Une lueur d’espoir éclaire les foyers et les artères économiques de notre capitale. Au cours de la troisième semaine de juillet 2026, une nette et indéniable amélioration de la distribution du courant électrique par Énergie du Mali (EDM-SA) est constatée sur le terrain. Cette tendance positive s’est encore accélérée au cours des deux dernières semaines.
De l’avis unanime des Bamakois, c’est la première fois depuis 4 ans que la capitale enregistre jusqu’à 4 jours d’affilée sans la moindre coupure d’électricité. Après des mois d’une crise particulièrement rude, exacerbée par des facteurs géopolitiques complexes et des blocus criminels, les coupures interminables reculent de manière spectaculaire. Les témoignages de soulagement se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les grins : le pic de la crise est désormais derrière nous.
Face à ce constat factuel, une investigation rigoureuse s’impose : quelle est la réalité de cette amélioration progressive de l’approvisionnement, quels investissements majeurs ont permis de renverser la tendance, et comment notre pays orchestre-t-il sa marche vers une souveraineté énergétique totale ? En attendant les réponses à long terme, un grand bravo s’impose à EDM pour ce tour de force.
Un héritage structurel fragile en cours de redressement
Pour apprécier à sa juste valeur le travail titanesque abattu ces derniers mois, il convient de comprendre la profondeur du gouffre dont hérite notre pays. La crise énergétique qui a frappé l’espace urbain ne date pas d’hier. Elle est le produit direct de décennies de sous-investissement, d’une explosion de la demande urbaine et d’une guerre asymétrique féroce menée contre nos voies d’approvisionnement vitales. Le système EDM souffre de trois problèmes structurels majeurs qui se sont accumulés au cours des années 2024 et 2025 :
a) Production thermique à l’arrêt : le blocus lâche du terrorisme
Depuis septembre 2025, les grands centres urbains de notre pays ont été confrontés à une pénurie de carburant majeure. Ce déficit n’était en rien lié à une incapacité financière de l’État, mais découlait directement d’un blocus lâche et criminel imposé sur les axes routiers par les terroristes du JNIM. En ciblant délibérément les camions-citernes civils, les groupes armés espéraient paralyser l’économie nationale. Privées de gasoil, les grandes centrales thermiques stratégiques de Darsalam, Balingué ou Sirakoro ont vu leurs turbines tourner au ralenti, entraînant des délestages massifs de 12 à 24 heures par quartier.
b) Un réseau de transport saturé et vétuste : l’urgence des réformes
Comme le reconnaissent les cadres techniques d’EDM-SA : «Nous avons la capacité de production potentielle qu’il faut. Les problèmes majeurs actuels sont plutôt liés au circuit de distribution et au transport de l’énergie». Le véritable nœud du problème réside dans un déficit chronique de lignes de transport haute tension et dans la vétusté de câbles obsolètes. Lors des pics de canicule dépassant les 40°C, ces infrastructures d’un autre âge ne supportent plus la charge. À cette fragilité technique s’ajoutent des actes de sabotage ciblés, notamment la destruction criminelle de plusieurs pylônes sur la ligne d’interconnexion de Manantali, près de la frontière guinéenne.
c) Une demande nationale qui a littéralement explosé
La croissance démographique et le développement industriel de la capitale ont provoqué une hausse exponentielle de la consommation électrique. La demande globale nationale est passée de seulement 600 GWh au début des années 2000 à plus de 3 200 GWh aujourd’hui. Face à l’incapacité historique du réseau public à absorber un tel bond, les citoyens, les PME et les grands ateliers ont dû développer des stratégies d’adaptation, s’équipant massivement en groupes électrogènes de secours et en kits solaires de seconde main.
Une réalité tangible et mesurable sur le terrain
Malgré l’ampleur de ces défis, les efforts déployés portent enfin leurs fruits. L’embellie constatée en cette fin de mois de juillet 2026 est une réalité concrète et mesurable. Les données de terrain recueillies auprès des usagers et les fiches techniques d’EDM font état d’une baisse drastique du temps d’attente.
Les délestages punitifs appartiennent désormais au passé dans la majeure partie de la capitale. Le cap historique des 4 jours consécutifs sans coupure témoigne du bond en avant réalisé dans la stabilisation du réseau. Mieux encore, plusieurs grands quartiers résidentiels et économiques stratégiques, à l’image d’ACI 2000, de Badalabougou ou de la ville garnison de Kati, enregistrent désormais une alimentation continue exemplaire. Si certains secteurs périphériques connaissent encore des perturbations résiduelles dues à des contraintes locales, la tendance globale s’est spectaculairement inversée. Le pire est bel et bien derrière nous.
Les quatre facteurs convergents d’une accalmie
Cette victoire d’étape ne doit rien au hasard. Elle est le fruit direct d’une planification rigoureuse et de décisions stratégiques majeures prises par les autorités de la transition. Quatre facteurs fondamentaux expliquent ce redressement rapide :
1. L’injection massive de nouvelles capacités thermiques : le Plan Unique
Les autorités ont débloqué une enveloppe financière exceptionnelle de 24 milliards de francs CFA via le Fonds national de soutien à l’énergie pour lancer le «Plan Unique» de redressement. Ce programme d’urgence prévoit le déploiement à court terme de 48 nouveaux groupes électrogènes industriels de haute capacité (180 MW au total) répartis sur les sites stratégiques. Une étape majeure a été franchie avec la mise en service immédiate d’un premier lot de 25 nouveaux groupes (50 MW) sur le site industriel de Kati, modifiant structurellement l’équilibre offre-demande.
2. La levée progressive du blocus et la sécurisation des flux de carburant
Ce surcroît de puissance thermique n’aurait pu fonctionner sans une logistique d’approvisionnement totalement sécurisée. Les forces de défense et de sécurité, en coordination avec les FAMa, ont mené des opérations d’envergure pour briser l’étau des groupes criminels sur les axes d’importation. De janvier à mars 2026, plus de 54 millions de litres de carburant ont été importés. L’acheminement de convois massifs de plus de 500 camions à chaque rotation a permis de reconstituer durablement les stocks stratégiques de gasoil dans les cuves d’EDM-SA.
3. L’effet saisonnier positif : l’installation bénéfique de l’hivernage
Au soulagement logistique s’ajoute un facteur climatique favorable avec l’installation de la saison des pluies. Depuis la mi-juin, l’arrivée de la mousson et la multiplication des fronts pluvieux ont entraîné une baisse significative des températures moyennes. Les services de Mali-Météo confirment une amélioration constante de la pluviométrie sur la vallée du Niger. Mécaniquement, la demande de pointe s’est détendue, allégeant la pression sur les câbles de distribution.
4. Les travaux d’urgence sur la boucle haute tension de 225 kV
Parallèlement à l’augmentation de la production, EDM-SA mène une course contre la montre pour moderniser les autoroutes de l’électricité. Des chantiers de grande envergure sont déployés pour implanter de nouvelles lignes haute tension et interconnecter les sous-stations de la boucle des 225 kV autour du district afin de faire disparaître les goulets d’étranglement.
Le pointage réel commune par commune
Pour offrir une vision fidèle de la réalité, notre équipe d’investigation a dressé une cartographie précise de la distribution électrique au cours des derniers jours, basée sur le vécu quotidien des populations :
* Communes II et III (Le cœur décisionnel stable) : Regroupant le centre-ville et la Cité administrative, cette zone bénéficie d’une attention prioritaire. Le réseau y est particulièrement stable, affichant du courant continu quasiment sans interruption, reléguant les groupes électrogènes au rang de souvenirs.
* Commune I (Une amélioration palpable) : Les secteurs de Korofina, Djicoroni et la périphérie de Kati sont les bénéficiaires directs de la nouvelle centrale de 50 MW installée à Kati. Les résidents disposent désormais d’une alimentation très fluide, les coupures résiduelles se concentrant uniquement sur les zones accidentées en hauteur.
* Commune IV (Une situation en voie de stabilisation) : À Lafiabougou, Hamdallaye et Sebenikoro, la situation s’est nettement améliorée par rapport au début de l’année, goûtant elles aussi aux joies des journées entières sans interruption, même si quelques surcharges locales persistent en soirée.
* Commune V (Des défis logistiques persistants) : Malgré la nette amélioration globale du flux électrique, les quartiers de Badalabougou, Daoudabougou ou Kalaban-Coro subissent encore l’impact d’une forte densité démographique. De plus, la fermeture administrative des agences de paiement de Kalaban-Coro et Torokorobougou crée des files d’attente interminables sous la pluie à l’unique agence résiduelle de Badalabougou.
* Commune VI (Le paradoxe industriel) : Ce vaste secteur (Sogoniko, Yirimadio, Banankabougou) abrite la grande lueur d’espoir du pays : la centrale thermique de Sirakoro. Ce complexe moderne de 114 MW a injecté 57 MW supplémentaires sur le réseau. Grâce à cet apport local, les coupures dans les quartiers limitrophes ont fondu de manière spectaculaire.
Consolider les acquis pour bannir la crise
L’amélioration progressive de ces dernières semaines est indiscutable, mais le grand défi de la pérennité reste à relever. Cette accalmie historique, bien que salvatrice, repose encore sur des équilibres réversibles : l’injection d’urgence de groupes diesel et la sécurisation militaire des corridors d’hydrocarbures.
Pour sortir définitivement de cette crise structurelle, notre pays a initié une transformation radicale de son modèle énergétique à l’horizon 2030. La stratégie nationale repose sur le démantèlement progressif de la dépendance au thermique fossile au profit des énergies renouvelables et du renforcement des infrastructures de transport de pointe.
C’est dans ce cadre que s’inscrit le grand projet de construction des nouvelles sous-stations de Safo et de Kénié, financé à hauteur de 68 millions de dollars avec l’appui de la BAD. Ce chantier permettra de stabiliser définitivement le transport de l’énergie et d’intégrer les futures productions des gigantesques centrales solaires de la Confédération de l’AES. En sécurisant ses axes et en investissant dans l’avenir, notre pays a prouvé sa résilience. Le défi est en passe d’être relevé, et la crise énergétique est devenue le catalyseur de notre indépendance industrielle.
La Rédaction