Une semaine après la reprise officielle des relations diplomatiques entre notre pays et l’Algérie, la question que le commun des mortels se pose toujours à travers les chancelleries du Sahel et d’Afrique est de savoir comment et pourquoi les deux voisins, un temps devenus des adversaires acharnés, se sont finalement réconciliés. Qui a lâché quoi dans les coulisses de ce dégel surprise, et pour quelles raisons fondamentales ? Pour ce qui nous concerne, côté malien, le constat est sans équivoque : il n’y a aucune déclaration de nos autorités et absolument aucune preuve que le Mali a cédé quoi que ce soit en violation flagrante de l’article 34 de notre Constitution souveraine. Au contraire, notre pays maintient une ligne d’une rigidité absolue et n’abandonne ni l’option armée légitime pour la restauration et la défense intransigeante de l’intégrité territoriale, ni la réappropriation nationale globale du processus de paix. En tout cas, quand on en croit les mots sans détour du Chef d’état-major général des armées : « notre pays est un et indivisible, et nous attendons qu’ils se manifestent rapidement. Sinon le rouleau compresseur qu’on est en train de dérouler, il va continuer, Dieu voulant ».

Cette déclaration martiale démontre que la Transition ne transige pas avec la souveraineté nationale. Alors que notre pays avance fièrement, libéré des tutelles extérieures et fort d’un soutien populaire inébranlable, c’est Alger qui a dû revoir sa copie. Ce dégel n’est pas le fruit d’un compromis équilibré, mais bien l’illustration d’un basculement géopolitique où notre pays a su imposer son rythme et ses conditions, sans renier ses principes fondamentaux ni ses choix stratégiques majeurs. Si le Mali n’a rien renoncé à ses ambitions légitimes, qu’est-ce que l’Algérie a-t-elle concédé en réalité ? Sous la dictée de qui ce retour à la table des négociations s’est-il opéré ? Quelles sont les principales raisons objectives qui ont poussé l’Algérie à accepter ce dégel inattendu entre elle et le Mali ? Une enquête minutieuse au cœur des dynamiques du Sahel révèle les dessous d’un retournement diplomatique majeur.

Première raison
Sous la pression constante et pragmatique de Moscou, le Mali et l’Algérie, qui sont ses partenaires militaires stratégiques majeurs sur le continent africain, ont été contraints de prendre langue et d’arrondir les angles après des mois d’une guerre froide régionale éprouvante. Moscou dispose aujourd’hui des instruments diplomatiques et des arguments sécuritaires nécessaires pour amener les deux voisins à tourner la page des querelles stériles. La diplomatie russe, notamment par le biais de l’action ciblée de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a joué un rôle clé d’intermédiaire en coulisse pour favoriser activement ce dégel. Moscou, qui est à la fois le principal fournisseur d’armes historique de l’Algérie et le partenaire militaire de premier plan des autorités de la transition à travers le déploiement opérationnel d’Africa Corps, a fermement poussé au rapprochement pour éviter que les tensions entre ses deux alliés stratégiques ne nuisent à la stabilité globale du Sahel.
À notre avis, toutes les spéculations extérieures relatives à des négociations secrètes et à de prétendues concessions maliennes paraissent comme de la pure fumée médiatique. Surtout que les deux pays ont tous deux souffert de la crise frontalière, mais Alger a sans conteste souffert beaucoup plus que notre pays.
En effet, au stade actuel de leur partenariat opérationnel d’une efficacité redoutable dans la lutte contre le terrorisme, l’armée malienne, qui fait l’éloge légitime de la fiabilité et de l’efficacité des Russes sur les théâtres de combat, pouvait difficilement dire non à une sollicitude bienveillante de son allié de confiance. Avions-nous dit pour autant que sans les Russes la guerre est perdue et notre pays serait en lambeaux ? Absolument pas. Nous avons simplement dit et réaffirmé que les FAMa ont encore un besoin stratégique de leurs partenaires opérationnels dans la lutte contre le terrorisme, des alliés fidèles qui ne les laissent pas en plein vol comme ont pu le faire certains partenaires occidentaux par le passé. Qu’en est-il du côté de l’Algérie ? En dépit de son hypocrisie manifeste envers les forces russes opérant sur le territoire de notre pays, l’Algérie est le pays sahélien et nord-africain qui possède le plus grand volume historique de coopération avec la Russie, laquelle demeure son principal fournisseur exclusif en matière d’armement lourd. Peut-on raisonnablement vouloir être avec Dieu et abhorrer le prophète ? Alger ne pouvait décemment pas rejeter les demandes pressantes de Moscou sans fragiliser ses propres approvisionnements stratégiques.

Deuxième raison
Il y a d’abord la question centrale et existentielle du Sahara occidental, à laquelle le pouvoir d’Alger tient comme à la prunelle de ses yeux. Depuis 1976, lorsque le Mali, à travers l’action historique de Me Alioune Blondin Bèye, occupait le poste de secrétaire général de l’OUA, notre pays avait toujours maintenu sa reconnaissance formelle à la RASD, et ce, jusqu’à cette récente occasion de forte tension politique avec l’Algérie. Pour les Généraux d’Alger, la réaction malienne a résonné comme un véritable coup de semonce. Les autorités de la transition ont choisi de taper là où cela fait cruellement mal à la diplomatie algérienne. En avril 2026, les tensions bilatérales avaient été ravivées de manière spectaculaire lorsque le Mali s’est rapproché des thèses marocaines concernant le plan d’autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine, une position marocaine diamétralement opposée aux intérêts nationaux d’Alger. En acceptant le dégel sans contrepartie apparente, le gouvernement algérien cherche désespérément à reprendre pied dans le jeu politique malien afin d’éviter que Rabat ne tire un profit maximal du vide diplomatique pour étendre son influence stratégique au Sahel.
À ce jour, seulement 46 États membres des Nations unies reconnaissent officiellement la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Ce chiffre global tient compte des retraits successifs ou des suspensions de reconnaissance intervenus ces dernières années, notamment la décision hautement souveraine de notre pays en avril 2026 de retirer sa reconnaissance historique. Quelques précisions utiles méritent d’être rappelées ici : pas moins de 84 États ont reconnu la RASD à un moment ou à un autre depuis sa proclamation initiale en 1976. Parmi ces pays, 38 ont ensuite choisi de suspendre, geler ou retirer purement et simplement leur reconnaissance diplomatique. Il faut aussi rappeler que la RASD n’est pas membre de l’ONU, mais elle reste un membre à part entière de l’Union africaine (UA) depuis l’année 1982. En parallèle, la dynamique diplomatique mondiale a profondément évolué ces dernières années : plusieurs pays africains et internationaux ont retiré leur reconnaissance de la RASD ou soutiennent désormais ouvertement le plan d’autonomie proposé par le Royaume du Maroc. À l’inverse, d’autres continuent de reconnaître la RASD et soutiennent le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui sous l’égide des Nations unies.
D’autres précisions importantes s’imposent pour mesurer l’isolement d’Alger. Depuis 1976, le recul de la cause sahraouie soutenue par l’Algérie est net et constant. Plusieurs pays ont ensuite retiré, suspendu ou gelé leur reconnaissance, notamment notre pays, le Mali, en 2026, mais aussi le Gabon, le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Togo, le Salvador, la République dominicaine et bien d’autres nations à travers le monde. En touchant à ce dossier ultra-sensible, notre pays a fait comprendre à Alger que le paternalisme avait un coût géopolitique exorbitant, forçant les diplomates algériens à capituler pour stopper l’hémorragie de leurs soutiens dans la sous-région sahélienne.

Troisième raison
L’interruption prolongée des vols commerciaux et la fermeture stricte des frontières terrestres ont lourdement pesé sur les échanges commerciaux locaux, en particulier dans la région de Tombouctou et tout le nord du Mali, pour lesquels l’Algérie fait office de véritable poumon économique de proximité. Pour l’Algérie, la relance indispensable de projets d’envergure régionale, tels que le corridor transsaharien destiné à relier le Mali aux ports algériens de la Méditerranée, nécessite impérativement un environnement diplomatique totalement normalisé. Sur le plan économique global, le Maroc dispose aujourd’hui d’une avance nette et incontestable sur l’Algérie en Afrique de l’Ouest grâce à l’agressivité positive de ses investissements privés, la puissance de son secteur bancaire implanté partout, ses infrastructures logistiques modernes et sa diplomatie économique pragmatique. En revanche, cette avance marocaine est traditionnellement moins marquée dans le Sahel central, où les contraintes sécuritaires majeures, l’enclavement géographique et les évolutions géopolitiques récentes limitent encore la fluidité des échanges économiques d’envergure. L’influence réelle dans cette sous-région repose de ce fait davantage sur des considérations politiques fermes, sécuritaires et diplomatiques fortes que sur le seul poids économique brut.
Avant la dégradation brutale des relations diplomatiques entre notre pays et l’Algérie durant la période de 2023-2025, les échanges commerciaux bilatéraux officiels étaient relativement modestes comparés à ceux que le Mali entretenait historiquement avec des pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou la puissance industrielle chinoise.
En revanche, l’Algérie jouait un rôle protecteur et important comme fournisseur exclusif de certaines régions isolées du nord de notre pays. Concernant le volume des échanges commerciaux, les statistiques disponibles et rigoureuses indiquent clairement que le commerce bilatéral formel variait généralement entre 100 et 200 millions de dollars américains par an, ce qui équivaut à un montant de 60 à 120 milliards de FCFA selon les fluctuations des années. Cela représentait au final moins de 2 % du commerce extérieur total du Mali, ce qui montre avec précision que l’Algérie n’était pas un partenaire commercial majeur à l’échelle de notre économie nationale.
L’aspect le plus important et vital concernait en réalité les échanges transfrontaliers informels. Une étude fouillée de la Banque mondiale estimait qu’avant les fermetures de frontière décidées par les deux États, environ 4 600 tonnes de marchandises diverses par semaine transitaient par le corridor algéro-malien via l’axe Bordj Badji Mokhtar – Tin Zaouatine– Kidal – Gao – Tombouctou, avec des flux réguliers et descendants vers notre pays et même vers les grands marchés du Niger et du Nigeria. Ces flux de marchandises alimentaires et de carburant alimentaient principalement les grands centres urbains du nord qu’ont toujours été Kidal, Gao et Tombouctou. En matière d’investissements, les investissements directs algériens au Mali étaient extrêmement limités et timides. Ils concernaient principalement quelques projets mineurs de télécommunications, la coopération énergétique frontalière, des projets spécifiques de formation et certaines infrastructures publiques locales.
À l’inverse, les investissements marocains en Afrique de l’Ouest se chiffrent aujourd’hui en plusieurs milliards de dollars constants et couvrent des secteurs stratégiques majeurs comme les banques, les assurances, les télécommunications, les engrais agricoles, l’immobilier d’envergure et les infrastructures lourdes. Sur le plan purement économique, les relations historiques entre notre pays et l’Algérie étaient donc davantage qualifiées de stratégiques et de survie locale que de volumineuses sur le plan macroéconomique. Le commerce bilatéral demeurait certes modeste à l’échelle nationale, mais il s’avérait absolument vital pour le bien-être des populations du nord qui dépendent fortement des approvisionnements quotidiens transitant par la longue frontière algérienne. L’asphyxie de ces régions menaçait directement la sécurité intérieure de l’Algérie par ricochet, poussant Alger à rompre le blocus qu’elle avait elle-même provoqué.

Quatrième raison
La quatrième raison réside incontestablement dans l’influence grandissante, structurée et irréversible du Maroc dans les pays du Sahel, une percée stratégique majeure qui a littéralement paralysé l’appareil diplomatique et géopolitique algérien dans son arrière-cour traditionnelle. Face à la léthargie chronique, à l’indécision et au paternalisme condescendant affiché par Alger depuis des décennies, le Royaume chérifien a su déployer à travers toute la région sahélienne une diplomatie de terrain hautement pragmatique, solidaire et résolument tournée vers le codéveloppement mutuel. L’initiative royale visionnaire pour favoriser l’accès direct des États enclavés du Sahel à l’océan Atlantique a totalement redistribué les cartes géopolitiques dans la sous-région, offrant à notre pays ainsi qu’au Niger et au Burkina Faso une alternative logistique, portuaire et économique hautement crédible face au chantage à l’enclavement jadis exercé par ses voisins du nord.
Cette alliance multidimensionnelle et dynamique, touchant aussi bien les grandes infrastructures de transport que la formation religieuse tolérante des imams maliens et les partenariats économiques directs, a créé un véritable cordon sanitaire autour des ambitions hégémoniques démesurées d’Alger au sein de l’espace sahélien. Pris de panique devant le succès retentissant et l’adhésion populaire à cette intégration sahélo-marocaine exemplaire, les dirigeants algériens ont subitement compris que leur politique de la chaise vide, du mépris diplomatique et du blocus économique agressif ne faisait qu’accélérer à grande vitesse leur propre isolement géopolitique à l’échelle continentale. Pour Alger, ce dégel accepté à la hâte n’est en rien un acte de générosité fraternelle, mais constitue bien une tentative désespérée et tardive de rattraper son immense retard stratégique et de tenter de freiner l’ancrage définitif de Rabat au cœur du Sahel. C’est la victoire éclatante de la diplomatie du respect mutuel portée par notre pays.

LA RÉDACTION

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