’autorité légitime » et d’atteinte à la sûreté de l’État pour avoir bravé la suspension des partis politiques.
• Choguel Kokalla Maïga : Bien que Premier ministre, ses relations se sont lourdement dégradées avec les militaires. L’emprisonnement de ses plus proches collaborateurs et son isolement politique croissant au sein de l’exécutif résultent de ses critiques feutrées contre la monopolisation du pouvoir par les colonels de la transition.
• Me Mountaga Tall : Bien que discret, ce constitutionnaliste chevronné a été récemment enlevé pour dit-on avoir contesté la légalité des reports électoraux successifs et signé la déclaration commune des partis exigeant un retour rapide à l’ordre constitutionnel.
• Nouhoum Togo : Arrêté par le pôle anti-cybercriminalité et incarcéré à la prison de Koulikoro, il paie ses sorties audios virales. Les autorités lui reprochent des faits de « diffusion de fausses nouvelles » et d’« outrage envers les institutions » après ses virulentes critiques contre la gouvernance de la transition.
• Kader Maïga : Interpellé et placé sous mandat de dépôt au début de l’année 2024, ce communicant d’EMK a été sanctionné pour ses déclarations publiques jugées subversives. La justice l’accuse d’« atteinte au crédit de l’État » suite à ses dénonciations de la gestion des délestages énergétiques.
• Bakari dit Bouba Traoré : Ce conseiller spécial du Premier ministre a été arrêté par la Sécurité d’État en mai 2024, puis incarcéré. Il est poursuivi pour « atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation » après avoir signé un mémorandum très critique contre les autorités militaires de la transition.
• Siriki Kouyaté : Écroué à la prison de Bamako, le porte-parole de Yerewolo a partagé le sort de Ben le Cerveau. Il a été condamné pour « atteinte au crédit de l’État » et provocation à la désobéissance après avoir publiquement dénoncé la détention de son secrétaire général.
• Youssouf Daba Diawara : Le coordinateur de la CMAS a subi les foudres des autorités après la dissolution officielle de son organisation en avril 2024. Arrêté en juillet 2024 par la gendarmerie pour « opposition à l’autorité légitime » après avoir enfreint la suspension temporaire des activités politiques, il a été placé sous mandat de dépôt, avant d’être de nouveau brièvement intercepté en mai 2026 par des services de sécurité.
• Adama Ben Diarra dit « Ben le Cerveau » : Le leader du mouvement Yerewolo – Debout sur les Remparts s’est affirmé comme l’un des plus ardents soutiens civils de la transition au CNT avant sa disgrâce. En septembre 2023, après avoir publiquement exigé le respect du calendrier électoral initial et critiqué la gestion sécuritaire, il a été déchu de son mandat de député et condamné à deux ans de prison (dont un an ferme) pour « atteinte au crédit de l’État ». Il demeure incarcéré et a été transféré à la prison de Dioïla en mai 2025.
• Clément Dembélé : Le chef de file de la lutte contre la corruption de la PCC, très remuant durant les meetings du M5-RFP, a également subi des détentions et des interrogatoires poussées de la part des services de renseignement suite à des déclarations vidéos virales jugées subversives et attentatoires à la stabilité de la transition.
• Issa Kaou Djim : Bien qu’initialement nommé 4e vice-président du Conseil National de la Transition (CNT), il a été brutalement démis de ses fonctions en fin d’année 2021. Poursuivi et condamné pour « atteinte au crédit de l’État » après avoir vertement critiqué le Premier ministre Choguel Maïga sur les réseaux sociaux, il a de nouveau été écroué en novembre 2024 sous le mandat du pôle anti-cybercriminalité pour « offense envers un chef d’État étranger ».
Les leaders du M5-RFP contraints à l’exil
Pour l’aile la plus inflexible du M5-RFP, la rupture doctrinale avec les autorités de la transition s’est soldée par un bannissement géographique forcé. L’exil est devenu l’ultime refuge de ces trois figures majeures de la contestation de 2020, traquées par l’appareil sécuritaire et judiciaire du Mali. Qu’il s’agisse de l’autorité morale du mouvement, du chef de file de la gauche anti-système ou du coordonnateur des réseaux de jeunesse clandestins, leur éloignement du territoire national s’accompagne d’une neutralisation juridique méthodique. Accusés de subversion, de complicité de terrorisme ou d’atteinte à la sûreté de l’État, ces leaders mènent désormais un combat politique à distance, illustrant la dislocation définitive du front révolutionnaire d’origine.
• Imam Mahmoud Dicko : Figure tutélaire de la contestation de 2020, le parrain moral de la CMAS s’est progressivement mué en opposant doctrinal à la transition. Ses sorties critiques contre la gouvernance de l’État, ses voyages diplomatiques non concertés et sa participation à des initiatives d’opposition depuis l’étranger ont conduit à la dissolution par décret de sa fondation et de son mouvement politique.
• Dr Oumar Mariko : Fidèle à sa posture anti-système historique, le leader du parti SADI a basculé dans la clandestinité puis dans l’exil en 2022 après avoir publiquement accusé l’armée malienne (FAMa) d’exactions lors d’opérations anti-terroristes. En avril 2026, les autorités judiciaires de la transition ont lourdement aggravé son cas en ouvrant une procédure pour « complicité de terrorisme » auprès du Pôle spécialisé de Bamako.
• Amara Bathily : Ce leader de la jeunesse s’est exilé en urgence vers un pays voisin pour échapper à un mandat d’arrêt imminent. Les services de renseignement le traquaient pour avoir tenté d’organiser des comités de résistance clandestins suite à l’interdiction des activités politiques.
Les leaders du M5-RFP empêchés de voyager
L’arsenal de coercition déployé par les autorités de la transition contre les figures du M5-RFP ne se limite pas aux cellules de détention ou à l’exil forcé. La mise sous séquestre administrative et l’interdiction de quitter le territoire national constituent une stratégie redoutable de confinement politique. En bloquant ces deux leaders majeurs à l’aéroport et en confisquant leurs documents de voyage, l’appareil sécuritaire s’assure qu’aucune voix dissidente issue du front de 2020 ne puisse internationaliser la contestation ou rejoindre des plateformes d’opposition à l’étranger. Cette assignation à résidence de fait, subie par le cadre logistique de la CMAS et l’ancien vice-président du Parlement de transition, consacre le contrôle absolu des mobilités par le pouvoir.
• Ahmadou N’Dounga : Ce cadre de la CMAS a été refoulé à l’aéroport de Bamako et s’est vu retirer son passeport. Les autorités de la transition lui imposent une interdiction de voyager pour l’empêcher de participer à des sommets d’opposition organisés à l’étranger.
• Issa Kaou Djim : Bien qu’initialement nommé 4e vice-président du Conseil National de la Transition (CNT), il a été brutalement démis de ses fonctions en fin d’année 2021. Poursuivi et condamné pour « atteinte au crédit de l’État » après avoir vertement critiqué le Premier ministre Choguel Maïga sur les réseaux sociaux, il a de nouveau été écroué en novembre 2024 sous le mandat du pôle anti-cybercriminalité pour « offense envers un chef d’État étranger »
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