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jeudi 25 février 2021
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Abdoulaye Diop à l’occasion de l’an I de l’accord de paix: « le gouvernement continuera ses engagements »

Dans cette interview, Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de l’Intégration africaine, revient sur l’Accord de paix et de réconciliation au Mali, signé le 20 juin2015. Il fait le bilan d’une année de mise en œuvre.

El Moudjahid : Le 20 juin 2015, la CMA s’est jointe au gouvernement et à la Plateforme en apposant sa signature sur l’Accord de paix et de réconciliation. Un an s’est écoulé depuis. Quel bilan faites-vous de la mise en œuvre des dispositions de cet accord ?
Abdoulaye Diop : On peut retenir les faits majeurs suivants dans la mise en œuvre de l’accord. En matière de réformes politiques et institutionnelles :
– La nomination et l’installation des gouverneurs des nouvelles régions de Taoudénit et Ménaka ;
– La promulgation de la loi n° 2016-013 du 10 mai 2016, instituant les autorités intérimaires, suite à la modification du Code des collectivités territoriales, puis l’adoption du décret n°2016-0332/P-RM du 18 mai 2016 fixant les modalités de mise en place desdites autorités ;
– L’amorce du processus de révision de la Constitution, à travers la mise en place du groupe de relecture et l’élaboration du chronogramme de travail, notamment pour prendre en charge les dispositions de l’accord relatives à la mise en place de la 2e chambre du Parlement (Sénat) ;
– La mise en place par le gouvernement d’une commission chargée de la relecture de la loi électorale.
En matière de défense et de sécurité :
– La création du cadre institutionnel de la Réforme du secteur de la sécurité (RSS) avec la nomination d’un commissaire à la RSS, ainsi que la relecture en cours du décret créant le conseil national de la RSS ;
– La prise en charge par le gouvernement des combattants des mouvements signataires, en attendant le démarrage effectif du processus de DDR ;
– L’identification de 24 sites à viabiliser par la MINUSMA dont 3 sont déjà construits à Likrakar, Fafa et Inegar, et l’accord est obtenu pour entamer rapidement la construction de 5 autres supplémentaires ;
– La réalisation de la première patrouille mixte (FAMA, plateforme, coordination) ;
– La remise des listes partielles des ex-combattants des mouvements signataires de l’accord, en vue de la constitution des premières unités du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), le pré-cantonnement et le DDR.
En matière de développement économique, social et culturel :
– La poursuite des actions de développement sur le terrain, là où les conditions de sécurité le permettent, à travers notamment les projets et programmes sectoriels en cours ;
– La mise en place et l’installation des Agences de développement régional (ADR) dans toutes les régions et le district de Bamako, avec une dotation budgétaire conséquente sur l’exercice 2016 ;
– L’organisation de la conférence de Paris du 22 octobre 2015 pour la mobilisation des fonds nécessaires à la mise en œuvre de l’accord (avec 3,2 milliards d’euros d’annonces faites) ;
– La réalisation de la Mission d’évaluation conjointe sur le nord du Mali (MIEC-Nord/Mali). Le Rapport final de la MIEC a été déposé en avril 2016 ;
En matière de justice, de réconciliation nationale et de questions humanitaires : la relance des services sociaux de base par le gouvernement dans les régions du Nord, en rapport avec la Plateforme et la Coordination.

Il est constaté, voire reproché, une certaine lenteur qui, du reste, est imputée au gouvernement, dans la mise en œuvre de l’accord. Partagez-vous cet avis ?
Non, je ne partage pas cet avis. L’effectivité de l’accord obéît à des règles et des préalables. Pour sa mise en œuvre, il faut nécessairement mettre en place des organes et mécanismes, notamment le Comité de suivi de l’accord, le CNCA (Comité national de coordination pour la mise en œuvre de l’accord). Aussi, il fallait adopter plusieurs lois et décrets qui doivent mettre en place la commission nationale du DDR, d’intégration, pour la réforme du secteur de sécurité et des mesures d’urgence dans le domaine humanitaire et la prise en charge des combattants, etc. Aussi, l’accord a connu des avancées, mais certaines difficultés demeurent, notamment à cause de l’insécurité ambiante.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées ?
La mise en œuvre de l’accord se poursuit et elle constitue l’une des premières priorités du gouvernement malien. Cependant, certaines difficultés existent et elles méritent d’être portées à la connaissance des différents acteurs et partenaires. Elles portent, entre autres, sur :
– La persistance de l’insécurité ambiante qui freine la relance des actions de développement, notamment au nord du pays ;
– La non disponibilité de tout le financement nécessaire à la réalisation des projets et programmes prévus à l’annexe 3 de l’accord ;
– La complexité des procédures pour la mise en œuvre de certaines mesures et le décaissement du financement déjà acquis ;
– Les lenteurs constatées dans le processus de DDR et de la conduite des patrouilles mixtes dans le cadre du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), à défaut de disposer physiquement des 600 éléments qui devraient constituer les premières unités du mécanisme.
Cependant, l’espoir est permis avec la validation, au cours de la IXe session du CSA, tenue à Bamako les 13 et 14 juin 2016, du document relatif à «l’entente» entre les parties maliennes à l’Accord, précisant les modalités pratiques de la mise en place des autorités intérimaires, du redéploiement des services déconcentrés de l’État ainsi que l’installation des chefs de circonscriptions administratives et du mécanisme opérationnel de coordination dans les régions de Tombouctou, Gao, Kidal, Taoudénit et Ménaka.
Cette entente constitue une avancée significative dans le processus de paix.

Qui en est responsable ?
Le phénomène terroriste est une menace à la paix et à la sécurité au niveau national et international. Les interconnexions entre les groupes avec Boko Haram, Daesh, État islamique, le terrorisme et l’extrémisme violent constituent une réelle menace.

Qu’en est-il de l’implication des autres parties signataires de l’accord ?
Certaines dispositions de l’accord demandent à ce que les mouvements signataires coupent tout lien avec les groupes terroristes et unissent leurs forces avec l’armée malienne pour lutter ensemble contre ce phénomène, notamment à travers les patrouilles mixtes, en coordonnant le partage du renseignement.

Des attentats terroristes ont été perpétrés, des attaques contre les soldats de la Minusma continuent d’endeuiller cette force. Pensez-vous que l’on cherche à travers ces actes à saborder le processus de paix en cours ?
C’est évident. Il est clair que les attaques des terroristes contribuent à ralentir le processus de paix et de réconciliation au Mali, d’où l’urgence d’aller encore plus vite dans l’application des dispositions de l’accord. Cette persistance de l’insécurité ambiante freine, encore une fois, la relance des actions de développement, notamment au nord du pays et la non disponibilité de tout le financement nécessaire à la réalisation des projets et programmes prévus à l’annexe 3 de l’accord.

Ce climat d’insécurité est forcément une entrave de plus dans la mise en œuvre de l’accord. Comment peut-on la lever ?
Nous ne devons pas céder, mais il nous faut agir vite. Plus nous perdons de temps, plus les groupes terroristes et narcotrafiquants s’installeront dans la région. Il importe donc de maintenir le dialogue et de renforcer la confiance entre le gouvernement et les mouvements signataires de l’accord.
Nous pouvons aussi compter sur l’accompagnement et l’engagement de la communauté internationale, de la CEDEAO de l’UA et de l’ensemble de nos partenaires.

Quel soutien attendez-vous de vos partenaires internationaux, en général, et de l’Algérie, en particulier ?
Nous attendons de nos partenaires un appui dans le domaine de la logistique et du renseignement pour nous permettre de mieux combattre ce fléau qu’est le terrorisme. Avec l’Algérie, qui est un pays ami et frontalier, nous partageons les mêmes réalités, d’où la nécessité d’unir nos forces et nos efforts en matière de communication et de renseignement.
Le Mali entretient de très bonnes relations avec l’Algérie et nous attendons poursuivre cette dynamique de coopération régionale pour bouter hors de la région cette menace globale.

Mot de la fin…
La mise en œuvre de l’accord avance, mais non sans certaines difficultés .
Pour sa part, le gouvernement du Mali continuera d’honorer ses engagements, et tous ses engagements dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger.
C’est la traduction de la détermination personnelle du Président de la République, Chef de l’État, Son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar Keïta qui, pour conférer au processus de paix et de réconciliation toutes ses chances, vient de nommer son haut représentant pour la mise en œuvre de l’accord. Il s’agit de l’ambassadeur Mahamadou Diagouraga.
Aussi, apparaît-il nécessaire pour le gouvernement d’accélérer davantage le rythme de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, dans ses différents volets.
La menace liée au terrorisme et au narcotrafic constitue un grand risque pour les efforts déployés dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. À cet effet, les partenaires (Barkhane et MINUSMA) doivent mieux se coordonner avec les parties maliennes (FAMA et mouvements signataires) pour agir ensemble et efficacement.
Le mandat et les règles d’engagement de la MINUSMA méritent d’être adaptés à la nouvelle situation sécuritaire. À cet effet, les consultations actuellement en cours au niveau du Conseil de sécurité des Nations unies devraient permettre de parvenir à un consensus salutaire sur la nouvelle posture de la MINUSMA au nord du Mali, face à la menace terroriste qui continue de planer sur l’espace sahélo-saharien.

Réalisé par : Nadia Kerraz




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